2,5 % — un chiffre qui résume une décennie de déceptions
La Banque mondiale a publié le 11 juin 2026 la nouvelle édition de ses Perspectives économiques mondiales. Le diagnostic est sans appel : la croissance mondiale tombera à 2,5 % cette année, contre 2,9 % en 2025. Il s’agit du rythme le plus lent enregistré depuis le déclenchement de la pandémie de COVID-19, et pour les deux tiers des économies du globe, les prévisions ont été revues à la baisse depuis janvier.
Si un rebond modeste est attendu en 2027 — avec une croissance projetée à 2,8 % —, ce niveau restera inférieur de 0,4 point de pourcentage à la moyenne des années 2010. La convergence entre économies en développement et économies avancées, l’un des objectifs centraux de la politique de développement international, est quant à elle suspendue : hors Chine et Inde, les pays en développement pourraient aborder 2028 sans avoir réduit d’un iota leur écart de revenu par habitant avec les pays riches.
L’étranglement d’Ormuz : l’énergie comme vecteur de contagion mondiale
La fermeture du détroit d’Ormuz constitue le choc d’offre central de cette crise. En paralysant l’un des passages maritimes les plus stratégiques au monde, ce blocage a immédiatement répercuté ses effets sur les marchés pétroliers mondiaux. Le prix du pétrole Brent devrait s’établir en moyenne à 94 dollars le baril en 2026, soit une hausse de 36 % par rapport à l’année précédente — et ce dans le scénario où les perturbations les plus graves s’atténuent dès juillet.
Cette flambée se propage en aval : les prix des engrais, dont la production est fortement énergivore, augmentent significativement, entraînant une hausse en cascade des prix alimentaires. Résultat : l’inflation mondiale devrait atteindre 4,0 % en 2026, contre 3,3 % en 2025. Pour les ménages des pays en développement, dont une part importante du revenu est consacrée à l’alimentation, l’impact est particulièrement sévère.
Scénario du pire : 1,3 % de croissance et 4,4 % d’inflation
Le rapport ne se contente pas du scénario central. En cas de perturbations énergétiques plus prolongées, doublées de tensions financières significatives, la croissance mondiale pourrait s’effondrer à 1,3 % en 2026 — un niveau qui rapprocherait dangereusement l’économie mondiale d’une récession généralisée — tandis que l’inflation grimperait à 4,4 %. Dans ce contexte de risque élevé, les marchés émergents et les pays à revenus faibles seraient les premiers à absorber le choc.
Golfe Persique : de la croissance à la quasi-stagnation
Les économies du Golfe directement exposées au conflit subissent le retournement le plus brutal. Leur croissance collective, qui atteignait encore 3,9 % en 2025, devrait frôler zéro en 2026. Ce plongeon illustre une réalité paradoxale : les économies qui tirent l’essentiel de leurs revenus de l’exportation d’hydrocarbures sont, dans ce scénario, les premières victimes du blocage de leurs propres voies d’exportation.
La Banque mondiale table néanmoins sur un rebond vigoureux — autour de 5 % en 2027-2028 — à la faveur de la reprise du commerce international et du lancement des dépenses de reconstruction. Ce scénario de rebond reste toutefois conditionné à une désescalade rapide du conflit.
À l’échelle des pays en développement, la croissance devrait atteindre 3,6 % en 2026, son niveau post-pandémie le plus bas, avant de se redresser à 4,2 % en 2027. L’Asie du Sud conserve la palme de la région la plus dynamique, malgré un ralentissement de 7 % à 6,3 %. L’Afrique subsaharienne souffre quant à elle d’une pression inflationniste alimentaire particulièrement marquée, amplifiée par les pénuries d’engrais.
La Banque mondiale active un plan d’urgence à 100 milliards
Le Groupe de la Banque mondiale a immédiatement mis sur la table 50 à 60 milliards de dollars via ses instruments existants, dont 25 milliards issus de mécanismes de financement préarrangés. Ces ressources visent à renforcer les filets de protection sociale, soutenir la capacité budgétaire des États, et apporter des liquidités aux entreprises et aux exploitations agricoles en difficulté. Plus de 30 pays travaillent déjà avec l’institution pour structurer leur réponse.
Si le conflit et ses répercussions économiques devaient s’étirer dans le temps, l’institution se dit prête à porter son enveloppe totale à 80-100 milliards de dollars sur 15 mois. « Protéger les populations et préserver la stabilité aujourd’hui, sans hypothéquer la croissance et l’emploi de demain » : c’est en ces termes qu’Ajay Banga, président de la Banque mondiale, résume la philosophie d’intervention.
Dette et matières premières : les failles structurelles exposées
Le rapport consacre ses deux chapitres thématiques aux vulnérabilités de fond des économies en développement. Le premier analyse la situation des pays exportateurs de matières premières — soit les deux tiers des économies en développement et près de 90 % des pays à faible revenu. Ces économies ont tendance à dépenser les recettes des cycles favorables plutôt que de les épargner, exposant leurs finances publiques à la volatilité des marchés.
Le second chapitre met en évidence l’effet de levier négatif de la dette : depuis 2010, l’endettement public des économies en développement a bondi de moins de 40 % à plus de 70 % du PIB. Ce niveau élevé réduit leur capacité à absorber les chocs et fait grimper mécaniquement leurs coûts d’emprunt à chaque nouvelle dette contractée. Le rapport préconise un renforcement des règles budgétaires, des fonds souverains à mandat de stabilisation et une diversification économique accrue pour briser ce cercle vicieux.
