Une taxe de 2 € qui s’ajoute aux 3 € de droits de douane
L’Union européenne durcit sa stratégie face aux petits colis venus de l’étranger. Dès dimanche 1er novembre, elle prélèvera 2 € de frais de traitement sur les colis expédiés directement aux consommateurs depuis l’extérieur du bloc.
Cette taxe s’ajoute aux droits de douane de 3 € appliqués depuis juillet aux colis d’une valeur inférieure à 150 €. Ainsi, les deux mesures visent le flux massif de produits bon marché en provenance de plateformes chinoises comme Temu, Shein et AliExpress.
Par ailleurs, ces prélèvements pourraient rapporter 6 milliards d’euros par an au budget de l’UE entre 2028 et 2034. Cette estimation figure dans un document de la Commission consulté par la presse. Un porte-parole de la Commission n’a pas souhaité commenter ce chiffre.
Comment fonctionnent les frais de traitement
Ces frais s’appliquent quelle que soit la valeur du colis. Ils visent à couvrir le coût des contrôles douaniers. Un responsable européen résume ainsi le principe : « La logique de ces frais est de couvrir les coûts de contrôle, car le commerce en ligne représente une charge disproportionnée pour nos autorités douanières ».
Le calcul se fait par type de produit, et non par colis. Par exemple, un carton contenant cinq pantalons et cinq T-shirts coûtera 4 €. Il compte en effet deux catégories de produits, facturées 2 € chacune.
Qui paie, et pour combien de temps ?
Les plateformes, les vendeurs ou les transporteurs règlent ces frais. De plus, ils remplacent les frais nationaux qui couvraient les mêmes coûts.
Les deux mesures diffèrent aussi par leur durée. Les frais de traitement sont permanents. L’UE les réévaluera tous les deux ans. En revanche, le droit de douane de 3 € reste temporaire. Les droits de douane classiques le remplaceront le 1er juillet 2028.
Des importations de petits colis déjà en net recul
Selon la Commission, le droit de douane de juillet a fait baisser de 60 % les importations de petits colis entre juillet et septembre. Pourtant, environ 5 millions de colis entrent encore chaque jour dans l’Union européenne.
Dirk Gotink, l’eurodéputé qui pilote les réformes douanières au Parlement européen, désigne clairement la cible. Ces frais visent, a-t-il déclaré, « un modèle économique hautement toxique, fondé sur l’importation de produits chinois bon marché et non conformes vendus en ligne ».
Les plateformes adaptent leur modèle
Les grands acteurs du commerce en ligne réagissent déjà. AliExpress ouvre des entrepôts locaux. Le groupe avertit en outre que ces taxes vont « aggraver la crise du coût de la vie » pour les ménages européens à faibles revenus.
De son côté, Temu propose à certains clients des réductions qui couvrent ces frais. Shein, lui, agrandit ses capacités d’entreposage en Pologne.
Amazon se dit en revanche peu exposé. Selon le groupe, 97 % des produits qu’il vend dans l’UE partent d’entrepôts situés dans l’Union. Peu de ses commandes sont donc concernées.
Noël : les petits vendeurs pris à la gorge
Le calendrier suscite des inquiétudes, notamment chez les exportateurs britanniques. Des conseillers estiment que la haute saison approche au pire moment pour les petites structures.
Gordon Baird, du cabinet comptable Azets, donne un exemple concret. Les frais s’appliquent par ligne de produits. Ainsi, un coffret cadeau de Noël à 65 £ comprenant trois catégories de produits pourrait entraîner 15 € de frais liés aux douanes, avant TVA.
Ce montant pèse lourd sur la rentabilité. « Pour de nombreux petits détaillants, ce montant représente l’essentiel, voire la totalité, de la marge dégagée sur la vente », a-t-il déclaré.
Ce qu’il faut retenir
Les frais de traitement de 2 € sont permanents. Ils se facturent par type de produit et font l’objet d’une réévaluation tous les deux ans. Le droit de douane de 3 € est temporaire. Il cédera la place aux droits classiques le 1er juillet 2028.
Entre pression sur les plateformes asiatiques et risque pour les petits exportateurs, la réforme redessine donc le commerce en ligne transfrontalier. Elle pourrait enfin rapporter 6 milliards d’euros par an au budget européen entre 2028 et 2034.
