Inflation en Tunisie : le taux remonte à 5,5% en avril 2026, porté par l’alimentation et l’habillement

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Après plusieurs mois de reflux, le taux d'inflation accélère à nouveau. Les produits alimentaires frais, la volaille et les vêtements concentrent l'essentiel des pressions à la hausse.

L’indice des prix à la consommation (IPC) publié le 5 juin 2026 par l’Institut National de la Statistique révèle un rebond inattendu de l’inflation en Tunisie : 5,5% en glissement annuel en avril 2026, contre 5,0% en mars. Une remontée tirée par la flambée des prix des fruits, de la volaille et des vêtements, qui vient fragiliser la tendance désinflationniste engagée depuis 2023.

Un rebond qui rompt la tendance baissière

Depuis le pic historique de 10,4% enregistré en 2023, l’inflation tunisienne s’inscrivait dans une trajectoire de décélération. Elle semblait même se stabiliser autour de 4,8% à 5% en début d’année 2026. Mais les données d’avril viennent rompre ce mouvement : en un seul mois, le taux est remonté de 0,5 point, à 5,5%.

L’indice général des prix à la consommation, base 100 en 2015, s’établit désormais à 194,8. En variation mensuelle, les prix ont progressé de +1,1% par rapport à mars — un chiffre significatif qui illustre la rapidité de l’accélération.

Ce signal est d’autant plus préoccupant que le taux d’inflation sous-jacente — qui exclut les prix de l’alimentation et de l’énergie pour mesurer les tensions structurelles — remonte lui aussi à 4,8%, après 4,6% en mars. Cela indique que les pressions inflationnistes ne sont pas uniquement conjoncturelles.

Alimentation : une accélération brutale en un mois

Le principal moteur de cette remontée est sans conteste le groupe « Alimentation et boissons », qui représente 26,2% du panier de consommation des ménages. Sa hausse annuelle passe de +6,8% en mars à +8,2% en avril — une accélération de 1,4 point en trente jours.

Ce sont les produits frais et les protéines animales qui concentrent les hausses les plus sévères. En glissement annuel, les fruits frais ont bondi de +19,2%, la volaille de +16,1%, la viande d’agneau de +16,1%, les légumes frais de +13,5%, la viande bovine de +12% et le poisson frais de +11,9%. Des niveaux qui pèsent directement sur le budget des ménages à revenus modestes, pour lesquels ces produits sont difficilement substituables.

Sur le mois, l’effet est également visible : les légumes frais progressent de +5,6%, la viande d’agneau de +3,5% et les fruits frais de +2,5%. En revanche, deux postes enregistrent une détente : les œufs (-4,5% sur un mois, -4,4% sur un an) et les huiles alimentaires (-6,8% sur un an, +0,2% sur un mois), offrant un répit limité mais réel à certains ménages.

En régime de prix, l’écart entre produits libres et produits encadrés reste saisissant : les produits alimentaires non encadrés progressent de +9,3% sur un an, contre seulement +0,2% pour les produits à prix administrés. La politique de subvention joue un rôle tampon indéniable, mais son coût pour les finances publiques mérite d’être mis en perspective.

Habillement : la fin des soldes amplifie la hausse

Le deuxième facteur explicatif de la remontée de l’inflation est saisonnier : la fin des soldes d’hiver a mécaniquement tiré vers le haut les prix du groupe « Habillement et chaussures ». Ce dernier, qui pèse 7,4% du panier de consommation, affiche une hausse annuelle de +9,3% en avril, contre +7,5% en mars.

En variation mensuelle, l’effet est particulièrement marqué : +5,9% pour les articles d’habillement, +6,8% pour les chaussures et +1,4% pour les accessoires vestimentaires. L’indice du groupe atteint 243,0 — l’un des niveaux les plus élevés de la nomenclature — traduisant une accumulation des hausses depuis 2015.

Transport et énergie : les deux éléments modérateurs

À contre-courant, le groupe « Transports » (12,7% du panier, indice 171,4) apporte une contribution modératrice à l’inflation. Sa hausse annuelle ralentit à +2,2% en avril, contre +2,8% en mars. En variation mensuelle, le groupe affiche même une légère baisse (-0,1%), signe d’une stabilisation des coûts de déplacement.

Le groupe « Logement, eau, gaz et électricité » (19,0% du panier, indice 166,1) reste lui aussi relativement stable, avec une hausse annuelle de +4,1% et une variation mensuelle limitée à +0,3%. L’encadrement tarifaire sur l’énergie domestique continue de préserver le pouvoir d’achat des ménages sur ce poste.

Services et produits manufacturés : les contributeurs structurels

Au-delà de l’alimentation et de l’habillement, ce sont les produits manufacturés et les services qui pèsent le plus lourd dans la structure de l’inflation. Le groupe des produits manufacturés contribue à hauteur de 1,8 point à l’inflation globale de 5,5%, et les services à 1,3 point.

La hausse annuelle des produits manufacturés atteint +4,7%, portée par les produits d’entretien courant du foyer (+4,8%) et, plus fortement, par les articles d’habillement. Pour les services, la hausse globale est de +4,2%, mais avec un segment particulièrement actif : les services d’hébergement (hôtels) ont vu leurs prix s’envoler de +14,6% sur un an — un niveau reflétant à la fois la reprise touristique et les pressions de coûts sur le secteur.

Les « Restaurants et hôtels » (4,6% du panier, indice 239,9) affichent ainsi +6,2% en glissement annuel. L’enseignement (indice 208,8) progresse de +5,5%, les autres biens et services (indice 214,4) de +5,4%.

Les produits libres, principal moteur de l’inflation

L’analyse par régime de prix confirme que la dynamique inflationniste est quasi exclusivement portée par les produits non encadrés. Le groupe « Non alimentaire libre » contribue à hauteur de 2,9 points à l’inflation totale, et le groupe « Alimentaire libre » à 2,4 points — soit 5,3 points sur les 5,5% d’inflation globale. Les produits à prix administrés, en revanche, n’augmentent que de +1,0% sur un an, limitant leur contribution au niveau minimal.

Cette dichotomie illustre un équilibre fragile : les subventions et mécanismes d’encadrement tarifaire contiennent l’inflation visible, mais à un coût budgétaire croissant, dans un contexte où les prix libres continuent de progresser à un rythme soutenu.

Tendance longue : le chemin vers la cible reste semé d’embûches

La trajectoire historique de l’IPC tunisien depuis 2023 illustre une désinflation réelle mais fragile. Le taux est passé de 10,4% à son niveau actuel de 5,5% en l’espace de deux ans et demi — une performance non négligeable, mais qui reste bien au-dessus des niveaux compatibles avec une stabilité durable des prix.

Le rebond d’avril 2026 rappelle que la dernière phase de désinflation est souvent la plus difficile à consolider. Les pressions persistent dans les produits agricoles — structurellement volatils — et dans les services, dont les prix tendent à s’ajuster en dernier ressort. La Banque Centrale de Tunisie et le gouvernement seront attentifs à la trajectoire des prochains mois, notamment à l’approche de la saison estivale, traditionnellement porteuse de tensions supplémentaires sur les prix des services et du tourisme.

Tableau récapitulatif – IPC Tunisie, avril 2026

Groupe Poids (%) Indice Var. annuelle Var. mensuelle
Alimentation & boissons 26,2 219,2 +8,2% +1,4%
Habillement & chaussures 7,4 243,0 +9,3% +5,9%
Logement, énergie 19,0 166,1 +4,1% +0,3%
Transports 12,7 171,4 +2,2% -0,1%
Restaurants & hôtels 4,6 239,9 +6,2% +0,9%
Santé 2,9 170,3 +2,9% +0,1%

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