Emprunt intérieur : la Tunisie intensifie ses appels aux banques, un expert alerte sur un risque d’éviction du secteur privé

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Réunie avec les présidents des banques, la ministre des Finances Salama Khaldi a appelé à un appui renforcé aux émissions de bons du Trésor du second semestre. Un choix qui interroge sur la capacité du secteur bancaire à financer, en parallèle, l'économie réelle.

Les banques appelées à soutenir davantage le Trésor

La ministre des Finances, Salama Khaldi, a réuni mardi dernier les présidents des banques et des établissements financiers au siège du département des Finances. Objectif affiché : obtenir un engagement renforcé du secteur bancaire dans les émissions de bons du Trésor prévues au cours du second semestre 2026, tout en rappelant l’exigence de respecter les ratios de solidité financière et les règles de gestion prudentielle.

En réponse, les représentants des banques et institutions financières ont réaffirmé, selon un communiqué du ministère des Finances, leur volonté de continuer à soutenir la stabilité financière du pays. Une déclaration qui confirme la poursuite d’un dialogue étroit entre l’État et le secteur bancaire, alors que les besoins de financement du budget restent élevés.

Une stratégie de financement sous contrainte

Pour l’expert en gestion d’actifs Arbi Ben Bouhali, cette réunion illustre la volonté du gouvernement de renforcer les souscriptions aux titres du Trésor afin de couvrir ses besoins de financement, dans un contexte marqué par des marges de manœuvre limitées et une hausse continue des dépenses publiques.

Interrogé par l’agence TAP, l’économiste rappelle que cette démarche fait suite à une précédente rencontre entre le gouverneur de la Banque centrale de Tunisie (BCT) et les dirigeants des banques commerciales, au cours de laquelle celui-ci avait appelé à intensifier les financements en faveur du secteur privé, afin de soutenir l’investissement et la croissance. Les banques se retrouvent ainsi à devoir arbitrer entre deux impératifs difficilement conciliables : répondre aux besoins de trésorerie de l’État et continuer à financer l’activité économique.

Déficit chronique, subventions et évasion fiscale

Selon Arbi Ben Bouhali, la pression exercée sur les finances publiques s’explique par plusieurs facteurs structurels : la persistance d’un déficit budgétaire chronique, l’alourdissement de la facture des subventions à l’énergie et aux produits de base, ainsi que la faiblesse des recettes fiscales, liée à l’ampleur de l’économie parallèle — estimée à près de 40 % de l’activité économique nationale. Cette situation priverait l’État d’environ 12 milliards de dinars de recettes fiscales chaque année.

L’expert rappelle par ailleurs que la BCT a injecté près de 25 milliards de dinars dans l’économie au cours des trois dernières années, répartis en trois tranches successives de 7, 7 et 11 milliards de dinars, dans le cadre du financement des besoins de l’État. Plusieurs institutions financières internationales ont, à plusieurs reprises, appelé à limiter le recours au financement monétaire du déficit budgétaire, en raison des pressions inflationnistes que ce mécanisme est susceptible de générer.

Des banques sous tension de liquidité

Les banques commerciales font face à des pressions croissantes sur leurs liquidités. Elles ont accordé à l’État plus de 33 milliards de dinars de financements en 2025, tandis que les créances douteuses ont atteint environ 19 milliards de dinars, soit 16 % du total des prêts accordés. Parallèlement, le volume de liquidités circulant en dehors du système bancaire est estimé à environ 28 milliards de dinars.

Le risque d’un effet d’éviction du secteur privé

Selon l’expert, l’orientation croissante des liquidités bancaires vers l’achat de bons du Trésor pourrait limiter la capacité des banques à financer les entreprises privées — un phénomène connu sous le nom d’« effet d’éviction » (crowding-out). Ce mécanisme réduit mécaniquement les financements disponibles pour l’investissement et la production, avec un impact négatif potentiel sur la croissance économique et la création d’emplois.

Pour limiter ce risque, Arbi Ben Bouhali plaide pour des réformes structurelles des finances publiques : rationalisation des dépenses, réforme du système de subventions, élargissement de l’assiette fiscale et intégration progressive de l’économie informelle dans le circuit économique officiel. Ces mesures permettraient, selon lui, de réduire la dépendance de l’État à l’emprunt intérieur et de libérer davantage de ressources bancaires pour le financement du secteur privé.

Un équilibre encore à trouver

Le gouvernement poursuit ses efforts pour mobiliser les ressources nécessaires à l’exécution du budget de l’État, tandis qu’investisseurs et secteur bancaire suivront de près l’évolution de la politique budgétaire dans les prochains mois, dans un contexte national marqué par des difficultés économiques persistantes et une conjoncture mondiale volatile. Le défi central pour les autorités reste de trouver un équilibre entre les besoins de financement du Trésor et la nécessité de préserver le financement de l’économie réelle.

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