Une économie mondiale sous tension, une Tunisie qui tient bon
Tensions commerciales américaines, risques géopolitiques persistants, marchés financiers nerveux : le décor planétaire de 2025 n’avait rien d’accommodant. Et pourtant, la croissance mondiale s’est maintenue à 3,4 %, un chiffre identique à celui de 2024, porté par un commerce international en net regain, à +5,1 % contre +3,7 % un an plus tôt.
Autre respiration bienvenue à l’échelle globale : l’inflation a continué de refluer, de 5,8 % en 2024 à 4,1 % en 2025, sous l’effet du repli des prix de l’énergie et des matières premières, conjugué aux effets tardifs du resserrement monétaire engagé par les grandes banques centrales.
C’est dans ce climat, à la fois porteur et incertain, que la Banque Centrale de Tunisie a publié son Rapport annuel 2025, qui acte un redressement de l’économie nationale sur plusieurs fronts à la fois.
Croissance : le PIB accélère, le chômage recule
Après plusieurs exercices poussifs, l’économie tunisienne retrouve du souffle. Le Produit Intérieur Brut réel a progressé de 2,5 % en 2025, contre 1,6 % en 2024 — soit près d’un point de croissance supplémentaire en un an.
Trois moteurs expliquent cette accélération : une campagne agricole exceptionnelle, un tourisme toujours en forte dynamique, et une amélioration sensible de plusieurs branches industrielles.
Conséquence directe sur le marché du travail : le taux de chômage recule à 15,2 %, contre 16,5 % un an plus tôt. Un repli notable, même si le niveau reste structurellement élevé.
L’inflation retombe à son plus bas niveau depuis 2017
C’est, selon la Banque Centrale elle-même, le principal acquis macroéconomique de l’année. L’inflation moyenne annuelle chute à 5,3 %, contre 7 % en 2024.
En glissement annuel, la désescalade est encore plus nette : de 6,2 % fin 2024 à 4,9 % fin décembre 2025 — son niveau le plus bas depuis 2017.
Cette décrue s’explique par la conjonction de plusieurs facteurs : recul des prix internationaux, meilleure offre agricole nationale, apaisement des tensions sur les marchés intérieurs, et effet cumulé de la politique monétaire restrictive menée depuis 2022.
La BCT abaisse son taux directeur : la fin d’un cycle
Le reflux de l’inflation a ouvert la voie à un changement de cap monétaire. La Banque Centrale a procédé à deux baisses successives de 50 points de base de son taux directeur, en mars puis en décembre 2025.
Résultat : le taux directeur passe de 8 % à 7 %, actant la fin du cycle de resserrement monétaire entamé en 2022. Un assouplissement prudent, la BCT affichant la stabilité des prix comme objectif toujours prioritaire, au même titre que le soutien à la croissance.
Commerce extérieur : le poids persistant de la facture énergétique
Les comptes extérieurs restent globalement solides, mais le commerce extérieur s’est dégradé. Le déficit courant atteint 2,3 % du PIB, contre 1,6 % en 2024, et le déficit commercial (FOB-CAF) grimpe à 21,8 milliards de dinars, en hausse de 15,2 %.
La cause principale de ce déséquilibre est connue et documentée depuis plusieurs années : le déficit énergétique, qui représente désormais plus de la moitié du déficit commercial total du pays.
Trois amortisseurs ont toutefois limité la casse : la progression des recettes touristiques, la hausse des transferts des Tunisiens résidant à l’étranger, et une forte progression des investissements directs étrangers.
Investissements étrangers : la martingale de l’année
Les flux d’IDE constituent l’une des meilleures surprises de l’exercice 2025 : ils progressent d’environ 30 %, pour franchir la barre des 3,5 milliards de dinars.
Dans le même temps, la Tunisie a limité son recours à l’endettement extérieur : les nouveaux emprunts sont restés inférieurs à 4 milliards de dinars, tandis que les remboursements du principal de la dette extérieure à long terme se sont élevés à 10,4 milliards de dinars.
Dette extérieure allégée, réserves en devises confortables
Cette combinaison — plus d’investissements, moins d’emprunts — a permis un net désendettement extérieur. Le ratio de dette extérieure à long terme recule à 39,5 % du PIB, contre 47,5 % un an plus tôt : un allègement de huit points de PIB en un seul exercice.
Les avoirs nets en devises atteignent, eux, 25,1 milliards de dinars, soit 106 jours d’importation. Un niveau que la BCT qualifie de confortable, reflet de la bonne tenue des principales sources de devises du pays.
Finances publiques : le déficit et la dette se resserrent
Le rapport fait également état d’une consolidation budgétaire. Le déficit budgétaire recule à 5,2 % du PIB, contre 6,3 % en 2024, tandis que la dette publique redescend à 82,1 % du PIB, en repli de 2,8 points de pourcentage.
Une Banque Centrale qui mise sur le numérique et l’intelligence artificielle
Au-delà des équilibres macroéconomiques, la BCT poursuit un vaste chantier de modernisation institutionnelle : digitalisation des processus, refonte des systèmes de paiement, adoption du standard international ISO 20022, déploiement de plateformes numériques pour les opérateurs économiques, et intégration de solutions d’intelligence artificielle pour renforcer l’analyse, la supervision et la détection précoce des risques.
Les fragilités qui persistent malgré les bons chiffres
La Banque Centrale elle-même tempère l’enthousiasme. Plusieurs vulnérabilités structurelles demeurent : aggravation du déficit énergétique, baisse de la production nationale d’hydrocarbures, dépendance accrue aux importations d’énergie, investissement productif encore insuffisant, et exposition aux soubresauts de la conjoncture internationale.
La transition énergétique, le développement des énergies renouvelables et le renforcement de la compétitivité du tissu productif sont désormais présentés comme des priorités stratégiques pour réduire ces vulnérabilités.
Ce qu’il faut retenir
2025 marque une rupture positive pour l’économie tunisienne : pour la première fois depuis plusieurs années, croissance, emploi, inflation, dette extérieure, finances publiques et investissements étrangers s’améliorent simultanément. Une dynamique réelle, mais encore fragile, tant que le déficit énergétique restera le point faible structurel de l’économie du pays.
