Relations UE–États-Unis : guerre en Iran, choc énergétique et tensions tarifaires fragilisent le partenariat transatlantique

Date:

Un an après les tarifs du « Jour de la Libération », les relations économiques transatlantiques traversent une crise inédite. Le conflit iranien amplifie la dépendance énergétique de l'Europe, tandis que l'accord de Turnberry suscite une défiance croissante au sein du Parlement européen.

Un an après le choc des droits de douane imposés par Donald Trump, les relations économiques entre les États-Unis et l’Union européenne n’ont jamais semblé aussi fragiles. La guerre en Iran est venue s’y greffer, transformant une friction commerciale en crise multidimensionnelle — avec, en toile de fond, l’un des partenariats économiques les plus denses au monde.

L’accord de Turnberry : une stabilisation précaire

L’été 2025 avait pourtant semblé marquer une accalmie. En juillet, Donald Trump et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen concluaient l’accord de Turnberry, signé dans un complexe golfique écossais. L’UE s’engageait à supprimer la plupart de ses droits de douane sur les produits industriels américains et à acheter 750 milliards de dollars d’exportations énergétiques américaines d’ici 2028. En contrepartie, les exportations européennes vers les États-Unis restaient soumises à un tarif de 15 %.

Le 26 mars, le Parlement européen a approuvé la législation de mise en œuvre — mais en y assortissant des conditions strictes. Une clause d’entrée en vigueur suspend les préférences tarifaires européennes jusqu’à ce que Washington honore ses propres engagements. Une clause de caducité prévoit l’expiration automatique du cadre en mars 2028 si les conditions ne sont pas remplies.

La frustration européenne transparaît sans détour. Le Council on Foreign Relations qualifie les accords de Trump d’« asymétriques et non réciproques ». Le rapporteur Bernd Lange, principal négociateur commercial du Parlement, a prévenu que l’assemblée n’accepterait les termes de l’accord qu’en présence de « garanties très solides et claires ».

Un choc énergétique qui frappe l’Europe de plein fouet

Le conflit iranien, entré dans son deuxième mois, a considérablement aggravé l’équation européenne. Les frappes iraniennes sur le complexe gazier de Ras Laffan au Qatar ont détruit 17 % des capacités d’exportation de GNL du pays. La fermeture effective du détroit d’Ormuz a coupé les approvisionnements dont dépendent l’Asie et l’Europe.

Sur les marchés, la réaction a été immédiate : les prix de référence du gaz néerlandais TTF ont presque doublé, dépassant 60 € par mégawattheure à la mi-mars. La Banque centrale européenne a averti que le conflit pourrait plonger l’Allemagne et l’Italie en récession d’ici la fin de l’année. Ursula von der Leyen a chiffré le surcoût lié aux importations de combustibles fossiles à 3 milliards d’euros pour les seuls dix premiers jours de combats.

Les États-Unis, eux, traversent ce choc depuis une position bien plus confortable. Protégés par leur propre production, ils voient leurs exportations de pétrole brut jouer un rôle de stabilisateur dans le bassin atlantique — selon le Wilson Center. Et paradoxalement, les engagements d’achat énergétique de l’accord de Turnberry ont accentué la dépendance européenne à l’approvisionnement américain, au moment précis où cette dépendance est devenue la plus coûteuse.

La Chine : le front commun qui se dérobe

La double pression des droits de douane et des perturbations énergétiques complique aussi la coordination face à la Chine. Une étude du Parlement européen publiée récemment appelle à des « efforts renouvelés » pour réformer les règles de l’Organisation mondiale du commerce en matière de subventions, et à une action coordonnée contre le soutien d’État chinois dans les secteurs des véhicules électriques, du solaire et de l’acier.

L’Atlantic Council a recommandé la création d’un forum transatlantique permanent de défense commerciale, destiné à partager les preuves de subventions chinoises et à synchroniser les mesures correctives. Mais constituer une telle coalition relève désormais du défi : l’Europe est absorbée par son urgence énergétique et conteste encore l’équité des termes de Turnberry.

Les chiffres rappellent pourtant ce qui est en jeu. En 2023, les échanges de biens et de services entre l’UE et les États-Unis ont atteint 1 600 milliards d’euros, selon la Commission européenne. Une interdépendance si profonde qu’un divorce économique total reste impensable — mais aussi une exposition considérable si la fracture continue de s’élargir.

Partager l'article:

Articles Recents

S'abonner

VIDÉOS SPONSORISÉES
VIDÉOS SPONSORISÉES

00:00:30

OPPO Reno12 : L’Alliance Parfaite entre Design, Intelligence Artificielle et Performance

Les séries Reno12 d'OPPO marquent une avancée significative dans le domaine de la photographie mobile grâce à l'intégration poussée de l'intelligence artificielle.
00:02:15

Abdelaziz Makhloufi, PDG de Cho Group, met en lumière l’excellence de l’huile d’olive tunisienne sur BFM Business

Fort de son expertise reconnue dans le secteur oléicole, Abdelaziz Makhloufi, Président-directeur général du groupe Cho, a saisi l'opportunité de l'émission BFM Business pour promouvoir l'huile d'olive tunisienne à l'échelle internationale.
00:00:32

Lancement du nouveau Huawei Nova Y61

Huawei Consumer Business Group annonce le lancement du HUAWEI nova Y61, le plus récent smartphone de la série HUAWEI nova Y.

CONTENUS SPONSORISÉS
CONTENUS SPONSORISÉS

BIAT indicateurs T3 : les titres prennent le relais

Marge d'intérêt en repli, titres en renfort : la BIAT change de moteur. Les titres pèsent désormais 48,9 % de son PNB, contre 46,3 % un an plus tôt. Décryptage des indicateurs du troisième trimestre 2026.

UBCI : le PNB grimpe de 11,1 % à 289,1 MDT au T3 2026

Le portefeuille-titres génère près des trois quarts de la hausse du PNB de l'UBCI. Côté coûts, la discipline est de mise : le coefficient d'exploitation tombe à 65,9 %, soit 3,9 points de gagnés en un an.

Dette française : Moody’s face au risque d’une dégradation

Dégradation ou statu quo ? Moody's rend son verdict sur la note de la France le 23 octobre. Avec une dette à 119 % du PIB et des taux à 10 ans au-dessus de 5 %, les marchés scrutent surtout le budget 2027 et la crédibilité de la trajectoire budgétaire.

IA et cybersécurité : les 5 transformations qui redéfinissent la menace

Phishing généré par IA, agents autonomes, shadow AI : ESET résume en cinq points les transformations que l’IA impose à la cybersécurité et rappelle que les stratégies de sécurité doivent évoluer au même rythme que la technologie.

A lire également
A lire également

Dette française : Moody’s face au risque d’une dégradation

Dégradation ou statu quo ? Moody's rend son verdict sur la note de la France le 23 octobre. Avec une dette à 119 % du PIB et des taux à 10 ans au-dessus de 5 %, les marchés scrutent surtout le budget 2027 et la crédibilité de la trajectoire budgétaire.

Chine : la croissance du PIB accélère à 4,5 % au troisième trimestre, soutenue par les exportations tech

Porté par la demande mondiale en composants électroniques et batteries, le PIB chinois accélère à 4,5 % au T3. Un soulagement pour Pékin, même si le marasme immobilier retarde la reprise de la demande intérieure.

Dette française : la Suisse alerte sur un risque de crise de l’euro, la Grèce temporise

La dette française, à plus de 119 % du PIB, inquiète Berne, qui évoque un risque pour la monnaie unique. Athènes y voit plutôt l’effet d’un resserrement mondial des capitaux. Le FMI, lui, rappelle que la dette publique mondiale est à son plus haut niveau depuis la Seconde Guerre mondiale.

BCE : hausse des taux en décembre à 2,75 %, Lagarde alerte sur les marchés obligataires

La BCE privilégie un resserrement à rythme trimestriel et pointe la réunion du 17 décembre pour une hausse de 25 points de base, qui porterait son taux directeur à 2,75 %. Entre faucons et partisans de l’attente, le débat s’intensifie.

Chine : les exportations bondissent de 36,3 % en septembre, Singapour maintient sa politique monétaire

Exportations chinoises en hausse de 36,3 % en septembre, prix à la production au plus haut depuis juin 2022 et pause inattendue de la MAS à Singapour : tour d’horizon des données qui agitent les marchés asiatiques avant l’inflation américaine.

Diesel russe : Moscou veut retrouver ses niveaux d’exportation d’avant-guerre grâce à l’accord Trump

Donald Trump lève les sanctions sur le diesel russe pour faire baisser les prix avant les mi-mandat. Moscou promet 3 à 3,5 millions de tonnes par mois d'ici fin d'année ; Kiev, l'Europe et des sénateurs américains dénoncent un accord qui finance la guerre.

Mastercard impose les paiements par carte hors ligne en Europe dès 2027

Les nouvelles cartes Mastercard émises en Europe dès février 2027, puis les nouveaux terminaux dès mai, devront autoriser des achats jusqu'à 200 € sans connexion. Le dispositif, testé dans les pays nordiques et baltes, a ses limites.

Commerce UE-Chine : l’Europe creuse un déficit de plus d’un milliard d’euros par jour

Le déficit commercial de l’Union européenne avec la Chine dépasse désormais 1 milliard € par jour. Les importations de voitures hybrides rechargeables chinoises ont bondi de 86 % en un an. Bruxelles cherche à rééquilibrer la relation, un dossier au menu du sommet européen d’octobre.