Réforme bancaire : Bruxelles veut libérer 2 000 milliards d’euros de crédit

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La Commission européenne et les régulateurs bancaires convergent vers une simplification majeure du cadre prudentiel. L'enjeu : libérer des milliers de milliards d'euros de crédit pour relancer la croissance européenne.

L’Union européenne s’apprête à engager une refonte en profondeur de ses règles prudentielles bancaires. La dynamique qui s’accélère à Bruxelles pourrait libérer entre 2 000 et 2 800 milliards d’euros de capacités de prêt supplémentaires — une bouffée d’oxygène pour les investisseurs et les entreprises de la zone euro.

Un secteur bancaire qui monte au créneau

La pression du secteur sur les régulateurs est désormais chiffrée et argumentée. Alejandra Kindelán, présidente de l’Association espagnole des banques (AEB), a estimé vendredi que la simplification des règles existantes — sans compromettre la stabilité financière — pourrait accroître les capacités de prêt des banques européennes de plus de 2 000 milliards d’euros, dont quelque 250 milliards pour la seule Espagne.

Ces projections rejoignent les conclusions d’un rapport publié en mars par l’Association for Financial Markets in Europe (AFME) : la simplification du cadre de fonds propres pourrait réduire le coût du capital des banques d’environ 62 points de base et libérer jusqu’à 281 milliards d’euros de capital CET1 redéployables vers le crédit aux ménages et aux entreprises. L’effet macroéconomique attendu atteindrait +2,7 % du PIB de la zone euro, bien au-dessus de la moyenne des deux dernières décennies.

Sept couches de coussins qui se chevauchent

Au cœur du problème : la complexité structurelle du cadre prudentiel européen. Celui-ci comprend actuellement sept couches de coussins qui se chevauchent et peuvent imposer jusqu’à 86 exigences distinctes aux banques transfrontalières. Un millefeuille réglementaire qui pèse sur la rentabilité, freine l’allocation du capital et pénalise la compétitivité des établissements européens face à leurs homologues américains ou asiatiques.

La Commission européenne passe à l’action

Selon des informations de Reuters, la Commission européenne envisage d’accorder aux régulateurs nationaux des pouvoirs renforcés pour simplifier ces exigences, dans le cadre d’un rapport sur la compétitivité du bloc. La proposition phare permettrait de gérer la conformité au niveau de la société mère des groupes bancaires, plutôt que filiale par filiale — une rationalisation qui libérerait d’importantes ressources en capital.

Pour prévenir les risques de contagion intra-groupe, Bruxelles envisage d’assortir cette mesure d’une nouvelle autorité légale permettant aux superviseurs d’exiger d’une société mère qu’elle transfère des actifs à une filiale en difficulté. Un filet de sécurité destiné à rassurer ceux qui craignent un assouplissement trop rapide des garde-fous.

Les régulateurs en ordre de marche

La convergence est frappante. Le 16 juin, l’Autorité bancaire européenne (ABE) a publié une revue approfondie du cadre microprudentiel, macroprudentiel et de résolution, proposant de réduire le nombre de couches de coussins et de supprimer les éléments redondants. Le Conseil des gouverneurs de la BCE avait ouvert la voie en décembre 2025, préconisant une simplification du ratio de levier, des actifs pondérés par les risques et un régime allégé pour les établissements de moindre taille.

La Fédération bancaire européenne a emboîté le pas le même 16 juin avec un livre blanc sur les financements spécialisés, rappelant que la complexité réglementaire freine concrètement l’octroi de crédit. Une semaine plus tôt, le 9 juin, la FBE avait mandaté le cabinet Oliver Wyman pour mesurer l’écart entre les capacités actuelles des banques européennes et les besoins de financement réels du continent.

Un enjeu stratégique pour l’économie maghrébine

Pour les banques et entreprises maghrébines, cette réforme n’est pas sans incidence. Un système bancaire européen mieux capitalisé et plus compétitif, c’est aussi un partenaire financier plus solide pour le financement des échanges commerciaux, des investissements directs et des projets d’infrastructure en Afrique du Nord. La Tunisie, premier partenaire commercial de plusieurs États membres de l’UE dans la région, devrait suivre attentivement l’évolution de ce dossier.

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