L’essentiel en chiffres
- Croissance 2026 : 2,7 % attendus par le gouvernement (contre 3,3 % initialement), 2,4 % par le FMI, 2,3 % par la Banque mondiale
- Premier semestre 2026 : +2,4 %
- Investissement : 15,5 % du PIB (15,4 % en 2025)
- Commerce extérieur (9 mois) : exportations +8,6 %, importations +13,1 %, déficit proche de 21 milliards de dinars (16,7 milliards un an plus tôt)
- Inflation : 5,6 % en septembre 2026, dont +8,4 % pour les prix alimentaires
L’économie tunisienne avance, mais moins vite que prévu. En révisant à 2,7 % sa prévision de croissance pour 2026, contre 3,3 % dans ses hypothèses de départ, le gouvernement admet un recul de 0,6 point. Cette correction ne signe pas la fin du rebond. Elle rappelle que celui-ci repose sur des fondations encore étroites.
Ce que révèle la révision à 2,7 % : un écart de 0,6 point
Le chiffre de 2,7 % reste supérieur à ce que la conjoncture observée laisse entrevoir. Au premier semestre 2026, l’activité a progressé de 2,4 %. Pour atteindre l’objectif officiel, le second semestre devra donc accélérer.
Cette trajectoire n’a rien d’impossible. Elle suppose toutefois que les moteurs de la croissance, aujourd’hui peu sollicités, se mettent en marche rapidement.
Les prévisions du FMI et de la Banque mondiale, plus prudentes que Tunis
Les institutions internationales se montrent plus réservées. Le Fonds monétaire international anticipe une croissance de 2,4 % pour l’ensemble de l’année, soit exactement le rythme du premier semestre. La Banque mondiale retient 2,3 %.
L’écart avec la prévision gouvernementale, de 0,3 à 0,4 point, est modeste. Mais il suggère que les bailleurs ne voient pas de rebond marqué en fin d’année.
Investissement à 15,5 % du PIB : le maillon faible
C’est probablement l’indicateur le plus parlant. Le taux d’investissement devrait atteindre 15,5 % du PIB en 2026, contre 15,4 % en 2025. Un dixième de point en un an : autant dire une stagnation.
Or l’investissement conditionne la capacité de production de demain, l’emploi et la productivité. Sans lui, la croissance dépend surtout de la consommation et de facteurs conjoncturels, plus volatils.
Commerce extérieur : les importations creusent le déficit
Sur les neuf premiers mois de 2026, les exportations ont gagné 8,6 %. C’est un résultat positif, mais les importations ont grimpé plus vite, de 13,1 %.
Le déficit commercial atteint ainsi près de 21 milliards de dinars, contre 16,7 milliards un an plus tôt, soit environ 4,3 milliards de plus. Cette dynamique expose l’économie aux chocs extérieurs, en particulier sur l’énergie, dont les variations de prix pèsent directement sur la facture d’importation.
Inflation à 5,6 % : l’alimentaire en première ligne
Les efforts de stabilisation n’ont pas encore ramené les prix à un niveau confortable. L’inflation a atteint 5,6 % en septembre 2026.
Le poste alimentaire concentre la pression, avec des prix en hausse de 8,4 % sur un an. Pour les ménages, ce sont les dépenses les plus difficiles à comprimer. Le pouvoir d’achat en subit directement les conséquences, ce qui limite l’effet de la reprise sur le quotidien.
Quatre leviers pour passer d’un rebond à une croissance durable
Ces indicateurs ne remettent pas en cause la réalité de la reprise. Ils montrent qu’elle reste insuffisamment portée par l’investissement et sensible aux secousses venues de l’extérieur. Le défi est de convertir un rebond conjoncturel en croissance durable, créatrice de valeur. Quatre chantiers se dégagent :
- Faciliter l’investissement privé, en allégeant les obstacles qui freinent la décision d’investir.
- Accélérer la concrétisation des projets, afin que les intentions d’investissement se traduisent en réalisations.
- Améliorer l’accès au financement des entreprises, condition de leur développement.
- Renforcer la compétitivité des exportations, pour que leur progression rattrape celle des importations.
Les moteurs de la croissance, vraie question de 2026
La Tunisie croîtra en 2026, probablement entre 2,3 % et 2,7 % selon les sources. Cela ne fait guère débat.
Sur quels moteurs l’économie peut-elle s’appuyer pour accélérer de façon durable ? La réponse déterminera si 2026 restera une année de rattrapage ou marquera le début d’un cycle plus solide.
