La Chine réduit ses bons du Trésor américains à leur plus bas niveau depuis 2008

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En avril 2025, les avoirs chinois en bons du Trésor américain ont reculé à 651,1 milliards de dollars, leur niveau le plus bas depuis septembre 2008. Ce mouvement prolonge un désengagement progressif de Pékin vis-à-vis des actifs libellés en dollars, tandis que la demande étrangère globale pour la dette souveraine américaine reste, elle, bien orientée.

Pékin se retire discrètement, le monde continue d’acheter

En avril 2025, la Chine a réduit ses avoirs en bons du Trésor américain à 651,1 milliards de dollars, contre 652,3 milliards le mois précédent. C’est le niveau le plus bas enregistré depuis septembre 2008, selon le rapport Treasury International Capital (TIC) publié par le département américain du Trésor.

Un chiffre en apparence modeste — un repli de 1,2 milliard de dollars en un mois — mais qui s’inscrit dans un mouvement de fond bien plus significatif. Depuis janvier 2025, le portefeuille obligataire chinois aux États-Unis a fondu d’environ 14 %, passant de près de 759 milliards à son niveau actuel.

Un désengagement de Pékin méthodique et délibéré

Les analystes s’accordent à voir dans cette tendance une stratégie de diversification des réserves de change de la Banque populaire de Chine. Depuis plusieurs années, Pékin oriente une part croissante de ses réserves vers l’or et vers des actifs libellés dans d’autres devises que le dollar américain.

En mars 2025, ce mouvement avait été particulièrement marqué : la Chine avait cédé quelque 41 milliards de dollars de bons du Trésor en un seul mois, dans un contexte de tensions sur les marchés des changes qui avaient contraint plusieurs banques centrales à mobiliser leurs réserves en dollars pour défendre leurs monnaies locales. Comparé à ce pic de liquidations, le repli d’avril apparaît bien plus mesuré.

Cette recomposition du bilan de Pékin reflète aussi un contexte géopolitique tendu. À mesure que les relations commerciales sino-américaines restent sous pression, la Chine réduit mécaniquement son exposition aux actifs souverains américains — une forme de désendettement stratégique vis-à-vis de Washington.

Le Japon et le Royaume-Uni comblent le vide

Malgré le retrait chinois, les chiffres globaux dressent un tableau plus nuancé. Les avoirs étrangers totaux en bons du Trésor américain ont progressé à 9 353 milliards de dollars en avril, contre 9 348 milliards en mars. La demande mondiale pour la dette souveraine américaine reste structurellement solide.

Le Japon, premier détenteur étranger de bons du Trésor, a renforcé ses positions à 1 210 milliards de dollars, contre 1 190 milliards le mois précédent. Le Royaume-Uni, deuxième créancier mondial des États-Unis, a lui aussi accru ses avoirs, de 927 à 938 milliards de dollars.

Sur l’ensemble du mois d’avril, les résidents étrangers — privés et publics confondus — ont effectué des achats nets de 206 milliards de dollars en titres américains à long terme. Les investisseurs privés ont représenté 164,4 milliards, les institutions officielles 41,6 milliards.

La Chine perd son rang de deuxième créancier

La conséquence directe de ce désengagement progressif est la rétrogradation de la Chine au rang de troisième détenteur étranger de bons du Trésor américain, derrière le Japon et désormais le Royaume-Uni. Une recomposition du classement des créanciers qui illustre mieux qu’un long discours la nature du rééquilibrage en cours.

Les avoirs étrangers totaux restent néanmoins en deçà du record de 9 490 milliards de dollars atteint en février 2025, signe que les arbitrages se poursuivent à l’échelle mondiale sur la composition des portefeuilles souverains.

Quelles implications pour les marchés ?

Pour les marchés financiers, le signal envoyé par Pékin est à double lecture. D’un côté, la réduction des avoirs chinois en dette américaine pourrait théoriquement exercer une pression à la hausse sur les rendements obligataires américains, en réduisant la base d’acheteurs institutionnels. De l’autre, la robustesse de la demande globale — en progression de 4 % sur un an — atténue considérablement cet effet.

À court terme, le marché obligataire américain conserve donc sa profondeur et sa liquidité. Mais la tendance structurelle de diversification des réserves mondiales hors dollar reste un facteur de long terme à surveiller, notamment pour les investisseurs institutionnels et les gestionnaires de dette souveraine en Afrique du Nord et au Maghreb, qui évoluent dans un environnement de change fortement corrélé aux dynamiques du dollar.

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