Trump à Pékin : un sommet pour éviter la rupture sino-américaine

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Pour la première fois en huit ans, Donald Trump se rend en Chine. Son sommet avec Xi Jinping, prévu les 14 et 15 mai 2026 à Pékin, s'annonce comme une rencontre de stabilisation plutôt que de percée, dans un contexte de trêve commerciale fragile et de pressions géopolitiques croisées entre les deux superpuissances.

Un voyage historique, un contexte explosif

Donald Trump posera le pied à Pékin les 14 et 15 mai 2026 pour son premier voyage en Chine en huit ans — et le premier sommet bilatéral avec Xi Jinping depuis l’accord de Busan. La rencontre, confirmée par la Maison-Blanche le 25 mars, avait initialement été programmée plus tôt ce printemps, avant d’être reportée en raison de l’engagement militaire américain contre l’Iran.

Le calendrier n’est pas anodin. Les deux superpuissances arrivent à ce sommet avec des agendas chargés et des leviers de pression bien identifiés. Aucune percée spectaculaire n’est attendue, mais l’échec d’une stabilisation de la relation aurait des conséquences bien réelles.

La trêve commerciale de Busan, une horloge qui tourne

En arrière-plan de ce sommet plane l’accord commercial conclu en octobre 2025 à Busan, en Corée du Sud. Cette trêve d’un an a permis d’abaisser les droits de douane mutuels et de suspendre les contrôles à l’exportation. Elle expire en novembre 2026 — soit dans six mois. La question de sa prolongation, ou de son remplacement par un cadre plus ambitieux, sera au cœur des discussions.

Un Conseil commercial américano-chinois a émergé comme mécanisme central dans les semaines précédant le sommet. Le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, a évoqué ce concept pour la première fois lors des négociations de Paris en mars, avant de le réitérer lors d’un appel vidéo du 1er mai avec le vice-Premier ministre chinois He Lifeng et le secrétaire au Trésor Scott Bessent. Ce canal formel superviserait les échanges de biens commerciaux non sensibles, offrant aux deux parties un mécanisme de « maîtrise » des flux avant d’aborder les dossiers les plus épineux.

Leviers de pression : IA et Iran comme monnaies d’échange

Pékin n’est pas arrivé à la table de négociation sans munitions. Fin avril, la Commission nationale du développement et de la réforme a bloqué le rachat par Meta de Manus, une start-up d’intelligence artificielle basée à Singapour mais aux origines chinoises, pour environ deux milliards de dollars. Les autorités ont invoqué des préoccupations liées au transfert de technologies et ordonné le retrait de l’accord. Ce geste a été largement interprété comme un signal de la volonté de Pékin d’utiliser ses outils réglementaires comme levier dans les négociations globales.

L’Iran constitue un autre facteur structurant. Les liens économiques de la Chine avec Téhéran — que Washington cherche à affaiblir — confèrent à Pékin une position de force inattendue. Selon des sources citées par CNN, le conflit prolongé avec l’Iran aurait paradoxalement renforcé la main chinoise, Pékin voyant dans ce sommet « une occasion unique d’établir une relation à long terme plus stable » avec Washington. Trump devrait chercher la coopération chinoise pour faire pression sur Téhéran en faveur d’un cessez-le-feu.

Un agenda chargé, des attentes calibrées

Outre le commerce et l’Iran, plusieurs dossiers complexes devraient figurer à l’ordre du jour : la question de Taïwan, les flux de précurseurs chimiques du fentanyl — sujet de friction récurrent — et la prolongation des exemptions tarifaires couvrant 178 catégories de produits.

Les analystes de la Brookings Institution ont décrit ce sommet comme défini davantage par ce qu’il cherche à éviter que par ce qu’il espère accomplir : prévenir une rupture dans la relation plutôt que produire une percée. Cette lecture pragmatique domine les milieux diplomatiques des deux côtés.

Même sans accord global, le sommet de Pékin s’inscrit dans une séquence diplomatique plus large. Trump et Xi devraient se retrouver à plusieurs reprises dans les mois qui suivent : au sommet de l’APEC à Shenzhen, puis au G20 de Miami. Le sommet de mai est donc moins une destination qu’un point de départ — une tentative de fixer les rails d’une relation qui reste l’une des plus déterminantes de l’ordre mondial.

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