Faire davantage contribuer ceux qui ont beaucoup gagné pour soulager ceux qui paient l’impôt : c’est le pari budgétaire du gouvernement italien. Mercredi 28 octobre, le Conseil des ministres présidé par Giorgia Meloni a donné son feu vert au projet de loi de finances pour 2027, le dernier de la législature avant les élections générales prévues l’an prochain.
Au total, les mesures annoncées pèsent environ 26 milliards d’euros, entre baisses d’impôts et dépenses supplémentaires. Le document programmatique transmis à Bruxelles retient pour sa part un chiffre de 23,5 milliards d’euros. Pour boucler le financement, Rome compte sur plus de 5 milliards d’euros de recettes supplémentaires issues du secteur financier.
Où l’Italie va chercher l’argent
Le secteur financier constitue la première source de couverture du budget. Plus de 5 milliards d’euros sont attendus des banques et des assureurs, mais la forme exacte du prélèvement et la répartition de l’effort entre banques et assurances restent à préciser. Selon la presse italienne, aucun accord préalable n’a été conclu avec la profession.
Le gouvernement ne s’arrête pas là. Environ 700 millions d’euros doivent provenir des sociétés énergétiques, et autant du secteur des jeux. La revue des dépenses des ministères apporterait, elle, de l’ordre d’un milliard d’euros d’économies.
Certains établissements seront épargnés. Le vice-président du Conseil, Antonio Tajani, a indiqué que les banques de crédit coopératif et les banques populaires seraient exclues du nouveau prélèvement. Les banques de proximité et les fondations bancaires qui soutiennent le secteur associatif sont également concernées par cette exception. Giorgia Meloni a insisté sur un point : la mesure ne vise pas une catégorie en particulier, elle répartit simplement l’effort de financement. Son gouvernement écarte par ailleurs l’étiquette de « taxe sur les surprofits », préférant parler de contribution.
Ce que le budget prévoit pour les ménages et les indépendants
La mesure la plus visible concerne l’impôt sur le revenu. Le plafond de la tranche à 33 % de l’IRPEF est relevé jusqu’à 55 000 euros, contre 50 000 euros auparavant. Les ménages de la classe moyenne sont les premiers visés par cette baisse.
Le texte reconduit aussi l’ensemble des dispositifs arrivant à échéance à la fin de l’année, un paquet de plus de 9 milliards d’euros. On y trouve le crédit d’impôt pour les investissements dans la zone économique spéciale du Mezzogiorno, la taxation à 1 % des primes de productivité, le bonus pour les mères actives et la superdéduction à 120 % du coût du travail pour les entreprises qui embauchent. La taxation allégée à 5 % sur les augmentations issues des renouvellements de conventions collectives est elle aussi maintenue. Pour les jeunes salariés, une imposition de 1 % s’appliquera aux hausses de revenus, dans des limites de revenu et de montant précises.
Du côté des indépendants, la presse italienne fait état d’un relèvement à 100 000 euros du plafond du régime forfaitaire, la flat tax, actuellement fixé à 85 000 euros. Cette hausse est un cheval de bataille de la Ligue de Matteo Salvini. Sur le régime d’exemption de TVA, Giorgia Meloni a précisé qu’il restait un an pour négocier avec la Commission européenne. En revanche, la détaxation du treizième mois ne figure pas, pour l’instant, dans le texte.
Pourquoi cibler les banques ?
L’argument de fond tient en quelques mots : les établissements bancaires ont profité ces dernières années de taux d’intérêt élevés, qui ont soutenu leurs revenus et, pour certains, leurs bénéfices. Rome veut donc récupérer une partie de ces ressources pour financer ses priorités. Matteo Salvini juge la mesure juste au regard des profits réalisés, et affirme que les banques contribueront de façon importante à ce budget.
Ce n’est pas une première. Après un prélèvement exceptionnel de 3,5 milliards d’euros dans le budget 2025, puis une contribution d’environ 4,5 milliards d’euros dans celui de 2026, le secteur financier est sollicité pour la troisième année consécutive. Le document programmatique prévoit une contribution équivalente à 0,21 % du PIB en 2027, puis 0,13 % en 2028 et 0,10 % en 2029, soit 10,7 milliards d’euros sur trois ans.
Le secteur bancaire conteste la méthode
Les banques ne cachent pas leur désaccord. Le président de l’Association bancaire italienne (ABI), Antonio Patuelli, rappelle qu’un accord triennal d’environ 10 milliards d’euros existe déjà avec l’État. Selon lui, demander un nouvel effort en cours de route revient à changer les règles du jeu, avec des conséquences sur la prévisibilité du cadre fiscal et sur la perception du risque Italie par les investisseurs.
Le patron d’Intesa Sanpaolo, Carlo Messina, a lui aussi rappelé le 20 octobre que les banques avaient déjà trouvé avec le gouvernement une solution volontaire sur trois ans. Du côté de l’exécutif, Antonio Tajani assure que les interventions prévues ne mettront en aucun cas en danger la solidité du secteur.
Un risque de répercussion sur les clients ?
C’est la question que soulève mécaniquement ce type de prélèvement. Les banques pourraient chercher à compenser une partie de la charge en réduisant leurs marges ou leurs investissements, ou encore en modifiant leur grille tarifaire. Le gouvernement mise sur l’inverse : une contribution supportable, sans effet sur la stabilité du système. L’équilibre sera difficile à tenir, d’autant que la forme du prélèvement n’est pas encore arrêtée.
Un budget sous contrainte européenne
Ce budget s’inscrit dans un cadre budgétaire serré. Le déficit public est attendu autour de 3,4 % du PIB en 2027 et la dette à 138,5 %, selon le document programmatique. L’ensemble s’appuie sur la clause de sauvegarde nationale pour la défense et l’énergie, d’un montant de 14,4 milliards d’euros. Giorgia Meloni plaide, depuis plusieurs semaines, pour davantage de flexibilité européenne face au contexte géopolitique, à la hausse des prix de l’énergie et à l’inflation. Plusieurs pays européens cherchent, eux aussi, à réduire leurs déficits, et l’Italie fait le choix de solliciter certains secteurs plutôt que de relever l’impôt sur l’ensemble des contribuables.
Prochaine étape : le Parlement
Il ne s’agit encore que d’un projet. Le texte doit maintenant être examiné par le Parlement, où des amendements pourront modifier les dispositions approuvées par l’exécutif, y compris le mécanisme de financement par les banques. L’examen doit s’achever d’ici le 31 décembre pour éviter le recours à l’exercice provisoire.
Reste une question de fond, que le débat parlementaire devra trancher : faire davantage contribuer les banques pour alléger la fiscalité des ménages est-il une solution pertinente, ou un pari qui risque de voir les coûts répercutés sur les clients ?
