Les transferts des Tunisiens résidents à l’étranger ont représenté près de 6,5 % du PIB en 2025. À Rabat, la Commission économique pour l’Afrique a détaillé deux chantiers du Plan 2026-2030 : un fonds dédié à la diaspora et une éventuelle émission d’obligations vertes à l’horizon 2028.
Mobiliser l’épargne des Tunisiens installés à l’étranger pour financer l’économie réelle : c’est l’un des deux axes de coopération que la Commission économique pour l’Afrique (CEA) et la Tunisie ont placés au cœur du Plan de développement 2026-2030. L’autre vise le financement vert, avec en ligne de mire une possible émission d’obligations vertes en 2028.
Samia Mansour Hamouda, chargée des affaires économiques à la CEA, en a détaillé les contours dans une déclaration à l’agence TAP, en marge de la 41e réunion du Comité intergouvernemental de hauts fonctionnaires et d’experts pour l’Afrique du Nord (CIHFE), organisée à Rabat du 3 au 5 novembre 2026.
| Chiffres clés : près de 6,5 % du PIB (environ 3 milliards de dollars) de transferts de la diaspora en 2025 ; près de 7 milliards de dinars (environ 2,4 milliards de dollars) à fin septembre 2026 ; une progression annuelle d’au moins 5 %, soit plus de 300 millions de dinars supplémentaires ; obligations vertes envisagées à l’horizon 2028. |
Un fonds dédié pour canaliser l’épargne des expatriés
Le premier chantier consiste à mieux orienter les transferts de la diaspora vers le financement de projets d’investissement. En 2025, ces flux ont représenté près de 6,5 % du produit intérieur brut, soit environ 3 milliards de dollars.
La CEA travaille avec le ministère de l’Économie et de la Planification à l’identification des mécanismes nécessaires. Au programme : un cadre institutionnel, juridique et financier approprié, des instruments de financement adaptés et la création d’un fonds destiné à la diaspora tunisienne.
L’objectif est de mobiliser une partie de l’épargne des Tunisiens établis à l’étranger, principalement en Europe, pour la diriger vers des investissements à forte valeur ajoutée dans leur pays d’origine.
Des transferts qui progressent d’au moins 5 % par an
Les chiffres de 2026 confirment la dynamique. À la date du 30 septembre, les transferts des Tunisiens résidents à l’étranger atteignaient environ 7 milliards de dinars, l’équivalent de 2,4 milliards de dollars.
Selon Samia Mansour Hamouda, ce volume augmente chaque année d’au moins 5 % par rapport à l’exercice précédent, ce qui représente un gain d’au moins 300 millions de dinars. À l’échelle du continent, ces transferts figurent parmi les sources de financement du développement les plus stables, à un moment où les financements traditionnels et les ressources publiques sont sous contrainte.
Un cadre juridique à réviser et des projets à identifier
La responsable de la CEA juge l’approche tunisienne « anticipative », notamment grâce à la révision de la législation sur l’investissement, destinée à faciliter la participation de la diaspora au financement de l’économie nationale.
Reste une condition, qu’elle a martelée : disposer d’un portefeuille de projets bien identifiés, capables d’intéresser les Tunisiens de l’étranger. Les initiatives qui contribuent au développement régional sont particulièrement visées. La diaspora pourrait ainsi participer au financement de projets structurants dans ses régions d’origine.
Obligations vertes : un horizon fixé à 2028
Second axe de coopération, le financement vert. La CEA et la Tunisie travaillent à réunir les prérequis institutionnels et stratégiques, ainsi que les instruments financiers, nécessaires à une éventuelle émission d’obligations vertes à l’horizon 2028, dans le cadre du Plan 2026-2030.
La Commission fournit aussi une assistance technique et appuie le renforcement des capacités nationales pour préparer cette opération. Le but : diversifier les sources de financement et mobiliser des ressources complémentaires aux fonds publics, au service des secteurs prioritaires et des projets de développement durable.
Un modèle que la CEA veut partager avec d’autres pays
La CEA entend également faire connaître l’expérience tunisienne en matière de mobilisation des transferts de la diaspora et de leur orientation vers l’investissement. Pour Samia Mansour Hamouda, ces deux axes doivent permettre à la Tunisie de diversifier ses mécanismes de financement, de mieux valoriser les ressources de sa diaspora et de renforcer sa capacité à lever des financements innovants.
Le calendrier reste ouvert : le fonds dédié et les obligations vertes n’en sont encore qu’au stade de la préparation. Leur crédibilité dépendra de la solidité du cadre juridique et de la qualité du portefeuille de projets proposé aux Tunisiens de l’étranger.
