Un trimestre record qui n’a pas suffi à convaincre Wall Street
Apple a beau afficher un chiffre d’affaires trimestriel historique, cela n’a pas suffi à rassurer les marchés. Vendredi, le titre du géant californien a chuté de 7,35 %, clôturant à 308,91 dollars et effaçant environ 358 milliards de dollars de capitalisation boursière en une seule séance — la pire chute quotidienne de l’histoire de l’entreprise.
Pourtant, sur le papier, les chiffres du troisième trimestre fiscal ne racontent pas une histoire de crise : un chiffre d’affaires record de 109,4 milliards de dollars et un bénéfice par action de 2,02 dollars. Mais les investisseurs n’ont retenu qu’une chose : les perspectives prudentes pour le trimestre à venir, plombées par des tensions d’approvisionnement que la direction elle-même qualifie de sérieuses.
Des pénuries de puces qui menacent iPhone, Mac et iPad
Pour le quatrième trimestre fiscal, Apple table sur une croissance du chiffre d’affaires comprise entre 9 % et 11 %, en retrait par rapport au consensus de Wall Street, qui visait 12,1 %. L’écart peut sembler modeste, mais il a suffi à déclencher la sanction boursière.
En cause : une capacité de production insuffisante en puces gravées en 3 nanomètres. Le PDG Tim Cook a parlé de contraintes d’approvisionnement « très significatives », qui devraient freiner simultanément les livraisons d’iPhone, de Mac et d’iPad dans les mois à venir. Signe tangible de cette tension, les délais de livraison de certains modèles très demandés — notamment le Mac mini et le Mac Studio — se sont déjà allongés.
À cela s’ajoute un second front : la flambée des prix de la mémoire DRAM et NAND, portée par la demande massive des centres de données dédiés à l’intelligence artificielle. Le directeur financier Kevan Parekh a indiqué que cette seule hausse expliquait le recul séquentiel attendu de la marge brute, désormais projetée entre 47 % et 48 %.
Cette pression sur les coûts mémoire ne devrait pas épargner les futurs produits phares de la marque. Selon plusieurs estimations, la prochaine gamme iPhone 18 Pro pourrait voir ses coûts de production augmenter de 200 à 300 dollars par appareil — une hausse qui pourrait, à terme, se répercuter sur les prix de vente ou peser davantage sur les marges.
Un dépassement des attentes largement porté par les droits de douane
Au-delà de l’effet d’annonce, le détail des résultats mérite d’être nuancé. Sur les 0,13 dollar de bénéfice par action au-dessus du consensus, 0,11 dollar provenait en réalité de remboursements de droits de douane — soit environ 85 % de la surperformance affichée.
Une fois cet élément exceptionnel neutralisé, le bénéfice par action ressort à environ 1,91 dollar, contre une estimation de 1,89 dollar : une performance solide, mais loin d’être spectaculaire. La marge brute réelle, à 48,1 %, restait par ailleurs quasiment conforme aux attentes des analystes.
Les services, moteur de rentabilité, déçoivent
C’est peut-être le signal le plus préoccupant pour les investisseurs : le segment Services, qui représente à lui seul 42 % du bénéfice brut d’Apple grâce à une marge élevée de 75,6 %, a progressé de 12,1 % pour atteindre 30,74 milliards de dollars — mais est resté en deçà des attentes de près de 500 millions de dollars.
Ce recul contraste avec la vigueur d’autres segments : le chiffre d’affaires de l’iPhone a bondi de 21,7 % à 54,25 milliards de dollars, et celui du Mac a grimpé de 28,7 % à 10,35 milliards de dollars. Mais dans l’esprit des marchés, la déception sur les Services — activité à forte marge et généralement perçue comme plus prévisible que le matériel — a pesé plus lourd que ces bonnes performances.
Une transition à la tête d’Apple qui ajoute à l’incertitude
Ces résultats tombent à un moment charnière pour Apple. Tim Cook, aux commandes depuis 2011, doit céder son poste de PDG au responsable du matériel, John Ternus, le 1er septembre prochain.
Le successeur désigné hérite ainsi d’un contexte à double tranchant : une demande record pour les produits Apple, mais de plus en plus difficile à satisfaire, un choc sur les coûts de la mémoire qui grignote les marges, et une stratégie d’intelligence artificielle qui n’a pas encore fait ses preuves en matière de renouvellement des appareils.
Les analystes restent partagés
Après la publication des résultats, plusieurs analystes ont légèrement abaissé leurs objectifs de cours. Mais tous ne partagent pas la même lecture pessimiste : Morgan Stanley et BofA Securities estiment que les contraintes d’approvisionnement pourraient simplement décaler certains revenus dans le temps, plutôt que les faire disparaître purement et simplement.
De son côté, Gil Luria, analyste chez D.A. Davidson, a résumé la situation de façon plus directe, relevant que la croissance des Services s’essoufflait — un point de vigilance qui pourrait bien devenir le prochain grand test pour John Ternus.
