Le président américain Donald Trump recevra son homologue chinois Xi Jinping à la Maison-Blanche le 24 septembre. Ce sera leur deuxième rencontre de 2026 et la première visite d’État d’un dirigeant chinois à Washington depuis dix ans. Commerce mondial, course à l’intelligence artificielle, guerre en Iran, sécurité de Taïwan : peu de dossiers internationaux échapperont à cette réunion.
Les marchés ont pris de l’avance dès vendredi. À la mi-journée, le CSI300 et le Shanghai Composite gagnaient environ 1 %, leur meilleure séance depuis la mi-août, pendant que le Hang Seng de Hong Kong progressait d’environ 0,7 %. Le yuan, lui, a pris près de 4 % face au dollar depuis janvier, ce qui en fait la devise la plus performante d’Asie.
Une trêve commerciale qui arrive à échéance
L’urgence tient en une date : le 10 novembre. C’est ce jour-là que prend fin la trêve tarifaire scellée lors de la rencontre entre les deux dirigeants en Corée du Sud, en octobre dernier. Cet accord avait mis un terme à une guerre commerciale où les droits de douane dépassaient 100 % de part et d’autre. Reste à savoir si Washington et Pékin la prolongeront.
Le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, a annoncé ce mois-ci « certaines annonces sur l’agriculture et les barrières non tarifaires ». Les deux gouvernements négocient par ailleurs des baisses tarifaires réciproques portant sur 30 milliards de dollars de marchandises.
Côté américain, Donald Trump cherche des succès visibles avant les élections de mi-mandat de novembre. Selon des sources citées par Reuters, Xi Jinping prépare de son côté une importante délégation d’hommes d’affaires. Après le sommet de mai, Pékin avait annoncé l’achat de 200 avions supplémentaires ; des sources industrielles évoquent désormais un accord plus vaste, pouvant porter sur 500 Boeing 737 MAX.
La Chine aborde la négociation en position de force relative. Son économie a mieux résisté que prévu, soutenue par des exportations solides et un boom des investissements dans l’IA, selon l’Asia Society Policy Institute. Les États-Unis conservent pourtant un avantage symbolique inconfortable pour Pékin : leur taux effectif de droits de douane sur les produits chinois atteignait 22,8 % en juillet, le plus élevé parmi leurs grands partenaires commerciaux, d’après le Penn Wharton Budget Model.
Taïwan et Iran, deux sujets sensibles
Chez les alliés de Washington en Asie, l’inquiétude est palpable. Après la rencontre de mai à Pékin, Donald Trump a présenté un futur contrat d’armement de 14 milliards de dollars pour Taïwan comme un « très bon levier de négociation ». Une formule qui a alarmé les responsables à Taipei comme à Tokyo.
La Première ministre japonaise, Sanae Takaichi, a d’ailleurs cherché à échanger avec le président américain avant le sommet. Selon le Taipei Times, Tokyo espère qu’il n’assouplira pas le langage diplomatique établi sur Taïwan. « Tout signe de faiblesse sur la question de Taïwan serait particulièrement préoccupant », prévient Emma Chanlett-Avery, de l’Asia Society Policy Institute.
La guerre contre l’Iran occupera aussi une place centrale. La Chine reste le premier acheteur de pétrole iranien et, selon Reuters, Pékin écoule pour plusieurs milliards de dollars de marchandises vers Téhéran via un dispositif de contournement des sanctions. Le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, doit rencontrer ce week-end le vice-Premier ministre chinois He Lifeng, et les discussions sur les liens financiers entre la Chine et l’Iran se poursuivront pendant le sommet.
L’Europe, spectatrice d’un rapprochement
Pour l’Union européenne, ce sommet n’annonce aucune éclaircie. Ni Washington ni Pékin ne font de l’Ukraine une priorité. Selon une analyse du Centre international pour la défense et la sécurité, un apaisement sino-américain pourrait même laisser Bruxelles seule face à l’excédent commercial croissant de la Chine.
La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a récemment qualifié de « point de bascule » le déficit commercial de l’UE avec la Chine, qui atteint 1 milliard d’euros par jour. Elle a averti que Bruxelles « userait de tous les outils » pour rééquilibrer la relation.
Un point fait consensus parmi les analystes. « Xi ne ferait pas le déplacement s’il n’y avait pas de résultats concrets sur les tarifs douaniers ou une trêve commerciale », estime Dan Wang, directeur de l’équipe Chine d’Eurasia Group. Rendez-vous le 24 septembre pour savoir si la Maison-Blanche lui donne raison.
