La Tunisie s’apprête à accueillir l’un des investissements renouvelables les plus structurants de son histoire récente. La Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), en partenariat avec la Banque européenne d’investissement (BEI) et l’Union européenne, vient d’accorder un prêt de 61,3 millions d’euros à la coentreprise Scatec-Aeolus pour la construction d’une centrale solaire photovoltaïque (PV) de 100 mégawatts (MW) dans la région de Sidi Bouzid.
Le projet sera développé par Scatec Khobna PV Power, un véhicule ad hoc constitué spécifiquement pour l’occasion en Tunisie, confirmant ainsi l’engagement du secteur privé international dans la diversification du mix énergétique tunisien.
252 GWh par an : un apport massif en électricité propre
Une fois opérationnelle, la centrale sera capable de générer en moyenne 252 gigawattheures (GWh) d’électricité renouvelable par année. Cela représente une économie moyenne de 107 000 tonnes de CO₂ annuellement sur sa durée de vie — un impact climatique considérable dans un pays encore très dépendant du gaz naturel pour sa production électrique.
Au-delà du bilan carbone, l’enjeu est celui de la sécurité énergétique : en réduisant sa dépendance aux hydrocarbures, la Tunisie se prémunit contre la volatilité des marchés gaziers, un sujet d’autant plus sensible depuis la crise énergétique européenne de 2022.
Un financement structuré sous le signe de « Team Europe »
L’architecture financière du projet reflète l’approche dite « Team Europe », qui agrège les instruments de la BERD, de la BEI et de l’UE autour d’un même objectif. Le prêt de la BERD bénéficiera d’une garantie de première perte mobilisée via le Fonds européen pour le développement durable Plus (EFSD+). La participation de la BEI, quant à elle, sera couverte par la Composante Connectivité de la garantie ouverte EFSD+.
L’Union européenne abondera par ailleurs le projet de 5,5 millions d’euros de subventions via la Plateforme d’investissement pour le voisinage (NIP), spécifiquement alloués au cofinancement des infrastructures de transport d’électricité associées. Ce soutien s’inscrit dans un package Global Gateway de 35,8 millions d’euros dédié aux investissements renouvelables en Tunisie.
Un projet pivot du programme national de 1,7 GW
L’opération s’inscrit directement dans le programme de concessions lancé par la Tunisie en 2022, d’une capacité totale de 1,7 GW, visant à atteindre 35 % d’énergie renouvelable dans le mix électrique national d’ici 2030. L’objectif est ambitieux : le pays partait d’une base inférieure à 5 % de renouvelable il y a encore quelques années.
Harry Boyd-Carpenter, directeur général du Groupe Infrastructure durable de la BERD, a souligné « l’effort remarquable du gouvernement tunisien » pour faire avancer un agenda de réforme et de transition énergétique exigeant, dans un contexte international marqué par des défis inédits pour la sécurité énergétique.
Emploi local et intégration communautaire à Sidi Bouzid et Gabès
Au-delà du mégawatt, le projet intègre une dimension sociale notable. Un package de coopération technique financé par le Fonds spécial des actionnaires de la BERD sera mobilisé pour renforcer les capacités locales dans le secteur de l’énergie, avec un focus particulier sur les régions de Sidi Bouzid et de Gabès.
Des campagnes de sensibilisation communautaire seront menées dans les localités de Khobna et Mezzouna, notamment sur la prévention des violences basées sur le genre et sur les bénéfices liés au travail de soin, avec pour objectif d’augmenter le taux de participation des femmes dans le secteur.
Depuis 2012, la BERD a investi plus de 3 milliards d’euros dans 90 projets à travers la Tunisie, et apporté un soutien technique à quelque 2 000 PME locales grâce au financement de l’UE.
