Un bilan doublé en dix ans, un PNB triplé
L’exercice 2025 confirme une tendance longue : alBaraka Bank a opéré une mutation profonde depuis une décennie. Son total bilan a quasiment doublé pour atteindre 2,6 milliards de dinars, porté par un taux de croissance annuel moyen de 5,7 % sur la période 2015-2025. Une progression constante, sans à-coups, qui reflète la rigueur d’une gestion orientée vers l’économie réelle avec un encours de financements de 1,68 milliard de dinars.
Mais le vrai marqueur de cette décennie reste la progression du Produit Net Bancaire, qui a triplé en dix ans. Une performance remarquable qui dépasse largement la dynamique bilancielle et révèle une capacité réelle à capter de la valeur, adossée à l’avantage structurel du modèle de finance islamique.
La collecte : principal point de vigilance
L’ombre au tableau porte sur la dynamique de collecte. En 2025, les dépôts d’alBaraka Bank se sont contractés de 5,3 %, dans un marché tunisien déjà marqué par une intense concurrence sur la liquidité. Si la banque maintient une part d’épargne saine à 25 % de son mix de dépôts, le recul global interroge sur sa capacité à fidéliser une clientèle de déposants de plus en plus volatile.
Ce signal ne doit pas être sous-estimé. À terme, une collecte insuffisante peut peser sur le ratio de transformation et contraindre les ambitions de financement. La banque devra réinventer sa proposition de valeur auprès des particuliers, notamment en capitalisant sur son positionnement islamique et ses solutions digitales primées.
La marge nette la plus élevée du marché
Avec une Marge de Profit Nette de 5,7 %, alBaraka Bank se hisse au sommet du classement sectoriel tunisien. Aucune autre banque ne fait mieux. Ce niveau s’explique structurellement par le modèle islamique, qui bénéficie de ressources à faible coût comparativement aux banques conventionnelles.
La revers de ce succès réside dans la concentration : 73 % du PNB provient de la marge d’intermédiation. Une dépendance qui expose la banque à tout resserrement des spreads ou à une évolution réglementaire sur les marges. La diversification vers les revenus de commissions et les services à forte valeur ajoutée n’est plus une option stratégique, mais une nécessité de résilience.
Coefficient d’exploitation : performance ou fragilité ?
alBaraka Bank a maintenu son Coefficient d’Exploitation à 52,9 % en 2025, se positionnant favorablement face à ses pairs du segment islamique. Cette performance est d’autant plus notable dans un contexte où la loi sur la fin de la sous-traitance a entraîné une explosion des charges salariales chez de nombreuses banques tunisiennes. La singularité d’alBaraka réside précisément dans une décrue de ses charges de personnel.
Trois lectures s’imposent pour comprendre cette anomalie. La banque a peut-être opéré une restructuration préventive avant l’entrée en vigueur de la législation. Mais deux scénarios moins optimistes méritent d’être considérés : un déficit de recrutement en compétences critiques, qui briderait la capacité d’innovation, et un repli commercial corrélé à la baisse des dépôts, signe avant-coureur d’une anémie structurelle.
Le levier digital reste la variable clé. alBaraka dispose d’applications primées, mais la question demeure : l’adoption client est-elle suffisante pour compenser la pression sur la collecte ? Le risque d’un effet de ciseaux — frais généraux stables, PNB sous pression — est réel si la vitrine technologique ne se transforme pas en productivité opérationnelle mesurable.
Gestion du risque : prudente, mais sous surveillance
Le coût du risque s’établit à environ 93 points de base, témoignant d’une gestion prudente du portefeuille de financements. Un niveau encore sous la barre symbolique des 100 bps, mais en hausse cette année en raison des dotations aux provisions. Un signal attendu : toute phase d’expansion du crédit finit par générer un besoin d’assainissement décalé dans le temps.
Dans un environnement macroéconomique tunisien sous tension, le maintien de ce coût en deçà de 100 bps constituera l’un des principaux indicateurs de solidité à surveiller pour les exercices à venir.
Du succès technique à la maturité stratégique
Avec un bénéfice net de 42 millions de dinars et un ROE de 13,7 %, alBaraka Bank incarne le modèle du « Small is Beautiful » dans le secteur bancaire tunisien. Elle délivre une rentabilité attractive pour ses actionnaires, portée davantage par l’effet de levier financier que par une productivité intrinsèque des actifs — son ROA restant en retrait des leaders du marché.
La banque semble désormais au terme d’un cycle de croissance organique facile. Trois défis structurels conditionnent sa trajectoire future : reconquérir le marché des particuliers pour stabiliser son coût des ressources, accélérer la diversification de son PNB vers les commissions de services, et industrialiser réellement l’usage du digital pour en faire un levier de productivité plutôt qu’un argument marketing.
alBaraka Bank se trouve à la croisée des chemins. Son modèle de niche islamique a été un refuge performant sur la dernière décennie. Pour ne pas en faire une limite de croissance, l’institution devra opérer une mue : passer d’une agilité de boutique à une excellence opérationnelle industrielle. Le débat reste ouvert sur sa capacité à maintenir un NIM exceptionnel tout en élargissant son spectre commercial.
CHIFFRES-CLÉS 2025
| Total bilan | 2,6 milliards DT | CAGR 2015-2025 : +5,7 % |
| Encours de financements | 1,68 milliard DT |
| PNB | Triplé en 10 ans |
| Dépôts | -5,3 % en 2025 | Épargne : 25 % du mix |
| Marge de Profit Nette | 5,7 % — plus haute du marché tunisien |
| Part intermédiation / PNB | 73 % |
| Coefficient d’exploitation | 52,9 % |
| Bénéfice net | 42 millions DT |
| ROE | 13,7 % |
| Coût du risque | ~93 points de base |
