Le Koweït n’a exporté aucun baril de pétrole brut au cours du mois d’avril 2026. Un fait sans précédent dans l’histoire contemporaine du pays, qui n’avait jamais connu un mois entier sans expédition de brut depuis les destructions des puits pétroliers kuweitiens par les forces de Saddam Hussein, il y a plus de trois décennies. L’information est confirmée par TankerTrackers, groupe spécialisé dans le suivi en temps réel des mouvements maritimes de pétrole.
Les données de suivi montrent que le Koweït continue bien de produire du pétrole, mais que ces volumes sont désormais orientés vers le stockage et la raffinerie, dont une partie des produits finis est exportée. Le brut, en revanche, n’a pas quitté le territoire. Cette situation illustre à quel point la chaîne logistique maritime est devenue le maillon vulnérable de l’économie pétrolière mondiale.
Le détroit d’Ormuz, clé de voûte brisée
L’effondrement des exportations koweïtiennes est la conséquence directe de la paralysie du détroit d’Ormuz, voie maritime étroite par laquelle transite normalement près d’un cinquième du pétrole mondial. L’Iran a progressivement restreint l’accès au détroit à partir de début mars 2026, dans le contexte de l’escalade du conflit avec les États-Unis. Le 13 avril, Washington a franchi un palier supplémentaire en imposant un blocus naval ciblant les ports iraniens — créant ainsi un double blocus qui a laissé environ 2 000 navires bloqués dans le golfe Persique, selon Al Jazeera.
Face à ce risque inédit, les assureurs maritimes ont annulé leurs couvertures risques de guerre pour les pétroliers opérant dans la zone, rendant toute expédition commerciale pratiquement impossible. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a qualifié cette perturbation de « plus grande interruption de l’approvisionnement pétrolier de l’histoire », surpassant les chocs pétroliers des années 1970.
Une production koweïtienne de moitié, des réservoirs qui débordent
Dès mars, la Kuwait Petroleum Corporation (KPC), bras opérationnel de l’État, avait déclenché la procédure de force majeure, invoquant les menaces iraniennes sur le libre passage dans le détroit et l’indisponibilité quasi totale des pétroliers pour transporter le brut, selon Reuters. Bloomberg a confirmé que la KPC a prolongé cette déclaration en avril, au fur et à mesure de la dégradation de la situation.
Le Koweït produisait, avant la crise, environ 2,6 millions de barils par jour et en exportait quelque 1,85 million, à plus de 90 % vers les marchés asiatiques — Chine, Corée du Sud et Inde en tête. La production est depuis retombée à environ 1,2 million de barils par jour, selon CNBC, tandis que les capacités de stockage dans l’ensemble du Golfe approchent de la saturation. Aucune augmentation de production n’est envisagée à court terme : les autorités koweïtiennes ont indiqué que la reprise ne sera que progressive, et uniquement une fois le détroit d’Ormuz stabilisé, selon le Kuwait Times.
Des dommages collatéraux qui dépassent les belligérants
Cette paralysie illustre l’étendue des dommages économiques que le conflit américano-iranien inflige à des pays qui ne sont pas parties au différend. Le Koweït, allié historique de Washington, se retrouve aujourd’hui frappé de plein fouet par les répercussions d’un blocus qu’il n’a pas décidé. La situation rappelle, dans sa brutalité économique, les semaines qui ont suivi l’invasion de 1990 — quoique le mécanisme soit inverse : ce ne sont pas des puits qui brûlent, mais des tankers qui n’osent plus appareiller.
Pour les importateurs asiatiques qui dépendaient du brut du Golfe, l’enjeu est considérable. La diversification des approvisionnements en urgence, l’activation des réserves stratégiques et la révision à la hausse des primes d’assurance maritime sont autant de signaux que cette crise est en train de remodeler durablement les flux énergétiques mondiaux.
