Une croissance sous contrainte énergétique
Les retombées du conflit au Moyen-Orient continuent de peser sur les perspectives macroéconomiques de l’Allemagne. La première économie européenne devrait afficher une croissance du PIB limitée à 0,5 % en 2026, avant un rebond modeste à 1,0 % en 2027, selon les projections disponibles. L’inflation totale devrait se maintenir autour de 3 % en 2026, tirée principalement par l’énergie, bien que les effets de second tour devraient rester contenus.
Ce choc survient dans un contexte différent de celui de 2022-2023 : les réserves de trésorerie des ménages s’étant largement normalisées, les entreprises disposent d’une moindre marge de manœuvre pour répercuter la hausse des coûts. La compression des marges et la contraction de l’investissement privé en sont les corollaires directs.
Le marché du travail : amortisseur partiel mais sous tension
Le ralentissement cyclique du marché du travail freine la progression des salaires, même si les pénuries structurelles de main-d’œuvre — amplifiées par des tensions démographiques profondes — continuent de soutenir les revenus à moyen terme. Cette résilience de l’emploi limite la capacité des entreprises à fixer librement leurs prix, dans un contexte de demande intérieure fragile.
Le taux d’épargne excédentaire des ménages reste supérieur d’environ 1,5 point de pourcentage à sa moyenne des années 2010. Sa normalisation progressive est centrale pour rééquilibrer la croissance vers la demande intérieure. L’incertitude liée au conflit régional freine cependant cette décompression attendue.
Le plan SVIK : une bouffée d’oxygène budgétaire encore sous-utilisée
Le déploiement du paquet budgétaire allemand — notamment le fonds SVIK — devrait s’accélérer sur l’horizon de prévision. En 2025, environ 36 % des montants alloués (soit plus de 13 milliards d’euros) n’avaient pas été décaissés, en raison de goulets d’étranglement administratifs et de délais dans la mise en place des cadres juridiques au niveau des Länder.
À mesure que ces contraintes s’atténueront, l’absorption devrait s’accélérer, apportant un soutien significatif à la croissance, même si les déficits publics devraient rester proches de 4 % du PIB sur l’horizon de prévision. Cette trajectoire est jugée compatible avec la soutenabilité de la dette souveraine allemande.
L’industrie automobile : talon d’Achille d’une économie en mutation
Le secteur automobile — qui représente environ 4 % de la valeur ajoutée brute et 17 % des exportations de biens allemandes — traverse une crise structurelle profonde. Les constructeurs allemands perdent des parts de marché face à la concurrence asiatique, y compris dans les segments premium et luxe qui avaient jusque-là préservé leur positionnement.
Les retards accumulés dans la maîtrise des technologies de véhicules électriques et la montée en puissance des véhicules « software-first » fragilisent durablement le tissu industriel. L’expansion de capacités de production au sein de l’UE par des groupes asiatiques — visant à contourner les mesures protectionnistes — intensifie encore cette pression concurrentielle. Sur le long terme, l’affaiblissement de ce pilier industriel pèsera sur la croissance potentielle, compte tenu de son rôle moteur dans l’investissement manufacturier et sa contribution d’environ un tiers à la dépense totale de R&D en Allemagne.
Des risques baissiers persistants
Les perspectives restent orientées à la baisse. Une fragmentation politique accrue pourrait retarder les réformes structurelles et freiner le déploiement du programme SVIK. Un choc inflationniste plus fort que prévu pourrait raviver les comportements d’épargne de précaution et peser sur la consommation. Enfin, un durcissement des conditions de financement — qu’il résulte d’une politique monétaire plus restrictive ou de la volatilité obligataire — freinerait davantage le crédit et pèserait sur l’investissement, notamment dans l’immobilier et le secteur productif.
La hausse des dépenses de défense constitue un amortisseur partiel, en accompagnant la réallocation des ressources à mesure que l’économie se restructure. Elle ne saurait toutefois compenser à elle seule le recul du moteur automobile et l’affaiblissement de la demande extérieure.
