Chute de 45 % depuis les sommets : le titre en territoire inconnu
Fin avril 2026, l’action Xiaomi a touché 28,80 HKD à la Bourse de Hong Kong — un plancher inédit depuis un an et une correction de près de 45 % par rapport au pic de 61 HKD atteint à la mi-2025. Derrière ce recul, une réalité opérationnelle difficile : la division smartphones, qui reste le pilier central des revenus du groupe, traverse une période de turbulence sévère.
Selon le cabinet d’études Omdia, Xiaomi a livré 33,8 millions de smartphones dans le monde au premier trimestre 2026, soit un recul de 19 % sur un an. C’est la contraction la plus forte enregistrée parmi les cinq premiers fabricants mondiaux sur la période. En parallèle, les données d’IDC font état d’un recul de 4,1 % des expéditions mondiales de smartphones à 289,7 millions d’unités au T1, mettant un terme à dix trimestres consécutifs de croissance.
Mémoire DRAM et NAND : des hausses de coûts qui compriment les marges
Le principal facteur de pression réside dans l’envolée des prix des composants. Les coûts de la mémoire DRAM mobile et de la mémoire flash NAND ont bondi d’environ 90 % au premier trimestre, avec une nouvelle hausse de 30 % anticipée pour le deuxième trimestre, toujours selon Omdia. Pour un fabricant dont la force commerciale repose sur les segments d’entrée et de milieu de gamme — où les consommateurs sont particulièrement sensibles aux prix — répercuter ces hausses sans pénaliser les volumes relève de l’équilibre impossible.
Face à ce dilemme, Xiaomi a fait un choix stratégique : réduire délibérément les expéditions de ses anciens modèles pour éviter des augmentations tarifaires en cascade. Une décision défensive qui pèse mécaniquement sur les volumes à court terme, mais qui vise à protéger le positionnement prix de la marque sur le long terme.
Les véhicules électriques : une dynamique réelle, mais insuffisante pour compenser
Sur le front des véhicules électriques, les nouvelles sont plus encourageantes. Xiaomi a livré plus de 79 000 VE au premier trimestre 2026, dans la continuité des 411 837 unités écoulées sur l’ensemble de 2025. Le groupe vise désormais 550 000 livraisons pour l’exercice 2026, soit une croissance d’environ 34 %. En avril seul, les livraisons ont dépassé les 30 000 unités.
L’internationalisation du segment VE s’accélère. Xiaomi a inauguré un centre de R&D à Munich, en recrutant des ingénieurs issus de Porsche et Lamborghini, en vue d’une entrée sur le marché européen programmée pour 2027, avec l’Allemagne comme point d’ancrage. Le PDG Lei Jun a explicitement désigné l’Europe comme première destination internationale pour l’activité automobile de Xiaomi.
Le nouveau modèle YU7 GT, développé avec des partenaires européens, doit effectuer ses débuts en Chine fin mai. Ces initiatives témoignent d’une stratégie de montée en gamme claire, mais n’ont pas encore suffi à effacer le pessimisme des marchés : le titre s’échangeait bien en dessous de sa moyenne mobile sur 200 jours fin avril, les lourds investissements dans l’automobile continuant de peser sur la rentabilité globale.
Les analystes maintiennent un consensus haussier malgré la correction
La communauté financière reste néanmoins globalement positive sur le titre. Goldman Sachs maintient une recommandation d’achat avec un objectif de 47,50 HKD. Une compilation des estimations d’analystes par TradingView ressort à environ 56–57 HKD sur douze mois, impliquant un potentiel de hausse supérieur à 50 % par rapport aux niveaux récents. Sur les 39 analystes suivis par StocksGuide, le consensus est massivement orienté à l’achat, avec des objectifs allant de 27 HKD à plus de 80 HKD.
La question centrale reste celle du timing : jusqu’où les revenus du segment VE pourront-ils compenser les effets d’une division smartphones qui tarde à se redresser ? La réponse déterminera dans une large mesure la trajectoire du titre d’ici la fin de l’exercice.
