Accueil Economie Gaz naturel en Tunisie : la production chute de 13 % à...

Gaz naturel en Tunisie : la production chute de 13 % à fin avril 2026, la dépendance au gaz algérien se renforce

La Tunisie a vu ses ressources en gaz naturel reculer de 13 % sur les quatre premiers mois de 2026, plombées par la chute du forfait fiscal algérien. Les achats de gaz à l'Algérie ont bondi de 12 %, accentuant la dépendance énergétique du pays, selon l'ONEM.

Les ressources globales en gaz naturel de la Tunisie — qui combinent production nationale et forfait fiscal perçu sur le transit du gaz algérien — se sont établies à 565 ktep-pci à fin avril 2026, en recul de 13 % par rapport à la même période de 2025. C’est ce qui ressort du dernier rapport sur la conjoncture énergétique publié par l’Observatoire National de l’Energie et des Mines (ONEM).

Ce repli intervient alors que la demande nationale en énergie continue, elle, de progresser, creusant davantage l’écart entre les besoins du pays et sa capacité de production propre.

Une production nationale tirée par Nawara et Chergui, mais freinée par Hasdrubal

La production nationale de gaz commercial sec a affiché une quasi-stabilité sur la période, masquant toutefois des trajectoires très différentes selon les champs.

Le champ de Nawara, dans le sud tunisien, a vu sa production progresser de 14 %, tandis que celui de Chergui enregistre une hausse plus marquée encore, de 32 %. Le gaz commercial du sud affiche, lui, une progression de 8 %.

À l’inverse, le champ de Hasdrubal a vu sa production chuter de 23 %, pesant sur l’ensemble du bilan national.

Le forfait fiscal algérien en net repli

C’est surtout la baisse du forfait fiscal perçu par la Tunisie sur le transit du gaz algérien qui explique le recul global des ressources. Ce forfait, payé en nature, a chuté de 32 % à fin avril 2026 par rapport à fin avril 2025, pour s’établir à 182 ktep-pci.

Sur l’usage de cette redevance, l’ONEM précise que la quasi-totalité du volume — près de 98 % — a été directement cédée à la Société Tunisienne de l’Electricité et du Gaz (STEG) à fin avril 2026, le reste étant destiné à l’exportation.

Une dépendance accrue aux achats de gaz algérien

Pour compenser le repli de ses ressources propres, la Tunisie a dû intensifier ses achats de gaz à l’Algérie. Ces achats ont progressé de 12 % entre fin avril 2025 et fin avril 2026, atteignant 921 ktep-pci.

Au total, l’approvisionnement national en gaz naturel — somme des ressources internes et des importations — a progressé de 4 % sur un an, pour se situer à 1 483 ktep-pci à fin avril 2026.

La demande énergétique tirée par l’électricité

Sur le terrain de la consommation, la demande totale de gaz naturel a également progressé de 4 % entre fin avril 2025 et fin avril 2026, à 1 478 ktep-pci.

Cette hausse est principalement portée par le secteur de la production électrique, dont la demande a grimpé de 5 % sur la période. La consommation finale, hors électricité, progresse plus modérément, de 2 %.

Le constat illustre une réalité structurelle du système énergétique tunisien : la production électrique reste, de loin, le premier consommateur de gaz naturel, représentant 64 % de la demande totale à fin avril 2026. Le gaz naturel alimente en effet environ 92 % de la production d’électricité du pays.

Usages finaux : des tendances contrastées selon les profils de clients

Pour les usages finaux hors production électrique, la demande de gaz naturel a progressé de 2 %, à 527 ktep-pci.

Cette évolution masque cependant des dynamiques opposées entre catégories de clients. Les clients raccordés en moyenne et basse pression — qui regroupent notamment les ménages et les petites entreprises — ont vu leur demande croître de 3 %. À l’inverse, les clients haute pression, généralement de grandes unités industrielles, ont enregistré une baisse de leur consommation de 2 %.

Enfin, la consommation spécifique globale des moyens de production électrique — un indicateur d’efficacité énergétique — a légèrement progressé de 1 % entre fin avril 2025 et fin avril 2026, pour s’établir à 196,4 tep/GWh.

Quels enjeux pour la stratégie énergétique tunisienne ?

Ces chiffres confirment la fragilité structurelle du mix énergétique tunisien, dont la sécurité d’approvisionnement reste étroitement liée aux performances des champs gaziers nationaux et à la stabilité des relations commerciales avec l’Algérie, premier fournisseur du pays. Dans un contexte où la demande électrique continue de croître, la diversification des sources — notamment via les énergies renouvelables — demeure un enjeu central pour réduire cette dépendance.