Moscou franchit un nouveau cap contre les entreprises occidentales encore présentes en Russie. Un décret de Vladimir Poutine, publié le jeudi 17 septembre 2026, place leurs actifs sous « administration temporaire ». Une seule société en assure désormais la gestion : L.E.V. Management.
Quels groupes sont concernés ?
Le texte vise plusieurs groupes. D’abord, Auchan : le décret cite ses parts russes, détenues par la société française Sogepar. Ensuite, FM Logistic, spécialiste français de la logistique, avec trois filiales russes. Nestlé, groupe suisse, est aussi touché, via Nestle Deutschland AG et la Société des produits Nestlé. Enfin, l’ancien réseau russe de Leroy Merlin, rebaptisé Lemana Pro en 2024, entre dans le périmètre.
Ce dernier cas est particulier. En 2023, Adeo, la maison mère française, a cédé le contrôle de ses activités russes à un management local. La chaîne est ensuite passée à une société basée à Dubaï. Ainsi, le décret cible 99,993 % des parts, via Scenari Holding LP (Émirats arabes unis). Il vise aussi 0,007 % détenus par Adeo.
Par ailleurs, l’enjeu est humain. Sur le site de sa filiale russe, Auchan recense plus de 33 000 collaborateurs et 241 magasins, dont 62 hypermarchés.
L.E.V. Management, un administrateur discret
Créée fin 2025, L.E.V. Management a pour dirigeant Andreï Kraiouchkine, un général du ministère russe de l’Intérieur, selon Novaïa Gazeta Europa. Sur le plan juridique, l’administration temporaire ne change pas le propriétaire, rappellent des juristes russes cités par Kommersant. En pratique, toutefois, les groupes perdent la main sur la gestion. Ils ne sont pas formellement expropriés à ce stade.
Le Kremlin assume, Paris proteste
Le Kremlin invoque l’appartenance des entreprises à des pays « inamicaux ». En effet, il les accuse de participer à des actions militaires contre la Russie. Son porte-parole, Dmitri Peskov, assure toutefois que seule une gestion externe est introduite pour l’instant.
Paris réagit le vendredi 18 septembre. Les ministères des Affaires étrangères et de l’Économie dénoncent, dans un communiqué commun, une mise sous administration sans justification. Enfin, ils appellent Moscou à revenir sur sa décision et restent en contact avec les entreprises. De son côté, Nestlé évalue la situation et ses options. La filiale russe d’Auchan, elle, a demandé des clarifications aux autorités.
Un mécanisme déjà utilisé depuis 2023
La méthode n’est pas nouvelle. Depuis 2023, Moscou l’a appliquée à Danone et à Carlsberg, notamment. Leurs activités sont ensuite passées sous contrôle russe. Ainsi, la filiale de Danone a été revendue à un neveu du dirigeant tchétchène Ramzan Kadyrov. Selon CNBC, beaucoup y voient une première étape vers un transfert à des investisseurs proches du pouvoir. Pour l’instant, le Kremlin ne le confirme pas.
Un impact financier contrasté
Pour Nestlé, les analystes de Jefferies chiffrent le poids de la Russie à environ 2 % du chiffre d’affaires. Ils jugent donc l’impact limité. Toutefois, une cession forcée pourrait entraîner une dépréciation d’environ 1 milliard de francs suisses, soit 1,05 milliard d’euros. Les analystes reconnaissent que ce montant reste difficile à chiffrer.
Analyse : la logique de réciprocité
Cette séquence s’inscrit dans un bras de fer économique engagé depuis 2022. L’Union européenne a immobilisé les avoirs de la Banque centrale russe, soit environ 210 milliards d’euros. Environ 185 milliards se trouvent chez Euroclear, en Belgique. En décembre 2025, les Vingt-Sept ont renoncé à en faire la garantie d’un prêt de réparation. Ils ont préféré un emprunt commun de 90 milliards d’euros pour l’Ukraine. Depuis, le dossier revient sur la table à Bruxelles.
Sur le plan juridique, les deux démarches ne se valent pas. Les avoirs européens sont immobilisés, pas confisqués. Ce cadre reste lié à la fin de la guerre et à d’éventuelles réparations. À l’inverse, le décret russe désigne des entreprises précises. Il confie leur gestion à un administrateur choisi par l’État.
En revanche, sur le terrain du rapport de force, la riposte n’a rien d’inattendu. Le Kremlin la revendique d’ailleurs lui-même. Ensuite, ce sont les salariés, les actionnaires et les entreprises qui en paient le coût. Reste une question ouverte pour les Européens : comment concilier fermeté face à Moscou et recherche d’une issue diplomatique ?
À retenir
- Décret publié le 17 septembre 2026 : actifs russes d’Auchan, FM Logistic, Nestlé et de l’ex-Leroy Merlin (Lemana Pro) sous administration temporaire.
- Gestion confiée à L.E.V. Management, société créée fin 2025 et dirigée par un général du ministère russe de l’Intérieur.
- Pas d’expropriation formelle à ce stade, mais une perte de contrôle de la gestion.
- Paris dénonce une mesure sans justification et demande à Moscou de revenir dessus.
