| PNB 170,4 MDT +13,5% |
Coeff. expl. 36,37% -164 pb |
Dépôts 9 048 MDT +8,3% |
Crédits 7 552 MDT +3,1% |
Un titre en forme : +12,04% depuis le 1er janvier
Coté à 59,600 DT le 22 avril 2026, le titre Amen Bank affiche une performance boursière de +12,04% depuis le début de l’année. Une progression qui reflète la confiance croissante des investisseurs, bien avant même la publication officielle des chiffres du premier trimestre. Les résultats viennent aujourd’hui confirmer — et justifier — cet optimisme de marché.
PNB en forte hausse : deux fois plus rapide que le secteur
Le produit net bancaire d’Amen Bank s’établit à 170,42 MDT au premier trimestre 2026, en hausse de +13,5% par rapport aux 150,13 MDT enregistrés à la même période l’an dernier. À titre de comparaison, la croissance moyenne du secteur bancaire tunisien — hors Amen Bank — s’est limitée à +6,1% sur la même période.
L’écart est saisissant : la banque progresse à un rythme plus de deux fois supérieur à la moyenne de ses pairs. Elle contribue à elle seule à relever de 60 points de base la croissance sectorielle globale, une donnée qui illustre son poids systémique sur la place financière tunisienne.
Les activités de marché : nouveau centre de gravité des revenus
Derrière la progression du PNB se cache une recomposition profonde du mix de revenus. Les activités de marché en sont désormais le moteur principal — et de loin. Le résultat des opérations de marché atteint 102,84 MDT au 1T2026, en hausse de +24,1% (contre 82,88 MDT au 1T2025). Ce seul poste représente désormais plus de 60% du PNB, contre 55,2% un an plus tôt, et se situe très au-dessus de la moyenne sectorielle estimée à 42%.
Cette montée en puissance résulte d’une stratégie claire : Amen Bank réoriente massivement sa surliquidité vers des titres à revenu fixe — bons du Trésor (BTA), obligations, placements monétaires. Le portefeuille commercial et d’investissement atteint ainsi 3 560,0 MDT (+10,5%), pour une progression en valeur absolue de près de 396 MDT sur le seul premier trimestre.
À retenir
Le portefeuille avait progressé de +23,0% au 1T2025, puis de +16,0% sur l’ensemble de 2025. Son ralentissement à +10,5% au 1T2026 n’est pas un signal de faiblesse : il traduit une normalisation naturelle après une montée en puissance rapide, signe que le portefeuille atteint une taille plus mature.
Une collecte solide, un crédit maîtrisé : le choix de la prudence
La structure du bilan d’Amen Bank au premier trimestre 2026 révèle une politique délibérément prudente sur l’octroi de crédit. Les dépôts de la clientèle progressent de +8,3% à 9 047,6 MDT (contre 8 355,2 MDT au 1T2025), tandis que les crédits n’augmentent que de +3,1% à 7 551,8 MDT. Ce différentiel marqué entre collecte et crédit génère une surliquidité structurelle, que la banque choisit d’orienter vers les marchés financiers plutôt que vers des engagements de crédit jugés moins attractifs dans le contexte économique actuel.
La qualité de la collecte s’améliore également : la part des dépôts à terme recule à 39,7%, contre 41,5% un an plus tôt, allégeant d’autant le coût des ressources et soutenant la rentabilité marginale de chaque euro collecté.
Marge d’intérêt nette : la stabilisation, enfin
Après deux années de forte contraction — -20,2% au 1T2025 et -26,7% sur l’ensemble de l’exercice 2025 (à 145,15 MDT) — la marge d’intérêt nette (MIN) se stabilise enfin à 37,13 MDT au premier trimestre 2026, soit une quasi-stagnation à +0,1%.
Ce plateau ne constitue pas encore un rebond, mais il met fin à une spirale baissière préoccupante. La faible croissance du crédit (+3,1%), insuffisante pour élargir significativement le différentiel taux prêteur/emprunteur, limite mécaniquement le potentiel de redressement de la MIN. La banque en a visiblement tiré les conséquences, en réorientant sa stratégie vers des revenus moins dépendants de l’intermédiation classique.
Commissions : retour discret à la croissance
Les commissions nettes enregistrent une légère hausse de +1,0% à 30,45 MDT, après un recul de -6,3% au 1T2025 et une quasi-stagnation sur l’exercice 2025 (+0,1% à 121,03 MDT). Si la progression reste modeste, elle marque un retour à une trajectoire positive. Moins volatiles par nature que les revenus de marché, les commissions constituent un socle de revenus récurrents sur lequel la banque pourrait s’appuyer pour réduire sa dépendance aux activités de marché sur le long terme.
Efficacité opérationnelle : le levier est activé
Le coefficient d’exploitation s’améliore à 36,37% au 1T2026, contre 38,00% un an plus tôt — soit un gain de 164 points de base en douze mois. Il s’inscrit également bien en deçà du niveau constaté sur l’ensemble de 2025 (39,43%).
Les charges opératoires ont certes progressé de +8,6% à 61,98 MDT (contre 57,05 MDT au 1T2025 et 232,69 MDT en FY2025), mais cette hausse est largement absorbée par la progression du PNB (+13,5%). L’effet de levier opérationnel est clairement positif : la banque génère davantage de revenus pour chaque dinar de charges engagé, une configuration rare dans un environnement bancaire sous pression.
Données chiffrées complètes — 1T2026 vs 1T2025 vs FY2025
| Indicateur En MDT sauf mention | 1T2026 ★ Période clé | 1T2025 N-1 trimestre | FY 2025 Exercice complet |
|---|---|---|---|
| ▸ Revenus | |||
| Produit Net Bancaire | 170,42 | 150,13 | 590,07 |
| Variation annuelle | +13,5 % | +6,6 % | +4,2 % |
| Résultat opérations de marché | 102,84 | 82,88 | 335,87 |
| Variation annuelle | +24,1 % | +33,2 % | +6,2 % |
| Marge d’intérêt nette (MIN) | 37,13 | 37,10 | 145,15 |
| Variation annuelle | +0,1 % | −20,2 % | −26,7 % |
| Commissions nettes | 30,45 | 30,16 | 121,03 |
| Variation annuelle | +1,0 % | −6,3 % | +0,1 % |
| ▸ Efficacité opérationnelle | |||
| Charges opératoires | 61,98 | 57,05 | 232,69 |
| Variation annuelle | +8,6 % | +7,2 % | +7,1 % |
| Coefficient d’exploitation | 36,37 % | 38,00 % | 39,43 % |
| ▸ Structure du bilan | |||
| Dépôts de la clientèle | 9 047,6 | 8 355,2 | 8 720,4 |
| Variation annuelle | +8,3 % | +6,4 % | +8,8 % |
| Crédits à la clientèle | 7 551,8 | 7 325,2 | 7 537,8 |
| Variation annuelle | +3,1 % | +3,0 % | +3,3 % |
| Portefeuille Com. & Invest. | 3 560,0 | 3 221,6 | 3 163,8 |
| Variation annuelle | +10,5 % | +23,0 % | +16,0 % |
Source : MAC SA — Equity News Amen Bank, 22/04/2026. Chiffres en MDT.
Analyse : une surperformance réelle, des risques de concentration à surveiller
Amen Bank livre, au premier trimestre 2026, une performance objectivement remarquable dans l’univers bancaire tunisien. La combinaison d’un PNB en hausse de +13,5%, d’un coefficient d’exploitation à 36,37% et d’une collecte dynamique (+8,3%) dessine le profil d’une banque qui a su adapter rapidement son modèle à un environnement de taux et de liquidité favorable.
Mais cette stratégie n’est pas sans risques. La dépendance aux activités de marché — qui représentent désormais 60% du PNB, contre une moyenne sectorielle de 42% — expose la banque à la volatilité des taux obligataires et des conditions de liquidité. En cas de normalisation des spreads ou de remontée du coût des ressources, la pression sur les revenus pourrait être significative.
Par ailleurs, la stagnation de la marge d’intérêt nette — stabilisée mais sans rebond — interroge sur la capacité de la banque à retrouver une dynamique d’intermédiation classique si les conditions de marché venaient à évoluer défavorablement. La faible croissance du crédit (+3,1%), si elle traduit une sélectivité prudente, peut aussi refléter un manque de demande solvable dans l’économie réelle tunisienne.
Ces nuances n’effacent pas la qualité des résultats publiés. Elles rappellent simplement que la surperformance actuelle repose sur un pari stratégique assumé : celui d’un environnement de marché durablement favorable à la banque.
