En août 2026, les envois d’e-commerce de faible valeur expédiés de Chine vers l’Union européenne ont chuté de 65 % par rapport à l’année précédente, d’après Trade and Transport Group. Le droit de douane de 3 € appliqué depuis le 1er juillet bouleverse la circulation des petits colis, et Bruxelles prépare déjà la suite : une redevance de traitement de 2 € supplémentaires, dont l’application est attendue d’ici novembre.
L’essentiel en chiffres
- −65 % : recul annuel des expéditions de faible valeur Chine–UE en août 2026 (−54 % en juillet).
- 3 € : droit de douane par ligne de déclaration, en vigueur depuis le 1er juillet.
- 2 € : redevance de traitement supplémentaire proposée par bien e-commerce.
- 5,8 milliards : colis de faible valeur entrés dans l’UE l’an dernier.
- 1er novembre 2026 : date à laquelle les États membres devront commencer à percevoir la redevance.
Un décrochage qui s’accélère de mois en mois
Le recul d’août n’a rien d’un accident isolé. Il s’inscrit dans une pente qui se raidit : en juillet, la baisse annuelle atteignait déjà 54 %. Selon Trade and Transport Group, elle gagne donc onze points en un mois.
Les autres sources décrivent la même trajectoire avec des chiffres différents. Le cabinet de conseil Aevean situe la baisse européenne autour de 40 % en poids, tandis que les exportations chinoises de e-commerce par voie aérienne ont reculé de 16 % à l’échelle mondiale en août. Ces écarts tiennent aux méthodes de mesure, qui varient d’un observateur à l’autre. Aucune ne contredit le sens du mouvement.
Le droit de 3 € frappe d’abord les petits prix
Ce droit de 3 € a mis fin à une exonération de longue date, qui bénéficiait aux colis d’une valeur inférieure à 150 €. Son mécanisme compte autant que son montant : il s’applique par ligne de déclaration, et non par colis.
Concrètement, ce sont les articles les moins chers qui trinquent. Sur une commande de 40 €, 3 € passent presque inaperçus. Sur un article à 4 ou 5 €, ils représentent une part considérable du prix affiché.
Une redevance de 2 € en approche
La Commission européenne a proposé d’instaurer une redevance de traitement supplémentaire de 2 € par bien e-commerce entrant dans l’Union, rapporte RetailDetail EU. Elle doit couvrir le coût du traitement douanier des quelque 5,8 milliards de colis de faible valeur arrivés dans l’UE l’an dernier. Distincte du droit de 3 €, elle viendrait s’y ajouter. Les États membres et le Parlement européen disposent d’un mois pour se prononcer sur la proposition.
Le calendrier institutionnel, lui, s’est accéléré. Le Conseil de l’UE a approuvé le 3 septembre l’ensemble du paquet de réforme douanière, puis le Parlement européen a adopté les nouvelles règles le 15 septembre. Le texte fixe au 1er novembre 2026 l’échéance à laquelle les États membres devront commencer à percevoir la redevance.
Additionnées, les deux charges pèseraient au moins 5 € sur chaque envoi concerné. Pour les importations directes à très bas prix, c’est toute l’équation économique qui change.
Temu, Shein, AliExpress : vers des stocks en Europe
Ces plateformes avaient bâti leur essor européen sur un modèle centralisé : les stocks restaient en Chine et les commandes partaient directement chez le consommateur. Ce schéma se heurte désormais à des obstacles structurels. Les vendeurs se tournent vers l’importation de marchandises en gros vers des entrepôts situés en Europe, d’où les commandes sont traitées localement.
Les distributeurs européens reprennent des couleurs
Certains acteurs locaux en profitent déjà. Le groupe polonais de mode LPP attribue la progression des ventes en ligne de sa marque Sinsay à une pression moindre des plateformes chinoises. Allegro, de son côté, cite le recul de cette concurrence parmi les raisons de ses meilleures perspectives.
Le Royaume-Uni offre un point de comparaison instructif. Hors du nouveau régime douanier de l’UE, il a enregistré une baisse bien plus modeste des expéditions chinoises. La preuve, s’il en fallait une, que la politique douanière peut réorienter les flux commerciaux à grande vitesse.
Après l’ère du colis bon marché
Le droit de 3 € doit rester en vigueur jusqu’en juillet 2028, échéance à laquelle la réforme douanière complète et les taux tarifaires standards entreront en application. Les 2 € supplémentaires traverseront-ils la période de consultation sans modification ? La question reste ouverte. La direction, elle, est tracée : le colis chinois bon marché, exonéré de droits de douane, appartient au passé.
Reste à observer comment les flux se reconfigurent autour des entrepôts européens, et qui, des plateformes ou des distributeurs locaux, en tirera le meilleur parti.
