Intelligence artificielle : un prix Nobel doute d’un nouveau boom de productivité

Date:

L'économiste Christopher Pissarides, prix Nobel et professeur à la LSE, affirme que l'intelligence artificielle ne ramènera pas la forte croissance de productivité d'antan. Il rejoint Daron Acemoglu dans un scepticisme grandissant face aux promesses de Wall Street et de la Silicon Valley.

Une mise en garde qui bouscule le narratif dominant sur l’IA

L’euphorie autour de l’intelligence artificielle vient de trouver un contradicteur de poids. Christopher Pissarides, économiste chypriote-britannique lauréat du prix Nobel d’économie et spécialiste reconnu de l’impact de l’automatisation sur l’emploi, estime que la technologie ne suffira pas à relancer la croissance rapide de la productivité qu’ont connue les économies occidentales par le passé.

Interrogé par Bloomberg lundi, le professeur de la London School of Economics a livré un diagnostic sans détour : « Je pense qu’il faut accepter le fait que l’ère de la forte croissance de la productivité est révolue, quoi que nous fassions. » Une phrase qui tranche nettement avec le discours ambiant à Wall Street et dans la Silicon Valley, où l’IA générative est régulièrement présentée comme l’équivalent du choc informatique des années 1980 et 1990.

Des pans entiers de l’économie hors de portée de l’IA

Pour étayer son propos, Pissarides s’appuie sur la structure même du marché du travail. Selon lui, jusqu’à quatre emplois sur dix aux États-Unis et au Royaume-Uni resteraient largement à l’abri de l’automatisation par l’IA, notamment dans des secteurs à forte composante humaine comme les soins infirmiers ou l’hôtellerie.

« Jusqu’à 40 %, ou du moins un grand nombre d’emplois au Royaume-Uni, ne sont pas exposés à l’IA et n’en tireront donc aucun gain de productivité », a-t-il précisé. L’économiste ne nie pas que la technologie puisse apporter des gains ponctuels, mais il refuse d’y voir un moteur de croissance généralisé : « Je doute qu’il y ait un nouveau boom informatique comparable à celui des années 1980 et 1990. Il n’est tout simplement pas réaliste de parler d’une forte croissance de la productivité. »

Pissarides rejoint un cercle de sceptiques de plus en plus large

Cette analyse rapproche Christopher Pissarides d’un autre lauréat du Nobel, Daron Acemoglu, qui défend depuis plusieurs années une lecture tout aussi mesurée. Ce dernier chiffre à environ 0,55 point de pourcentage la contribution de l’IA à la productivité totale des facteurs sur la prochaine décennie, un niveau très en retrait des projections les plus optimistes. Selon ses calculs, seulement 5 % environ des tâches existantes seraient automatisables de façon rentable à court terme, pour un gain de PIB estimé entre 1 % et 1,5 %.

Ces évaluations contrastent fortement avec celles de Goldman Sachs, qui table sur une hausse de la croissance de la productivité comprise entre 0,3 et 3,0 points de pourcentage par an grâce à l’IA, avec une estimation médiane de 1,5 point. De son côté, l’économiste en chef d’Apollo, Torsten Slok, a alerté cette semaine sur l’absence, à ce stade, de retour sur investissement tangible, évoquant le risque d’une « douloureuse réévaluation » des marchés financiers.

Un enjeu qui dépasse largement le débat académique

La controverse sur les gains de productivité réels de l’IA n’a rien d’un simple exercice théorique. Si la technologie ne tient pas ses promesses de croissance, c’est toute la thèse d’investissement qui sous-tend les centaines de milliards de dollars déjà engagés dans les infrastructures d’IA — data centers, puces, modèles — qui se retrouverait fragilisée.

L’intervention de Pissarides pointe une limite structurelle souvent sous-estimée : la part considérable des emplois de services, difficilement automatisables, dans les économies avancées. Un facteur qui pourrait brider durablement le potentiel de l’IA à accélérer la croissance, indépendamment même des progrès technologiques à venir.

Partager l'article:

Articles Recents

S'abonner

VIDÉOS SPONSORISÉES
VIDÉOS SPONSORISÉES

00:00:30

OPPO Reno12 : L’Alliance Parfaite entre Design, Intelligence Artificielle et Performance

Les séries Reno12 d'OPPO marquent une avancée significative dans le domaine de la photographie mobile grâce à l'intégration poussée de l'intelligence artificielle.
00:02:15

Abdelaziz Makhloufi, PDG de Cho Group, met en lumière l’excellence de l’huile d’olive tunisienne sur BFM Business

Fort de son expertise reconnue dans le secteur oléicole, Abdelaziz Makhloufi, Président-directeur général du groupe Cho, a saisi l'opportunité de l'émission BFM Business pour promouvoir l'huile d'olive tunisienne à l'échelle internationale.
00:00:32

Lancement du nouveau Huawei Nova Y61

Huawei Consumer Business Group annonce le lancement du HUAWEI nova Y61, le plus récent smartphone de la série HUAWEI nova Y.

CONTENUS SPONSORISÉS
CONTENUS SPONSORISÉS

Dette américaine : Washington franchit le cap des 40 000 milliards de dollars, et interroge le reste du monde

Japon, Royaume-Uni, Chine : la dette américaine irrigue les réserves de change du monde entier. Mais à mesure qu'elle s'alourdit plus vite que l'économie mondiale, la question de sa soutenabilité s'invite dans tous les grands centres financiers.

IPO en Tunisie : 41 introductions en Bourse depuis 2008, la relance espérée en 2026

41 IPO et 1 451 MD levés en 18 ans à la Bourse de Tunis : un bilan contrasté mais un solde net positif. Liquidité abondante, Tunindex en hausse de 44,92 % et taux en baisse : les indicateurs de 2026 plaident pour une relance des introductions en bourse

Chômage en Tunisie : le taux recule à 14,9 % au T2 2026, selon l’INS

Selon l'INS, le taux de chômage en Tunisie s'établit à 14,9 % au deuxième trimestre 2026, contre 15 % au trimestre précédent. Le chômage féminin et celui des diplômés du supérieur progressent, révélant des fragilités persistantes du marché du travail.

Croissance économique en Tunisie : le PIB progresse de 2,3% au deuxième trimestre 2026

La croissance du PIB tunisien atteint 2,3% au T2 2026, portée par l'agriculture (+5,5%) et les services (+1,9%). Le bâtiment rebondit fortement (+16,8% en trimestriel) tandis que l'énergie recule de 1,7%.

A lire également
A lire également

Dette américaine : Washington franchit le cap des 40 000 milliards de dollars, et interroge le reste du monde

Japon, Royaume-Uni, Chine : la dette américaine irrigue les réserves de change du monde entier. Mais à mesure qu'elle s'alourdit plus vite que l'économie mondiale, la question de sa soutenabilité s'invite dans tous les grands centres financiers.

IPO en Tunisie : 41 introductions en Bourse depuis 2008, la relance espérée en 2026

41 IPO et 1 451 MD levés en 18 ans à la Bourse de Tunis : un bilan contrasté mais un solde net positif. Liquidité abondante, Tunindex en hausse de 44,92 % et taux en baisse : les indicateurs de 2026 plaident pour une relance des introductions en bourse

Chômage en Tunisie : le taux recule à 14,9 % au T2 2026, selon l’INS

Selon l'INS, le taux de chômage en Tunisie s'établit à 14,9 % au deuxième trimestre 2026, contre 15 % au trimestre précédent. Le chômage féminin et celui des diplômés du supérieur progressent, révélant des fragilités persistantes du marché du travail.

Croissance économique en Tunisie : le PIB progresse de 2,3% au deuxième trimestre 2026

La croissance du PIB tunisien atteint 2,3% au T2 2026, portée par l'agriculture (+5,5%) et les services (+1,9%). Le bâtiment rebondit fortement (+16,8% en trimestriel) tandis que l'énergie recule de 1,7%.

Paiements en Tunisie : le mobile et l’e-commerce en forte hausse au S1 2026 (BCT)

Le Bulletin N°17 de la BCT dresse le bilan des paiements en Tunisie au S1 2026 : hausse générale des volumes, envolée du paiement mobile et de l'e-commerce, chantiers d'infrastructure en cours.

Cap Bon : les Rural Living Labs posent les bases d’un modèle rural reproductible

À Nabeul, six semaines de travail collectif ont fait émerger un diagnostic partagé du Cap Bon et un modèle organisationnel de référence, le « Cluster & Spoke », en vue d'une stratégie de développement territorial reproductible à l'échelle tunisienne.

Pétrole : la Chine absorbe le choc de la guerre en Iran

Alors que le détroit d’Ormuz perturbe les flux pétroliers du Moyen-Orient, la Chine absorbe une grande partie du recul de la demande asiatique. Réserves stratégiques, véhicules électriques et diversification des approvisionnements donnent à Pékin une marge de manœuvre inhabituelle.

Le CMF et la Banque de France scellent deux accords stratégiques

Deux conventions signées entre le CMF et la Banque de France (EDUCFI) permettent la diffusion gratuite en Tunisie de contenus pédagogiques sur la culture financière, adaptés au contexte local et destinés en priorité aux jeunes générations.