Un « levier de négociation » laissé en suspens
Le contrat, qui inclut missiles, systèmes anti-drones et infrastructures de défense aérienne, est prêt pour l’approbation présidentielle depuis des mois. Il n’a pourtant pas avancé. Après son sommet de mai avec Xi à Pékin, Donald Trump a présenté l’accord comme un « très bon levier de négociation ». Depuis, l’administration a nettement baissé le ton en public : plusieurs responsables, dont le secrétaire à la Défense Pete Hegseth, évitent ostensiblement de citer l’île dans leurs discours.
Selon certaines sources, le président américain envisagerait de repousser le paquet au moins jusqu’après le sommet de la Coopération économique Asie-Pacifique (APEC), en novembre. Pour Pékin, même ce délai est une victoire.
Xi Jinping pourrait par ailleurs laisser entendre qu’une approbation aurait un prix : de nouvelles restrictions sur les exportations chinoises de terres rares, ou son absence au sommet du G20 de Miami, en décembre, que Donald Trump doit accueillir.
« Il n’existe qu’un seul problème susceptible de provoquer un effondrement total des relations entre les deux parties ou de dégénérer en conflit, et c’est la question de Taïwan », prévient Xin Qiang, directeur du Centre d’études sur Taïwan à l’Université Fudan.
Taïwan face au doute
L’inquiétude gagne l’île. Selon un sondage publié lundi par le United Daily News, 47 % des personnes interrogées doutent que les États-Unis continueront de soutenir militairement Taïwan et de lui vendre des armes. Ils sont 44 % à rester confiants.
La même enquête annuelle montre que 53 % des Taïwanais souhaitent le maintien d’un « statu quo permanent » dans les relations de part et d’autre du détroit. Le soutien à l’indépendance progresse, à 32 % contre 25 % un an plus tôt.
Ce retard place le président Lai Ching-te dans une position délicate sur le plan intérieur. Il a défendu la hausse des dépenses militaires, en partie pour répondre aux demandes de Washington, qui exhorte ses partenaires à investir davantage dans leur défense.
Pour Ryan Hass, ancien directeur du Conseil de sécurité nationale chargé de la Chine et chercheur senior à la Brookings Institution, la stratégie de Pékin consiste à laisser le dossier s’éterniser. L’objectif : que la modernisation de l’armée chinoise prenne de l’avance sur les acquisitions de capacités par Taïwan, a-t-il expliqué au New York Times.
Des enjeux qui dépassent Taïwan
Malgré ces tensions, la coopération sécuritaire entre Washington et Taipei reste solide. Lors des exercices annuels Han Kuang, le mois dernier, les conseillers américains étaient plus visibles que les années précédentes.
Sur le plan économique, Taïwan est devenue cette année la troisième source d’importations des États-Unis, devant la Chine. Ce bond s’explique en grande partie par les semi-conducteurs de TSMC, qui alimentent le boom américain de l’intelligence artificielle.
L’île devrait néanmoins passer au second plan à la Maison-Blanche, derrière le commerce, la gouvernance de l’IA et la guerre en Iran. Bonnie Glaser, du German Marshall Fund, s’attend toutefois, comme elle l’a confié à Semafor, à ce que Xi « avertisse que les ventes d’armes américaines à Taïwan compromettraient le consensus des dirigeants sur le maintien d’une relation de stabilité stratégique constructive ».
Dimanche, des responsables américains et chinois ont conclu à New York des discussions préparatoires. Le secrétaire au Trésor Scott Bessent les a jugées « très réussies », sans qu’aucun accord majeur n’ait été annoncé.
