BRICS : l’économiste Jim O’Neill juge désormais crédible une alternative au dollar

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L'économiste britannique Jim O'Neill, à l'origine de l'acronyme BRIC en 2001, estime que les progrès rapides des systèmes de paiement domestiques du bloc — UPI, CIPS, PIX — changent la donne face au dollar, même si les divergences politiques entre membres restent un frein majeur.

Jim O’Neill, l’économiste qui a inventé l’acronyme « BRIC » en 2001 lorsqu’il travaillait chez Goldman Sachs, revoit son jugement sur la capacité du bloc à se doter d’alternatives crédibles au dollar américain. Dans un entretien accordé à Reuters et publié lundi, il explique que les progrès récents des technologies de paiement ont modifié son analyse.

Un revirement assumé

« Il y a environ 18 mois, si vous m’aviez interrogé sur tout cela, j’aurais dit que c’était une fantaisie, l’idée que les pays des BRICS puissent trouver une alternative », a déclaré Jim O’Neill à Reuters. Un constat d’autant plus notable qu’il émane de l’un des économistes les plus identifiés à l’idée même des BRICS, dont il a forgé le concept fondateur il y a plus de vingt ans.

Désormais membre de la Chambre des lords britannique, O’Neill est allé plus loin dans une tribune publiée par Project Syndicate, où il indique s’être « montré plus ouvert à l’idée d’une monnaie commune pouvant servir d’alternative au dollar ». L’approche actuellement privilégiée par les BRICS ne vise toutefois pas la création d’une devise unique, mais la construction de circuits de paiement alternatifs permettant au commerce international de contourner l’intermédiation du dollar — une ambition plus modeste, mais potentiellement plus réalisable que celle qu’il écartait auparavant.

Une infrastructure de paiement qui prend forme

Le groupe des BRICS avance sur plusieurs fronts pour réduire sa dépendance aux systèmes de paiement adossés au dollar. Parmi les initiatives en cours figurent la plateforme BRICS Pay, l’interconnexion des systèmes de paiement domestiques existants — l’Interface de Paiement Unifiée (UPI) en Inde, le Système de Paiement Interbancaire Transfrontalier (CIPS) en Chine et le PIX au Brésil — ainsi que l’exploration d’un usage futur des monnaies numériques de banques centrales.

Ces systèmes domestiques ont atteint une maturité rapide. Le PIX brésilien a traité 79,7 milliards de transactions en 2025, avec 93 % des adultes du pays utilisant désormais la plateforme. L’Inde accueillera plus tard cette année un sommet des BRICS où un système de paiement fondé sur des monnaies numériques de banque centrale interopérables devrait figurer en bonne place à l’ordre du jour.

L’architecture envisagée permettrait de régler les paiements transfrontaliers directement en monnaies nationales, sans passer par des banques correspondantes ni par le réseau SWIFT, aujourd’hui centré sur le dollar. À la clé : des règlements plus rapides, des coûts de transaction réduits et une exposition moindre aux sanctions internationales.

Les obstacles politiques persistent

Malgré la révision de ses perspectives, Jim O’Neill reconnaît que le désalignement politique et économique entre membres reste un obstacle majeur. Le bloc, qui s’est élargi bien au-delà de ses quatre membres d’origine, doit désormais coordonner une infrastructure monétaire commune entre des pays aux intérêts économiques et aux modèles de gouvernance très divergents.

Cette discussion intervient aussi dans un contexte de pression américaine. Le président Donald Trump a menacé à plusieurs reprises d’imposer des droits de douane de 100 % à tout pays membre des BRICS qui tenterait de supplanter le dollar, déclarant en janvier 2025 qu’il n’y avait « aucune chance que les BRICS remplacent le dollar américain dans le commerce international ».

Reste que la distinction posée par O’Neill — entre une monnaie commune, écartée, et des circuits de paiement alternatifs, en construction — pourrait s’avérer déterminante pour la suite du dossier de la dé-dollarisation.

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