Donald Trump a quitté Pékin vendredi en proclamant le succès de son sommet avec Xi Jinping, après deux jours de réunions auxquelles ont participé les plus grands patrons américains de la tech, de la finance et de l’industrie. Une visite chargée de symboles, mais pauvre en avancées concrètes — et révélatrice des tensions profondes qui traversent la relation sino-américaine.
Un parterre inédit de PDG à la table de Xi
La délégation américaine avait de quoi impressionner : Jensen Huang (Nvidia), Tim Cook (Apple), Elon Musk (Tesla), David Solomon (Goldman Sachs), Larry Fink (BlackRock), Kelly Ortberg (Boeing), ainsi que des représentants de Meta, Qualcomm, Micron et Mastercard. Rarement autant de poids lourds de l’économie américaine s’étaient retrouvés en même temps à Pékin.
Au Palais de l’Assemblée du peuple, Xi Jinping a reçu le groupe jeudi et assuré que les entreprises américaines resteraient les bienvenues dans une Chine qui ne ferait que « s’ouvrir davantage ». Le Premier ministre Li Qiang, qui les a rencontrés séparément, a parlé de « visages familiers et de vieux amis », affirmant que Washington et Pékin « peuvent et doivent continuer à être amis et partenaires ».
Des déclarations chaleureuses, mais dont la portée pratique reste à démontrer.
La présence de Jensen Huang, signal fort sur les puces IA
La participation de dernière minute du patron de Nvidia a concentré l’essentiel de l’attention. Et pour cause : Reuters a révélé que le département américain du Commerce avait autorisé une dizaine de géants chinois — dont Alibaba, Tencent, ByteDance et JD.com — à acquérir jusqu’à 75 000 unités chacun des puces H200, les plus avancées de Nvidia dans le domaine de l’IA.
Résultat : zéro livraison. Selon des sources citées par Reuters, Pékin aurait dissuadé ces entreprises d’acheter américain, les orientant vers des alternatives nationales. Le secrétaire au Commerce Howard Lutnick l’a reconnu devant le Sénat le mois dernier : le gouvernement chinois « ne les a pas autorisés, jusqu’à présent, à acheter les puces ».
Ce blocage dit tout de l’ambivalence de la relation : Washington autorise, Pékin refuse. La technologie est devenue le terrain d’une confrontation qui dépasse largement les tarifs douaniers.
Un accord Boeing, mais sans confirmation de Pékin
Trump a annoncé en quittant la capitale chinoise un accord pour l’achat de 200 avions Boeing, présenté comme l’un des acquis majeurs du voyage. Pékin, pour sa part, n’a confirmé aucun contrat de cette ampleur. Une asymétrie de communication qui illustre bien le caractère largement symbolique de ce sommet.
Les analystes l’avaient anticipé. Selon Fortune, peu d’observateurs s’attendaient à des avancées politiques substantielles. L’objectif réel était ailleurs : stabiliser une relation fragilisée et, si possible, prolonger la trêve tarifaire d’un an conclue en octobre 2025.
L’IA, véritable enjeu derrière la diplomatie
L’analyste Dan Ives, de Wedbush Securities, a mis les points sur les i : « Ce qui est en jeu, ce n’est pas seulement un voyage ou un titre de presse, mais bien l’orientation des chaînes d’approvisionnement en IA. » Il avertit que la suprématie américaine dans les semi-conducteurs avancés pourrait devenir de plus en plus difficile à faire valoir sur le marché chinois.
Le chercheur James Kynge, de Chatham House, va dans le même sens, soulignant que les entreprises chinoises progressent rapidement « souvent avec bien moins de ressources ». Pour lui, c’est la rivalité — et non le partenariat — qui définira l’avenir de l’intelligence artificielle et de la technologie mondiale.
Pour les entreprises nord-africaines et maghrébines qui dépendent de composants et d’équipements technologiques américains ou chinois, cette bataille de l’IA entre les deux premières puissances mondiales n’est pas sans conséquences. Les tensions sur les chaînes d’approvisionnement et les restrictions à l’export pèsent déjà sur les marchés émergents.
Des signaux d’apaisement, une rivalité structurelle
Le sommet Trump-Xi aura au moins permis de maintenir un canal de dialogue ouvert entre deux économies dont les destins restent profondément imbriqués. Mais au-delà des formules diplomatiques, la compétition technologique s’intensifie — sur les puces, sur l’IA, sur les normes industrielles de demain. Les grandes décisions se prennent dans les laboratoires et les salles de conseil, bien plus que dans les palais officiels.
