Un Brent en orbite, des négociations enlisées
Les marchés pétroliers ont réagi avec une brutalité prévisible. Le Brent a franchi le cap des 114 dollars le baril le 30 avril — son plus haut niveau depuis plus d’un mois —, avant de clôturer près de 118 dollars le 29 avril, selon CNBC. Le déterminant principal de cette flambée n’est pas seulement la pénurie physique, mais la durée anticipée du blocus : le président américain Donald Trump a confirmé que le blocus naval américain de l’Iran se poursuivrait jusqu’à la conclusion d’un accord nucléaire, sans horizon temporel défini.
Le Japon pivote vers Sakhalin, l’Inde consolide ses positions avec Moscou
Les grandes économies asiatiques, fortement dépendantes du brut du Golfe, ont dû réinventer en urgence leur sécurité d’approvisionnement. Reuters a rapporté samedi que la compagnie japonaise Taiyo Oil s’apprête à réceptionner une cargaison de brut en provenance du projet russe Sakhalin-2 — la première importation de pétrole russe par le Japon depuis la fermeture du détroit fin février. Un signal fort du retour pragmatique de Tokyo vers des sources d’approvisionnement qu’il avait progressivement réduites sous pression occidentale.
La Première ministre japonaise Sanae Takaichi a indiqué que son pays espère couvrir environ 60 % de ses besoins en brut pour le mois de mai via des routes contournant le détroit. En parallèle, le Japon a engagé la libération de 80 millions de barils de ses réserves stratégiques dans le cadre d’un effort coordonné par l’AIE.
L’Inde, de son côté, a vu ses importations de brut chuter à environ 4,4 millions de barils par jour en avril, soit 85 % des niveaux de février, d’après la société de suivi Kpler. Dans ce contexte, la Russie est devenue le premier fournisseur de l’Inde avec 1,6 million de barils par jour en avril, devant l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis.
La facture s’étend jusqu’à l’assiette et au billet d’avion
Le choc énergétique se propage bien au-delà des marchés à terme. En Irak, le prix d’une cartouche d’œufs est passé de 39,80 à 57,40 dollars selon The Media Line. Aux États-Unis, le Département de l’Agriculture relève désormais sa prévision de hausse des prix alimentaires à 3,6 % pour l’ensemble de l’année 2026, contre 3,1 % avant le conflit.
Le transport aérien subit l’une des pressions les plus sévères : le prix du carburant aviation a pratiquement doublé depuis le déclenchement de la crise, selon NPR. Face à cette explosion des coûts, les compagnies ont répondu par des surtaxes massives. Virgin Atlantic a doublé ses suppléments carburant, Air France-KLM a ajouté jusqu’à 100 euros sur les vols long-courriers, et la compagnie indienne IndiGo a introduit des frais pouvant atteindre 10 000 roupies sur ses billets internationaux. Plus de 30 000 vols ont été annulés en Asie occidentale, portant les pertes sectorielles au-delà de 3 milliards de dollars.
Un horizon de retour à la normale encore lointain
L’impact sur l’emploi et le tourisme commence à se matérialiser dans les statistiques. Goldman Sachs estime que le choc dans son ensemble pourrait coûter à l’économie américaine environ 10 000 emplois par mois. Les secteurs de l’hôtellerie et du tourisme sont pénalisés aux États-Unis, aux Émirats arabes unis, en Arabie saoudite, au Royaume-Uni, en Allemagne, en Inde et en Thaïlande.
Avec quelque 2 000 navires encore immobilisés dans le Golfe et des opérations de déminage qui devraient s’étaler sur six mois selon Al Jazeera, le retour à la normale des liaisons maritimes n’est pas pour demain. La crise d’Ormuz n’est plus une perturbation conjoncturelle : elle est en train de reconfigurer durablement les équilibres du commerce énergétique mondial.
