Le sommet de Pékin entre Xi Jinping et Donald Trump a livré un message sans ambiguïté : derrière les poignées de main et les banquets d’État, la question de Taiwan reste la ligne rouge susceptible de fracturer l’ensemble de la relation sino-américaine.
Réunis jeudi au Grand Palais du Peuple, les deux dirigeants ont engagé des entretiens à hauts risques sur fond de tensions commerciales, de crise iranienne et d’un dossier taïwanais plus inflammable que jamais.
Taiwan, la ligne rouge de Pékin
Selon l’agence officielle Xinhua et la chaîne publique CCTV, Xi Jinping a été direct : si la question de Taiwan était mal gérée, les deux pays risquaient des « heurts, voire des conflits ». En revanche, une bonne gestion du dossier garantirait une « stabilité globale » des relations bilatérales.
Le président chinois a qualifié Taiwan de « question la plus importante dans les relations sino-américaines » — une formulation qui sonne comme un ultimatum diplomatique autant que comme un signal à destination des alliés régionaux de Washington.
L’avertissement contraste avec le ton inhabituellement déférent de Trump, qui a déclaré en public à Xi : « Vous êtes un grand dirigeant. C’est un honneur d’être votre ami. » Le président américain a prédit des relations bilatérales « meilleures que jamais ». Une rhétorique que ses détracteurs à Washington ont aussitôt relevée.
Un sommet orchestré avec faste
L’accueil réservé à Trump à Pékin était à la mesure des enjeux : salve de canon, orchestre militaire, écoliers brandissant fleurs et drapeaux sur le passage des deux dirigeants. La mise en scène, rodée à la perfection, visait à marquer les esprits.
Plus tard dans la journée, les deux chefs d’État ont visité le Temple du Ciel, site du patrimoine mondial de l’UNESCO datant du XVe siècle, avant un banquet d’État. Le sommet devait se prolonger jusqu’au vendredi.
Dans son allocution d’ouverture, Xi a convoqué le concept du « Piège de Thucydide » — cette théorie selon laquelle une puissance montante entre inévitablement en conflit avec la puissance établie — pour poser la question centrale : les deux nations peuvent-elles « forger un nouveau modèle de relations entre grandes puissances » ? « La coopération profite aux deux parties. La confrontation nuit aux deux », a-t-il affirmé.
Commerce, armement et Iran : les dossiers brûlants
Au-delà de Taiwan, trois grands dossiers ont structuré les échanges.
Sur le commerce, la Maison-Blanche laissait entendre que des annonces pourraient intervenir concernant des achats chinois de soja, de bœuf et d’avions américains. Les deux pays avaient conclu une trêve tarifaire l’an dernier ; sa prolongation est désormais en discussion.
Sur l’armement, la tension était palpable. Un groupe bipartisan de sénateurs américains a exhorté la Maison-Blanche à débloquer un package d’armement de 14 milliards de dollars pour Taïwan, actuellement gelé. Washington a approuvé un premier lot de 11 milliards, mais sans amorcer sa livraison — une temporisation que Pékin observe de près.
Sur l’Iran, le secrétaire d’État Marco Rubio a indiqué que les États-Unis feraient pression sur la Chine pour qu’elle use de son influence sur Téhéran. La fermeture effective du détroit d’Ormuz a ajouté une urgence économique et énergétique considérable aux discussions.
La tech dans les coulisses du pouvoir
La délégation américaine était significative. Jensen Huang, PDG de Nvidia, avait été personnellement invité par Trump à bord d’Air Force One. À l’issue de la réunion, il a simplement dit que « M. Xi et le président Trump étaient incroyables ». Elon Musk, également présent, a qualifié la séance de « merveilleuse ».
La présence des patrons de la tech et de la finance dans les coulisses du sommet illustre la dimension économique profonde de cette relation — et les intérêts privés considérables qui se jouent en parallèle des tensions géopolitiques.
Le sommet de Pékin s’inscrit dans une période charnière où les États-Unis et la Chine tentent de stabiliser une relation structurellement conflictuelle. Si la trêve commerciale se prolonge et si les deux parties maintiennent un canal de dialogue sur Taiwan, un équilibre précaire reste possible.
Mais les signaux envoyés par Xi à Trump rappellent que la stabilité stratégique a un prix — et que Pékin entend le fixer lui-même.
