Un cadeau royal, annoncé sur Truth Social
La décision est tombée jeudi sur le réseau social Truth Social, avec la spontanéité qui caractérise désormais la communication présidentielle américaine. Donald Trump a annoncé la suppression des droits de douane sur le whisky en provenance du Royaume-Uni — scotch whisky et Irish whiskey d’Irlande du Nord inclus —, présentant la mesure comme un hommage personnel au roi Charles III et à la reine Camilla, au lendemain de leur visite d’État de quatre jours à Washington.
« Le roi l’a amené à faire quelque chose que personne d’autre n’avait réussi à faire, sans même vraiment le lui demander », a-t-il écrit, dans une formulation qui en dit long sur les ressorts de sa diplomatie.
La visite, du 27 au 30 avril, était la première d’un monarque britannique aux États-Unis depuis la reine Élisabeth II en 2007. Charles III s’est notamment adressé au Congrès et s’est rendu au mémorial du 11-Septembre à New York.
4 millions de livres perdus chaque semaine : l’industrie respire
Pour la filière écossaise, l’annonce arrive comme une bouffée d’oxygène. Sous le tarif de 10 % appliqué dans le cadre du plus large accord commercial américano-britannique, le secteur accusait des pertes estimées à environ 4 millions de livres sterling par semaine.
Mark Kent, directeur général de la Scotch Whisky Association, a salué « la possibilité pour les distillateurs de souffler un peu durant une période de forte pression sur le secteur ». Le représentant américain au Commerce, Jaime Greer, a confirmé que le whisky britannique bénéficierait d’un « accès préférentiel aux droits de douane », sans préciser l’échéancier de mise en œuvre.
Le principal bénéficiaire sera Diageo, maison-mère du Johnnie Walker, dont les analystes de Jefferies anticipent une progression de 1,7 % des bénéfices opérationnels. Le groupe avait chiffré son exposition brute aux droits de douane à 200 millions de dollars. Pernod Ricard, Rémy Cointreau et Davide Campari devraient également profiter de cet allègement.
L’UE dans le collimateur : 25 % sur les voitures
L’effet d’annonce a pourtant été de courte durée. Dès le lendemain, vendredi, Trump a déclaré son intention de porter les droits de douane sur les automobiles et camions européens à 25 % dès la semaine prochaine, accusant l’Union européenne de « ne pas respecter notre accord commercial pleinement négocié ».
Le contraste est saisissant : l’accord de Turnberry, conclu l’année précédente, avait fixé ces droits à 15 %, permettant aux constructeurs européens d’économiser entre 500 et 600 millions d’euros par mois selon les estimations d’Al Jazeera. La hausse annoncée viendrait effacer cet acquis d’un trait.
Trump a justifié la mesure en affirmant qu’elle pousserait les constructeurs européens à « accélérer considérablement leurs opérations de production » aux États-Unis — argument récurrent dans sa rhétorique protectionniste.
La logique Trump : geste diplomatique contre pression structurelle
La séquence révèle une mécanique bien rodée : un geste de bonne volonté, spectaculaire et médiatisé, immédiatement suivi d’une pression économique ciblée sur un autre secteur. Le Royaume-Uni obtient un avantage commercial adossé à une relation personnelle ; l’UE, elle, se retrouve à nouveau en position défensive.
Pour Bruxelles, la menace automobile représente un défi autrement plus lourd que la question du whisky. Le secteur auto est l’un des piliers de l’industrie allemande, française et italienne. Une escalade à 25 % obligerait les États membres à arbitrer rapidement entre négociation et contre-mesures.
