Sur les bords du lac Léman, le sommet du G7 entame mercredi sa dernière journée de travaux, et un dossier domine discrètement toutes les conversations : que faire face à la Chine ? Du 15 au 17 juin, les dirigeants des sept grandes puissances industrielles, réunis à Évian-les-Bains sous présidence française, tentent de dégager une position commune sur les exportations chinoises, jugées de plus en plus envahissantes sur les marchés occidentaux.
Pour Emmanuel Macron, hôte du sommet, l’enjeu dépasse la simple diplomatie de façade. Le président français veut pousser ses partenaires à dépasser les mesures sectorielles déjà mises en place par Bruxelles et à envisager une réponse tarifaire plus large, capable de protéger durablement l’industrie européenne.
Quand les surplus chinois se déversent sur l’Europe
Les chiffres donnent la mesure du problème. L’excédent commercial chinois culmine aujourd’hui à près de 1 200 milliards de dollars, un volume qui transforme la question commerciale en sujet de sécurité économique pour plusieurs capitales européennes.
Ce déséquilibre s’est encore creusé depuis que Washington a relevé ses propres barrières douanières. Dans le sillage de la trêve commerciale négociée l’an dernier entre Donald Trump et Xi Jinping, les droits de douane américains sur les produits chinois grimpent désormais à 47 % en moyenne. Conséquence directe : une partie des marchandises autrefois destinées aux États-Unis change de cap et atterrit sur le marché européen, vendue à des tarifs très compétitifs.
Côté réglementation, l’Union européenne ne reste pas totalement les bras croisés. Les véhicules électriques chinois sont déjà frappés de droits de douane pouvant atteindre 35 %. Mais ce cas reste isolé : l’essentiel des importations chinoises continue de transiter sous le régime classique de l’Organisation mondiale du commerce, avec des taux plafonnés à 2 ou 3 %, un niveau que beaucoup jugent dérisoire face à l’ampleur du phénomène.
Trois économies, trois excès : le diagnostic français
Paris a résumé la situation par une analyse devenue le fil rouge des discussions à Évian : la Chine produit plus qu’elle ne consomme, les États-Unis consomment plus qu’ils ne produisent, et l’Europe, elle, n’investit pas assez pour rivaliser. Une lecture qui place chaque grande puissance face à sa propre part de responsabilité, sans pour autant désigner un coupable unique.
Cette grille de lecture sert de socle à l’argumentaire français : si l’Europe veut éviter de devenir la variable d’ajustement des déséquilibres mondiaux, elle doit muscler à la fois ses investissements industriels et sa politique commerciale extérieure.
L’unanimité introuvable
Reste que la volonté affichée par Macron — voir le G7 converger sur la nécessité d’agir contre les exportations chinoises subventionnées — se heurte à une réalité politique tenace. Les économies les plus dépendantes du commerce extérieur, l’Allemagne en tête, redoutent qu’une escalade tarifaire n’entraîne des mesures de rétorsion chinoises capables de fragiliser leurs propres industries exportatrices.
S’ajoute à cela la difficulté de calibrer une position européenne qui ne soit ni trop alignée sur la ligne dure de Washington, ni trop conciliante envers Pékin. Cet équilibre, recherché depuis plusieurs sommets internationaux, continue d’échapper aux Vingt-Sept comme à leurs partenaires du G7.
Pékin joue la carte de l’ouverture
Avant même l’ouverture du sommet, Macron avait tenté d’élargir le dialogue. Le 11 juin, il a réuni en visioconférence les pays du G7 ainsi que plusieurs économies émergentes invitées, dont la Chine, l’Inde, le Brésil, la Corée du Sud et le Kenya, pour aborder les déséquilibres macroéconomiques à l’échelle mondiale.
Pékin y était représenté par son vice-Premier ministre, Zhang Guoqing, qui a réaffirmé l’attachement de la Chine à un « véritable multilatéralisme », appelant les participants à privilégier l’ouverture commerciale plutôt que la confrontation. Une intervention qui rappelle la marge de manœuvre limitée des Occidentaux : agir contre les pratiques commerciales chinoises sans pour autant rompre le dialogue économique avec la deuxième économie mondiale.
Un agenda parasité par d’autres fronts
Le commerce avec la Chine n’est pas le seul sujet brûlant de ce sommet. Les dirigeants doivent aussi composer avec l’accord préliminaire récemment trouvé entre les États-Unis et l’Iran, ainsi qu’avec la guerre toujours active en Ukraine, deux dossiers qui mobilisent une grande partie de l’attention diplomatique.
Et la France n’est pas épargnée par les tensions commerciales venues de Washington. Donald Trump a brandi la menace de droits de douane à 100 % sur les vins français, à moins que Paris ne renonce à sa taxe numérique frappant les géants technologiques américains. Une pression bilatérale qui complique sérieusement la capacité de la France à se présenter comme chef de file d’un front uni contre la Chine, alors qu’elle doit elle-même se défendre face aux foudres tarifaires de son allié américain.
Au final, ce sommet d’Évian illustre une équation à plusieurs inconnues pour les Européens : trouver un terrain d’entente avec Washington sur la question chinoise, tout en évitant de devenir la cible collatérale des propres mesures protectionnistes américaines.
