Accord USA-Iran : 12 milliards de dollars dégelés

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Réunis en Suisse, Washington et Téhéran ont posé les bases d’un accord visant à libérer 12 milliards de dollars d’avoirs iraniens gelés. Malgré cette avancée diplomatique majeure, des désaccords persistent sur les conditions d’utilisation des fonds et les engagements nucléaires de l’Iran.

Après plusieurs décennies de blocage, une partie importante des avoirs iraniens gelés à l’étranger pourrait enfin être débloquée. Réunis en Suisse, les représentants de l’Iran et des États-Unis ont franchi une étape significative en s’accordant sur une feuille de route destinée à permettre la libération progressive de 12 milliards de dollars d’actifs iraniens. Mais derrière cette avancée diplomatique, les divergences d’interprétation demeurent profondes.

Un compromis négocié en Suisse

C’est à Bürgenstock, en Suisse, que les discussions ont abouti à un accord de principe annoncé par le négociateur iranien Mohammad Bagher Ghalibaf. Le dispositif prévoit le déblocage de 12 milliards de dollars d’avoirs iraniens, répartis en deux versements successifs de 6 milliards de dollars.

Les négociations, menées sous la médiation du Pakistan et du Qatar, ont débouché sur une feuille de route visant à finaliser un accord global dans un délai de 60 jours. Trois groupes de travail ont été constitués afin de traiter séparément les dossiers nucléaires, les sanctions économiques ainsi que les mécanismes de suivi et de règlement des différends.

Pour superviser l’ensemble du processus, un comité politique de haut niveau a été mis en place. Il réunit notamment Mohammad Bagher Ghalibaf, le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi et le vice-président américain JD Vance.

Une ouverture américaine sous conditions

Parallèlement aux discussions, Washington a accordé une dérogation temporaire de 60 jours à certaines sanctions frappant le secteur énergétique iranien. Cette mesure concerne notamment le pétrole brut, les produits pétrochimiques et les dérivés pétroliers, et restera en vigueur jusqu’au 21 août.

Cette décision est toutefois assortie d’une condition essentielle : le retour des inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) sur les sites nucléaires iraniens.

Pour l’administration américaine, cette période de deux mois constitue à la fois un geste d’ouverture diplomatique et un moyen de maintenir une pression stratégique sur Téhéran. L’Iran bénéficie ainsi d’un répit économique immédiat, tandis que les États-Unis conservent la possibilité de réactiver rapidement les sanctions en cas d’échec des discussions.

À l’issue des pourparlers, JD Vance a salué des « progrès substantiels » et évoqué une journée particulièrement positive pour les négociations. Il a également révélé une proposition élaborée avec les autorités qataries : utiliser une partie des fonds débloqués pour financer des achats de produits agricoles américains, notamment du soja, du blé et du maïs, sous contrôle conjoint américain et qatari.

Téhéran refuse les conditions d’utilisation des fonds

L’optimisme affiché par Washington a cependant rapidement été tempéré par les réactions iraniennes.

Le gouverneur de la Banque centrale d’Iran, Abdolnaser Hemmati, a rejeté l’interprétation américaine concernant l’usage des fonds. Selon lui, l’Iran n’a aucune obligation d’acheter des produits agricoles américains et conserve la pleine maîtrise de l’affectation des sommes récupérées.

D’après les autorités iraniennes, le premier versement de 6 milliards de dollars doit être consacré exclusivement à l’acquisition de biens essentiels et de médicaments.

Cette divergence met en lumière un désaccord de fond. Pour Washington, le déblocage des avoirs constitue un instrument destiné à encourager des évolutions dans la politique iranienne. Pour Téhéran, ces fonds représentent un patrimoine national qui doit être restitué sans conditions ni restrictions d’usage.

Une échéance décisive pour les marchés

Les deux prochains mois seront déterminants pour l’avenir de cet accord. Les discussions devront permettre de clarifier plusieurs points sensibles, notamment les modalités de versement, les mécanismes de contrôle et l’utilisation finale des fonds débloqués.

Au-delà des relations entre les États-Unis et l’Iran, l’enjeu revêt une dimension régionale majeure. Un accord durable pourrait modifier les équilibres énergétiques au Moyen-Orient, favoriser une reprise des échanges commerciaux et réduire une partie des risques géopolitiques qui pèsent sur les investisseurs actifs dans la région MENA.

La fenêtre diplomatique ouverte à Bürgenstock est réelle. Reste à savoir si elle débouchera sur un règlement historique ou sur un nouvel épisode de tensions entre Washington et Téhéran.

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