Une croissance en nette accélération
L’économie tunisienne a poursuivi sa trajectoire de redressement en 2025, dans un environnement international marqué par les tensions commerciales, les incertitudes géopolitiques et une volatilité persistante des marchés financiers. Malgré ce contexte défavorable, l’activité nationale a démontré une résilience supérieure à celle observée les années précédentes.
Le Produit Intérieur Brut (PIB) réel a progressé de 2,5 % en 2025, contre 1,6 % en 2024, soit un gain de 0,9 point de pourcentage. Cette amélioration confirme la sortie graduelle de la phase de faible croissance observée depuis plusieurs années.
Cette progression résulte principalement de la contribution de trois moteurs essentiels :
- une campagne agricole particulièrement favorable grâce à de meilleures conditions climatiques ;
- la poursuite de l’expansion des services marchands, notamment le tourisme ;
- le redressement progressif de plusieurs activités industrielles.
La Banque Centrale souligne toutefois que cette croissance demeure encore insuffisante pour absorber pleinement les déséquilibres structurels du marché de l’emploi et soutenir durablement l’investissement privé.
Le chômage recule pour la première fois depuis plusieurs exercices
L’amélioration de l’activité économique s’est traduite par une évolution favorable de l’emploi. Le taux de chômage est revenu à 15,2 % en 2025, contre 16,5 % en 2024, soit une baisse de 1,3 point qui constitue la première amélioration significative depuis plusieurs exercices.
Cette évolution reflète principalement :
- la reprise des activités agricoles ;
- le dynamisme du secteur touristique ;
- la meilleure orientation des activités de services ;
- le redémarrage progressif de certaines branches manufacturières.
Malgré cette évolution positive, le niveau du chômage demeure élevé au regard des standards internationaux, ce qui illustre la nécessité d’accélérer les investissements productifs afin de créer des emplois durables.
La désinflation restaure le pouvoir d’achat des ménages
L’un des faits marquants de l’année réside dans la poursuite du processus de désinflation. L’inflation moyenne annuelle est revenue à 5,3 %, contre 7 % en 2024, son niveau le plus faible depuis 2017. En glissement annuel, elle s’est établie à 4,9 % en décembre 2025, contre 6,2 % un an auparavant.
Selon la Banque Centrale, cette évolution favorable résulte de plusieurs facteurs simultanés : le recul des prix internationaux des matières premières, la baisse des prix de l’énergie, une amélioration sensible de l’offre agricole intérieure, la diminution des tensions sur plusieurs marchés, ainsi que les effets différés de la politique monétaire restrictive menée depuis 2022.
Cette baisse de l’inflation a contribué à restaurer progressivement le pouvoir d’achat des ménages, tout en offrant davantage de marges de manœuvre à la politique monétaire.
La BCT amorce un cycle d’assouplissement monétaire
Face à cette amélioration du contexte inflationniste, la Banque Centrale de Tunisie a amorcé un changement de stratégie. Après plusieurs années de resserrement monétaire, elle a procédé à deux baisses successives de son taux directeur :
- 26 mars 2025 : réduction de 50 points de base, ramenant le taux de 8 % à 7,5 % ;
- 30 décembre 2025 : nouvelle baisse de 50 points de base, fixant le taux directeur à 7 %.
Cette orientation marque la fin du cycle de hausse des taux engagé en 2022 et traduit la volonté de soutenir la reprise économique sans compromettre la stabilité des prix.
Des équilibres macroéconomiques globalement renforcés
L’année 2025 se caractérise par une amélioration simultanée de plusieurs indicateurs : accélération de la croissance, ralentissement de l’inflation, baisse du chômage, amélioration des finances publiques, réduction de la dette extérieure, progression des investissements directs étrangers et maintien d’un niveau confortable des réserves en devises.
Ces évolutions témoignent d’un renforcement progressif des fondamentaux économiques, même si plusieurs vulnérabilités persistent, notamment sur le plan énergétique et extérieur.
Des défis structurels qui pèsent encore sur le potentiel de croissance
Malgré cette amélioration générale, la Banque Centrale identifie plusieurs contraintes susceptibles de limiter le potentiel de croissance de la Tunisie :
- la dépendance croissante aux importations énergétiques ;
- le déficit énergétique structurel, qui représente plus de la moitié du déficit commercial ;
- l’insuffisance de l’investissement productif ;
- la faible diversification des exportations ;
- les risques liés à l’évolution des prix internationaux de l’énergie ;
- les tensions géopolitiques et commerciales susceptibles d’affecter les marchés mondiaux.
Ces facteurs continuent d’exposer l’économie tunisienne à des chocs externes et soulignent l’importance d’accélérer les réformes structurelles, de renforcer la compétitivité du tissu productif et de développer les énergies renouvelables afin de réduire la dépendance énergétique.
Ce qu’il faut retenir pour les investisseurs et décideurs
L’exercice 2025 marque un tournant favorable pour l’économie tunisienne. La reprise de la croissance s’appuie davantage sur des secteurs créateurs de valeur — agriculture, tourisme et certaines activités industrielles —, tandis que la désinflation permet d’amorcer un assouplissement de la politique monétaire, un signal positif pour le coût du crédit et l’investissement privé.
Cette amélioration reste toutefois largement tributaire de facteurs conjoncturels, notamment les conditions climatiques favorables et le recul des prix internationaux de l’énergie. Les fragilités structurelles — dépendance énergétique, chômage encore élevé, manque d’investissements productifs — continuent de limiter le potentiel de croissance à moyen et long terme. L’enjeu pour la Tunisie consiste désormais à transformer cette reprise conjoncturelle en une croissance durable, inclusive et créatrice d’emplois.
