Octobre aura été un mois de nerfs à la Bourse de Tunis. Le Tunindex a démarré fort, touché un sommet d’environ 18 780 points le 6 octobre, puis glissé de façon presque continue à partir de la mi-mois, jusqu’à frôler les 18 380 points vers le 28. Il aurait pu finir sur une note morose. Il n’en a rien été : un rebond net dans les trois dernières séances l’a ramené à 18 622,76 points, soit 1,29 % de plus qu’à la clôture de septembre.
Son pendant sur les vingt premières valeurs, le Tunindex20, suit la même trajectoire. Il s’établit à 8 165,85 points, en progression de 1,47 % sur le mois. Sur l’ensemble de l’année, les deux indices affichent des gains que peu de places boursières peuvent revendiquer : +38,46 % pour le Tunindex et +36,66 % pour le Tunindex20.
Ces chiffres demandent tout de même à être replacés dans leur contexte. Les deux indices restent à environ 13,6 % et 14,5 % sous leurs sommets annuels du 17 juillet, établis respectivement à 21 552,73 et 9 546,20 points. Quant à leurs plus bas de l’année, relevés le 8 janvier, ils étaient de 13 119,98 et 5 814,06 points. Le marché a donc beaucoup monté depuis le début de 2026, mais il consolide depuis l’été.
Les banques toujours aux commandes de l’indice
Si le Tunindex a pu terminer le mois en hausse malgré le repli de plusieurs secteurs, c’est d’abord une affaire de poids. L’indice des banques, qui pèse à lui seul 58,38 % du Tunindex, a progressé de 2,23 % pour atteindre 14 051,67 points. L’indice des sociétés financières, qui regroupe les banques, les assurances et les services financiers, représente 66,81 % de l’indice phare et gagne 1,89 %.
D’autres secteurs ont accompagné le mouvement. Les industries ont pris 1,93 %, les services financiers 1,78 %, les produits ménagers et de soin personnel 1,42 %. La distribution et les services aux consommateurs s’en sortent avec +1,01 % chacun.
À l’inverse, plusieurs compartiments ont reculé. Les matériaux de base cèdent 3,00 %, les assurances 2,18 % et le bâtiment et les matériaux de construction 1,22 %. L’agroalimentaire et les boissons, deuxième poids lourd de l’indice avec 15,39 %, perdent 0,55 %, et les biens de consommation 0,21 %. Ces baisses n’ont pas suffi à contrebalancer l’élan bancaire.
Sur douze mois, le tableau reste très favorable à la finance. Les services financiers progressent de 52,42 %, les assurances de 47,60 %, les sociétés financières de 45,88 % et les banques de 45,32 %. L’agroalimentaire gagne 30,65 % et les biens de consommation 21,42 %. Un seul indice sectoriel est dans le rouge depuis janvier : celui des produits ménagers et de soin personnel, à -8,40 %.
Une capitalisation de 45,8 milliards de dinars
La capitalisation boursière du marché principal s’élève à 45 818 MD, en hausse de 0,70 % sur le mois et de 32,17 % sur un an. Elle était de 34 666 MD à la fin de 2025. La partie flottante des valeurs du Tunindex représente 10 859 MD, soit 23,70 % de l’ensemble.
La concentration reste marquée. Les banques pèsent 21 162 MD, soit 46,19 % de la capitalisation, et l’agroalimentaire 10 745 MD, soit 23,45 %. À eux deux, ces secteurs valent près de 70 % du marché. Viennent ensuite les assurances (6,36 %), la distribution (5,75 %) et les services financiers (4,35 %).
Cinq sociétés totalisent à elles seules 22 227 MD, soit 48,51 % de la capitalisation : BIAT (6 711 MD), Poulina Group Holding (4 780 MD), Attijari Bank (3 885 MD), la SFBT (3 673 MD) et Amen Bank (3 178 MD). Autrement dit, près d’un dinar sur deux placé en Bourse tunisienne se trouve dans l’une de ces cinq entreprises.
Les valeurs les plus échangées
En capitaux, c’est la BIAT qui domine le mois avec 35,75 MDT échangés, loin devant la SFBT (17,99 MDT) et Amen Bank (17,05 MDT). La BNA (9,14 MDT) et Attijari Bank (5,40 MDT) complètent le classement. Ces cinq titres ont concentré plus de la moitié, soit 54,7 %, des 155,98 MDT traités sur la cote.
Le classement change dès qu’on regarde le nombre de titres. Carthage Cement arrive en tête avec 1 509 259 titres échangés, devant la SFBT (1 329 140), la BT (480 074), la BNA (477 962) et One Tech Holding (450 029). Un titre bon marché peut changer de mains en grand nombre sans peser lourd en dinars.
Du côté de l’activité pure, mesurée en nombre de transactions, BNA Assurances ressort avec 2 483 échanges, suivie de One Tech Holding (2 349), de la BNA (2 331), d’Amen Bank (1 696) et de la BT (1 550). Toutes ces valeurs appartiennent au compartiment A et au groupe de cotation 11.
Des écarts spectaculaires sur les petites valeurs
Le palmarès mensuel est dominé par des titres au cours modeste, tous clôturés sous les 8 dinars, ce qui amplifie mécaniquement les variations. Sotemail s’envole de 45,40 % à 2,370 DT. Stip gagne 31,19 % à 7,950 DT, Assad 22,86 % à 2,580 DT, Essoukna 11,57 % à 4,630 DT et Tunisair 10,35 % à 0,320 DT.
Les baisses sont tout aussi marquées. Cellcom recule de 25,14 % à 1,340 DT, Siphat de 21,81 % à 3,550 DT, la BTE (ADP) de 19,66 % à 5,600 DT, la Siame de 12,37 % à 3,400 DT et New Body Line de 12,07 % à 2,550 DT. Ces mouvements rappellent que, sur les valeurs peu liquides, quelques ordres suffisent à faire bouger un cours de façon spectaculaire.
Volumes : un total en hausse, un rythme quotidien en retrait
Les capitaux traités sur la cote atteignent 155 979 322 DT pour 11 404 187 titres échangés, répartis sur 38 977 transactions. Le mois compte 21 séances, soit nettement plus que la période de comparaison de septembre, ce qui explique que les totaux progressent : +7,15 % pour les capitaux, +26,64 % pour les titres et +58,89 % pour les transactions.
Rapportés à la séance, les chiffres racontent une autre histoire. La moyenne quotidienne des capitaux échangés tombe à 7 427 587 DT, contre 11 197 748 DT un mois plus tôt, soit un recul de 33,67 %. Celle des titres baisse de 21,60 % à 543 057 titres par séance. Seul le nombre moyen de transactions résiste à peu près, à 1 856 par jour, contre 1 887 (-1,64 %). Le marché a donc brassé plus de monde, mais pour des montants unitaires plus faibles.
Le carnet d’ordres central concentre l’essentiel de l’activité, avec 138,10 MDT, soit 88,54 % des capitaux. Le marché de blocs complète avec 8 transactions portant sur 160 000 titres et 17,88 MDT, soit 11,46 %. Le compartiment A assure 85,04 % des capitaux échangés, le B 14,03 % et le compartiment S 0,93 %. Le groupe de cotation 11 à lui seul représente 96,86 % du total.
Côté investisseurs, les opérateurs en compte libre restent le moteur du marché : 68,70 % des achats et 71,37 % des ventes. Les OPCVM se montrent acheteurs nets, avec 25,20 MDT d’achats pour 20,34 MDT de ventes, un écart d’environ 4,9 MDT. Les comptes gérés suivent le même sens, à 17,87 MDT d’achats contre 16,10 MDT de ventes.
Obligataire et hors cote : des marchés à part
Le marché obligataire a connu un mois très calme. Huit échanges seulement, pour 35 625 titres et 36,79 MDT, tous portant sur des titres émis par le Trésor. Les achats sont venus presque exclusivement des OPCVM (36,79 MDT) et les ventes des comptes propres (36,79 MDT, soit 99,98 %). Depuis janvier, le compartiment cumule 437 échanges et 493,55 MDT, en baisse de 26,14 % sur un an, avec une part du Trésor de 97,58 %.
Le marché hors cote est plus discret encore. La cotation électronique n’a enregistré aucune transaction en octobre, et les enchères sur panneaux se limitent à 26 échanges pour 612 titres, soit 3 918 DT. Sur l’année, deux valeurs animent ce segment : la Sitex, dont le rendement annuel ressort à 34,86 %, et la Société tunisienne du sucre, à 171,56 %, sur des volumes très faibles.
Les étrangers, vendeurs nets en octobre
Du côté des investisseurs non résidents, octobre marque un retournement. Leurs acquisitions se sont limitées à 2,93 MD et leurs cessions ont atteint 6,65 MD, ce qui donne un solde net vendeur de 3,71 MD. Leur part dans la capitalisation recule légèrement, à 17,87 % contre 17,93 % en septembre.
Le recul est plus net si l’on remonte au début de l’année : cette part était de 18,89 % fin 2025. Il ne traduit pourtant pas un désengagement massif. Depuis janvier, les étrangers ont acquis 245,38 MD de titres et en ont cédé 26,70 MD, soit un solde net acheteur de 218,68 MD. Leur part diminue parce que la capitalisation totale a progressé plus vite que leurs positions.
Leur présence reste très inégale selon les valeurs. Au 30 octobre, ils détiennent près de deux tiers de la capitalisation de l’ATB (64,32 %) et de la SFBT (66,21 %), 59,19 % de celle d’Air Liquide Tunisie, 57,36 % d’Attijari Bank et 52,35 % de l’UIB.
Dix mois de séances : le bilan depuis janvier
Depuis le début de 2026, tous marchés confondus, les capitaux échangés totalisent 4,78 milliards de dinars, en hausse de 18,11 % sur un an, pour 590 659 échanges, soit 50,31 % de plus. Cette progression est portée par les titres de capital cotés : 2,98 milliards de dinars échangés, contre 1,63 milliard un an plus tôt (+82,89 %), avec 588 711 transactions (+51,69 %) et 229,4 millions de titres (+19,19 %).
Les autres compartiments tirent le bilan dans l’autre sens. Les titres de créance reculent de 26,14 % en capitaux, les enregistrements de 21,24 % (1,29 milliard de dinars) et le hors cote de 99,28 %. Le mois d’avril garde son statut de record, avec plus de 730 MDT échangés, nourris par des opérations de blocs exceptionnelles. Le niveau d’octobre, autour de 156 MDT, se situe loin de ce pic et dans le même ordre de grandeur qu’en août (171 MDT).
Ce qu’il faut retenir
Octobre laisse l’image d’un marché qui tient bon sans s’emballer. Les indices progressent grâce aux banques, la capitalisation s’approche de 46 milliards de dinars et le bilan annuel reste exceptionnel. Mais les échanges moyens par séance s’érodent, les étrangers ont allégé leurs positions sur le mois et l’écart avec les sommets de juillet n’est pas comblé. Les séances de novembre diront si le rebond de fin octobre marque un nouveau départ ou une simple respiration.
