Alors que l’Europe aborde les mois les plus froids, ses marchés de l’électricité renvoient des signaux que l’on n’avait plus entendus depuis les heures les plus sombres de la crise énergétique de 2022. En Allemagne, le mégawattheure livrable en janvier se négocie au-dessus de 180 euros sur l’European Energy Exchange, soit plus de 60 % de plus qu’un an auparavant, selon Bloomberg.
Cette flambée s’explique par l’envolée des prix du gaz naturel et par une chaîne de perturbations d’approvisionnement liées au conflit au Moyen-Orient. Elle ravive la crainte d’une spirale inflationniste à l’échelle du continent.
Le gaz, principal déclencheur
Tout part du gaz. Le contrat néerlandais TTF, référence du marché européen, a dépassé 81 euros le mégawattheure à la mi-septembre, son plus haut niveau en près de trois ans, alors que l’Europe peine à reconstituer ses stocks avant l’hiver.
La concurrence s’intensifie autour des cargaisons de gaz naturel liquéfié (GNL). Surtout, le détroit d’Ormuz est quasiment fermé depuis la campagne militaire américano-israélienne contre l’Iran. Les livraisons en provenance du Qatar, sur lesquelles comptaient les acheteurs européens depuis leur rupture avec le gaz russe, s’en trouvent asphyxiées.
Les chiffres de l’Agence internationale de l’énergie donnent la mesure : environ 47 passages hebdomadaires en moyenne dans le détroit depuis mars, contre 456 avant le début du conflit. Une analyse du CEPR publiée cette semaine parle de « plus grande rupture physique d’approvisionnement de l’histoire des marchés énergétiques mondiaux ».
Pétrole et mer Rouge : d’autres fronts s’ouvrent
Les tensions ne s’arrêtent pas à Ormuz. L’Arabie saoudite a fermé son oléoduc Est-Ouest le 11 septembre, après des attaques de drones attribuées à des milices irakiennes pro-iraniennes, selon l’Associated Press. Cette voie de contournement transportait environ cinq millions de barils par jour.
Le 18 septembre, Riyad a par ailleurs prévenu les raffineries européennes qu’aucune livraison de brut n’aurait lieu le mois suivant, d’après Middle East Eye. Dans le même temps, les rebelles houthis du Yémen renforcent leur emprise sur le détroit de Bab el-Mandeb, ce qui menace les liaisons maritimes en mer Rouge.
L’inflation repart, la BCE resserre
Le choc énergétique se lit déjà dans les prix à la consommation. Selon l’estimation rapide d’Eurostat, l’inflation annuelle de la zone euro atteint 3,3 % en août, contre 2,9 % en juillet. Les prix de l’énergie bondissent de 14,3 % sur un an, la hausse la plus forte de toutes les composantes.
La Banque centrale européenne a réagi le 10 septembre en relevant son taux de dépôt de 25 points de base, à 2,5 %. C’est sa deuxième hausse en trois mois. Ses projections de septembre tablent sur une inflation moyenne de 3,0 % en 2026, avant un retour à 2,1 % d’ici 2028, tout en reconnaissant que les risques restent orientés à la hausse.
Pour les entreprises, la situation est délicate, souligne CNBC : elles sont prises en étau entre des coûts d’intrants qui grimpent et une politique monétaire qui se durcit.
Vers une réponse coordonnée ?
Réunis à Dublin vendredi, les ministres des Finances de la zone euro ont abordé à huis clos la pression croissante sur les ménages et la dégradation des finances publiques, rapporte Bloomberg (18 septembre). Le président de l’Eurogroupe envisage de convoquer une session extraordinaire pour coordonner une réponse, sur fond de turbulences sur les marchés obligataires mondiaux.
L’épisode rappelle le mode gestion de crise de 2022, quand les gouvernements européens avaient dépensé des dizaines de milliards d’euros pour plafonner les factures des consommateurs. Mais la marge budgétaire est aujourd’hui plus étroite, et l’offre pourrait bien être plus préoccupante encore qu’il y a quatre ans.
À retenir
- Électricité allemande pour janvier : plus de 180 €/MWh, soit plus de 60 % sur un an (EEX).
- Gaz TTF : plus de 81 €/MWh à la mi-septembre, plus haut depuis près de trois ans.
- Inflation zone euro : 3,3 % en août ; énergie : +14,3 % sur un an.
- BCE : taux de dépôt relevé à 2,5 % le 10 septembre, deuxième hausse en trois mois.
- Détroit d’Ormuz : environ 47 passages hebdomadaires depuis mars, contre 456 avant le conflit.
