Les grandes masses du projet de budget de l’État pour l’exercice 2027 dessinent une trajectoire budgétaire sous forte contrainte. Elles se caractérisent par un déficit structurel élevé et, surtout, par un besoin de financement de la Trésorerie massif, qui exercera une pression continue sur le système financier tunisien.
Un déséquilibre structurel qui s’installe
Le budget 2027 prévoit des recettes totales de 54,28 milliards de dinars (MDT), face à des dépenses de 68,895 MDT. Le déficit budgétaire affiché atteint ainsi 14,615 MDT, soit environ 8,5 % à 9 % du PIB estimé.
Ce niveau confirme l’incapacité actuelle des recettes fiscales, établies à 49,6 MDT, à couvrir les dépenses de fonctionnement et d’investissement. Et ce, malgré une pression fiscale qui restera élevée.
| Indicateur | Montant (MDT) |
| Recettes totales | 54,28 |
| Dépenses totales | 68,895 |
| Déficit budgétaire | 14,615 |
| Besoin de financement de la Trésorerie | 28,122 |
| Emprunt intérieur (plus de 70 %) | 19,845 |
| Emprunt extérieur (24,4 %) | 6,877 |
| Ressources de trésorerie (5,0 %) | 1,400 |
Le vrai défi : 28,1 milliards de dinars à financer
Le chiffre le plus critique de ce projet de loi n’est pas le déficit, mais le besoin de financement de la Trésorerie, qui s’élève à 28,122 MDT. Ce montant, presque le double du déficit budgétaire, s’explique par l’inclusion du roulement de la dette, c’est-à-dire le remboursement du principal des emprunts arrivant à échéance.
Autrement dit, l’État doit trouver plus de 28 milliards de dinars, non pas pour investir, mais principalement pour honorer ses engagements passés et financer le déficit courant.
Une dépendance critique au financement intérieur
La structure de ce financement révèle une vulnérabilité majeure. Le besoin de 28,122 MDT se répartit entre trois sources :
- Emprunt intérieur (19,845 MDT) : il représente plus de 70 % du besoin total. Cette ponction massive sur l’épargne nationale, principalement via le système bancaire, accentuera l’effet d’éviction (crowding out) au détriment du crédit à l’économie réelle, c’est-à-dire aux entreprises et aux ménages.
- Emprunt extérieur (6,877 MDT, soit 24,4 %) : ce montant apparaît relativement faible au regard des besoins. Il suggère soit une difficulté d’accès aux marchés internationaux de capitaux, soit une forte dépendance à des financements concessionnels bilatéraux ou multilatéraux dont la concrétisation reste aléatoire.
- Ressources de trésorerie (1,400 MDT, soit 5,0 %) : elles offrent une marge de manœuvre limitée pour lisser les tensions de liquidité en cours d’année.
Ce qu’il faut retenir
Le budget 2027 combine un déficit élevé, une dette à rouler en grande partie et un financement qui repose, pour plus de 70 %, sur l’épargne domestique. Pour les banques comme pour les entreprises qui comptent sur le crédit, la pression sur la liquidité s’annonce durable.
