EY mars 2026 : croissance zone euro à 1,3 %, accord UE-Inde et risques géopolitiques au cœur des prévisions

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La croissance de la zone euro devrait tomber à 1,3 % en 2026, selon les Perspectives économiques européennes d'EY (mars 2026). Entre l'impact des droits de douane américains, les effets sectoriels de l'accord UE-Inde et le risque d'un décrochage sur l'IA, le continent navigue à vue

L’économie européenne avance, mais sur un terrain miné. C’est, en substance, le constat que dresse EY dans son édition de mars 2026 des Perspectives économiques européennes : une croissance réelle, mais fragilisée par des pressions commerciales, des risques géopolitiques et des retards structurels qui pourraient, à terme, remodeler la position concurrentielle du continent.

Des droits de douane américains qui pèsent sur la trajectoire

Le choc le plus immédiat vient de Washington. Selon EY, les droits de douane américains amputeront de 0,5 point de pourcentage la croissance du PIB de l’UE en 2026 — une saignée concentrée notamment en Irlande et dans les pays nordiques, davantage exposés aux échanges transatlantiques.

Dans ce contexte, la croissance de la zone euro devrait ralentir à 1,3 % en 2026, contre 1,5 % enregistrés en 2025, avant une légère reprise à 1,4 % en 2027 puis 1,5 % en 2028-2029. Une trajectoire en dents de scie, qui illustre la fragilité du rebond européen.

L’accord UE-Inde : un tableau sectoriel contrasté

Après près de deux décennies de négociations, l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et l’Inde a été officiellement conclu le 27 janvier 2026. Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, l’a qualifié de « mère de tous les accords » — une formule qui traduit l’ambition du texte : couvrir un marché de près de 2 milliards de personnes, représentant environ 25 % du PIB mondial.

Pourtant, EY tempère l’enthousiasme. L’impact macroéconomique global sur l’Europe est jugé « négligeable », même si les effets sectoriels sont « quelque peu plus significatifs ». Le secteur européen des minéraux pourrait bénéficier d’un meilleur accès aux intrants de production, tandis que l’industrie du vêtement se retrouvera face à une concurrence indienne renforcée.

Pour l’Inde, en revanche, l’accord ouvre des perspectives réelles : approfondissement des échanges avec le premier bloc commercial mondial et gains de compétitivité dans le textile, dans un contexte mondial incertain. La Commission européenne, quant à elle, anticipe un doublement des exportations de biens de l’UE vers l’Inde d’ici 2032, et une économie d’environ 4 milliards d’euros par an en droits de douane pour les exportateurs européens.

Le spectre géopolitique : quand Ormuz s’invite dans les prévisions

Au-delà du commerce, EY intègre dans son scénario de risque l’escalade des tensions en Iran. Une hausse temporaire des prix de l’énergie, combinée à une détérioration du sentiment des marchés, pourrait faire grimper l’inflation dans la zone euro de 0,3 point de pourcentage et amputer le PIB de 0,2 % en 2026.

Mais le scénario noir reste le blocus du détroit d’Ormuz. Un tel événement, par lequel transitent environ 20 % du pétrole mondial, aurait des répercussions bien plus larges, difficiles à circonscrire dans une prévision chiffrée.

Des freins structurels qui s’installent dans la durée

Sur le long terme, c’est le vieillissement de la population qui inquiète le plus les analystes d’EY. La stagnation de l’offre de main-d’œuvre constitue, selon le rapport, « un frein persistant à la croissance tendancielle », particulièrement marqué en Europe centrale, orientale et méridionale.

Du côté allemand, le plan de relance budgétaire commence à produire ses premiers effets — visibles dans l’amélioration des commandes industrielles. Mais EY avertit : la mise en œuvre sera plus progressive que prévu, avec un impact maximal attendu en 2027 seulement.

L’intelligence artificielle : une opportunité que l’Europe risque de manquer

Les investissements dans l’IA pourraient doper le PIB de l’Europe de l’Ouest de jusqu’à 4 % d’ici 2033 — un potentiel considérable. Mais EY met en garde contre un risque réel de décrochage vis-à-vis des États-Unis en matière d’adoption, dans un contexte où l’Europe supporte déjà des coûts énergétiques plus élevés et des pressions démographiques persistantes.

L’enjeu est de taille : si l’écart d’adoption de l’IA se creuse, il pourrait amplifier des disparités de compétitivité déjà préoccupantes — et transformer une opportunité en facteur de vulnérabilité supplémentaire.

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