Moody’s confirme la note Caa1 de la Tunisie : une résilience saluée, des fragilités qui persistent
L’agence de notation Moody’s a décidé de maintenir la note souveraine de la Tunisie à Caa1, assortie d’une perspective stable. Dans un contexte économique régional encore marqué par les incertitudes, cette confirmation constitue un signal de résistance pour le pays.
Des indicateurs financiers qui tiennent bon
Trois éléments ont pesé dans l’analyse de l’agence. D’abord, les réserves en devises tunisiennes sont restées relativement stables sur la période récente, un facteur clé pour rassurer les créanciers internationaux. Ensuite, les besoins de financement extérieur du pays se sont réduits, allégeant la pression sur les comptes publics.
Enfin, et c’est sans doute le signal le plus attendu par les marchés, la Tunisie a honoré en juillet 2026 une échéance importante d’euro-obligation. Ce remboursement, souvent scruté comme un test de crédibilité pour les pays émergents fortement endettés, confirme la capacité du pays à faire face à ses engagements internationaux malgré un accès restreint aux financements extérieurs.
Des vulnérabilités structurelles toujours sur la table
Moody’s tempère toutefois son évaluation en pointant plusieurs fragilités persistantes dans l’économie tunisienne :
- Un espace budgétaire très limité, qui réduit la marge de manœuvre de l’État
- Un niveau de dette publique élevé
- Une structure des dépenses publiques rigide, difficile à ajuster rapidement
- Le poids important des subventions énergétiques dans le budget national
- Un accès limité aux financements extérieurs
- Une croissance potentielle encore insuffisante pour créer des emplois durables et attirer l’investissement
Ces éléments dessinent une équation budgétaire délicate : le pays parvient à honorer ses échéances, mais dispose de peu de leviers pour investir ou amortir un choc économique majeur.
Au-delà de la note, l’enjeu de la croissance durable
Pour les analystes, le véritable défi ne se limite pas à préserver la notation actuelle ou à sécuriser les prochains remboursements. Il s’agit de transformer cette résilience financière, largement construite dans l’urgence, en une dynamique économique durable.
Cela suppose plusieurs chantiers structurels : une meilleure maîtrise des dépenses publiques, une réforme de l’efficacité des mécanismes de soutien — notamment les subventions énergétiques —, un renforcement de la gouvernance économique, et la création d’un environnement plus favorable à l’investissement privé.
La Tunisie a démontré, une nouvelle fois, sa capacité à résister aux pressions financières immédiates. Le prochain défi consistera à retrouver suffisamment de marges de manœuvre budgétaires pour investir, réformer et relancer durablement la croissance et l’emploi.
