La domination du billet vert ne semble pas prête de s’estomper. Selon les dernières données publiées ce jeudi par la Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication (SWIFT), la part du dollar américain dans les transactions internationales a atteint un record de 51,1 % en mars 2026.
Cette progression, partant de 49,2 % en février, représente le niveau le plus élevé enregistré depuis la révision méthodologique du consortium en 2023. Ce bond statistique confirme la résilience exceptionnelle de la devise américaine, particulièrement lors des phases de forte incertitude mondiale.
Le refuge ultime face aux tensions géopolitiques
L’envolée du dollar s’inscrit dans un climat de turbulences au Moyen-Orient. Les récentes frappes impliquant les États-Unis et l’Iran ont provoqué une onde de choc sur les marchés financiers. Face à l’instabilité, les investisseurs ont massivement délaissé les actifs risqués pour se ruer vers le billet vert.
En mars, la volatilité des devises a atteint des sommets, portée par la hausse des prix du pétrole. Si les tensions semblent s’apaiser avec les perspectives de cessez-le-feu, le dollar a pleinement joué son rôle de valeur refuge, captant l’essentiel des flux de liquidités mondiaux.
L’euro et le yuan en retrait
Pendant que le dollar gagne du terrain, ses principaux concurrents marquent le pas. L’euro, deuxième devise la plus utilisée, a vu sa part de marché reculer à 21 % (contre 22,8 % le mois précédent).
De son côté, le yuan chinois affiche une légère remontée à 3,1 %, restant toutefois en deçà de ses records de 2024. Malgré les efforts de Pékin pour promouvoir son propre système de paiement (CIPS), l’adoption internationale de la monnaie chinoise peine encore à rivaliser avec l’omniprésence du réseau SWIFT.
Vers une diversification plutôt qu’une dédollarisation
Si l’année 2025 a été marquée par une baisse de l’indice dollar, la structure des échanges mondiaux reste profondément ancrée autour de la devise américaine. Dans une note stratégique publiée le 21 avril, les analystes de JPMorgan, sous la direction de Joyce Chang, soulignent un point crucial : la faiblesse temporaire d’une monnaie ne signifie pas son déclin structurel.
« Nous observons une tendance plus large vers la diversification plutôt qu’une véritable dédollarisation », précise l’équipe de recherche. Les capitaux continuent de privilégier les marchés américains pour leur profondeur et leur sécurité juridique.
Les limites des indicateurs actuels
Il convient toutefois de nuancer ces chiffres. Bien que SWIFT reste la référence avec plus de 13,4 milliards d’instructions de trading en 2024, le réseau ne capture pas l’intégralité du marché des devises, estimé à 9 500 milliards de dollars par jour. L’exclusion de certaines banques russes depuis 2022 et l’émergence de circuits de paiement bilatéraux créent des zones d’ombre dans la mesure exacte des flux financiers mondiaux.
