Une pause largement partagée par les analystes
Les économistes de Deutsche Bank Research ne voient pas de surprise venir. Pour eux, la BCE laissera ses principaux taux directeurs inchangés à l’issue de sa réunion de jeudi 29 octobre, avec un taux de dépôt maintenu à 2,50 %. La banque juge d’ailleurs mesurée la réaction de l’institution de Francfort au dernier choc sur les prix de l’énergie.
Selon leur lecture, les responsables de la BCE ont considéré la flambée des prix de l’énergie comme un risque à surveiller, et non comme une raison automatique de relever les taux plus rapidement. La hausse des coûts des carburants ne s’est en effet pas encore largement diffusée aux autres prix, ce qui laisse à la banque centrale le temps d’observer avant d’agir.
Ce scénario est celui de la plupart des prévisionnistes. Saxo estime que la BCE est « universellement attendue » sur un statu quo, et les opérateurs de marché scruteront surtout ses indications sur l’avenir pour y déceler des signes d’une hausse des taux en décembre.
La transmission, véritable enjeu de la réunion
Aux yeux de Deutsche Bank, le principal enjeu n’est pas tant le niveau des taux que la manière dont les précédentes hausses se répercutent désormais sur l’économie. C’est ce que les économistes appellent la transmission : des crédits plus coûteux, une demande plus faible et un pouvoir de négociation salarial et tarifaire en recul.
Le message que la BCE enverra jeudi compte donc davantage que la décision elle-même. Dans son dernier communiqué, la banque centrale a elle-même indiqué que ses décisions dépendraient de l’inflation sous-jacente et de « la vigueur de la transmission de la politique monétaire ».
Décembre, le rendez-vous qui se dessine
Plusieurs établissements regardent déjà plus loin que la réunion de jeudi. Morgan Stanley indique ne constater, à ce stade, aucun signe d’effets de second tour significatifs du choc énergétique, c’est-à-dire d’une contamination durable des salaires et des prix par la hausse de l’énergie. La banque ajoute que la hausse des rendements obligataires à long terme resserre déjà les conditions financières. Elle voit dans la réunion de décembre, qui s’accompagnera de la publication des nouvelles projections des services de la BCE, « le moment le plus naturel » pour le prochain mouvement.
Les anticipations de marché vont dans le même sens. ABN Amro relève que la probabilité d’une hausse en octobre est passée de 19 points de base juste après la réunion de septembre à environ 3 points de base. La banque table, pour sa part, sur des hausses en décembre et en mars. De son côté, MUFG estime que la déroute obligataire et les risques budgétaires en France écartent toute hausse en octobre.
Un choc énergétique qui pèse sur la croissance
Pour mémoire, la BCE a relevé ses taux de 25 points de base le 10 septembre, soit sa deuxième hausse cette année. Le taux de la facilité de dépôt passe ainsi à 2,50 %, celui des opérations principales de refinancement à 2,65 % et celui de la facilité de prêt marginal à 2,90 %, avec effet au 16 septembre. L’inflation alimentée par la guerre en Iran a porté la hausse des prix dans la zone euro nettement au-dessus de 3 %.
Les données les plus récentes décrivent pourtant une économie qui perd de l’élan. L’indice PMI composite flash de S&P Global pour la zone euro est tombé à 51,9 en octobre, contre 53,1 le mois précédent. Il s’agit de son plus bas niveau depuis juin, et il se situe en dessous de toutes les prévisions d’un sondage d’économistes.
S&P Global souligne que les indicateurs de prix restent bien supérieurs aux niveaux compatibles avec l’objectif de la BCE. Le cabinet prévient aussi que le ralentissement de la croissance « pourrait réduire l’appétit pour de nouvelles hausses de taux qui pèsent sur la demande », surtout avec les tensions sur les marchés obligataires français.
Avant la réunion, Fabio Panetta, membre du conseil de la BCE, a déclaré que la hausse des rendements pèserait sur la croissance, mais qu’elle ne constituait pas une crise. À ses yeux, un durcissement des conditions financières pourrait même aider à contenir l’inflation tirée par les prix de l’énergie.
La BCE se retrouve ainsi face à un équilibre délicat : contenir une inflation qui reste élevée sans casser une activité qui ralentit. Jeudi, la pause semble acquise ; c’est le ton adopté par Francfort qui dira si décembre sera, ou non, l’heure d’un nouveau relèvement.
