La zone euro sort enfin des gonds avec une croissance résolument à la hausse

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L'économie de la zone euro a enregistré sa plus forte accélération en plus d'un an au cours du premier trimestre 2026, avec une croissance de 0,4% en glissement trimestriel. Cependant, les experts avertissent que le conflit énergétique déclenché par la guerre en Iran pourrait freiner cette dynamique dès le deuxième trimestre, menaçant les gains récents.

Après des trimestres d’enlisement, l’économie européenne connaît un regain de tonus. Selon les estimations nowcast de BNP Paribas publiées le 20 avril, le produit intérieur brut de la zone euro a progressé de 0,4 % en glissement trimestriel au premier trimestre 2026, doublant pratiquement la performance du trimestre précédent (0,2 %). Cette accélération marque le meilleur résultat enregistré depuis plus d’un an — une bouffée d’oxygène pour une économie européenne souvent décrite comme en rade.

Un ressort industriel bienvenu

Ce redynamisme repose essentiellement sur un phénomène longtemps attendu : la reprise du secteur manufacturier. L’indice des directeurs d’achat (PMI) du secteur industriel s’est nettement amélioré, signalant une confiance accrue parmi les responsables de la production. Cette reprise s’observe inégalement selon les grands moteurs de l’Europe.

La France a enregistré une croissance de 0,3 %, marquant un léger progrès par rapport aux 0,2 % du trimestre antérieur. Plusieurs facteurs soutiennent cette dynamique : une demande privée et publique solide, des ventes à l’export qui gagnent du terrain, et des achats dits « de précaution » menés par les ménages anticipant une hausse future des prix. L’Allemagne et l’Italie ont également progressé d’environ 0,3 % chacune, dopées par la demande publique.

L’estimation flash officielle d’Eurostat pour le premier trimestre doit être rendue publique le 30 avril. Plusieurs analystes anticipent une confirmation de ces chiffres ou une légère révision à la hausse.

Le nuage énergétique du second trimestre

Toutefois, cette résurgence économique pourrait s’avérer éphémère. Depuis mars, le conflit en Iran a perturbé les marchés énergétiques mondiaux avec une brutalité inhabituelle. Les prix du gaz naturel ont bondi de 90 %, tandis que les cours du pétrole brut ont grimpé de 60 % — des hausses vertigineuses qui ne laissent aucun doute quant aux répercussions attendues.

Ces chocs énergétiques transparaissent déjà dans les chiffres d’inflation. En mars 2026, l’inflation dans la zone euro a atteint 2,6 % en rythme annuel, une nette accélération par rapport aux 1,9 % de février. Et les prévisions pour le second trimestre sont bien plus sombres : l’inflation devrait grimper à 3,1 % avant de progressivement modérer en fin d’année.

Confrontée à ces signaux alarmants, la Banque centrale européenne a d’ores et déjà révisé à la baisse sa prévision de croissance pour 2026 lors de sa réunion de mars, la ramenant à 0,9 % — une réduction de 0,3 point de pourcentage. Cette correction reflète l’inquiétude grandissante face aux effets du conflit sur les approvisionnements énergétiques, les revenus réels des ménages et la confiance générale.

Christine Lagarde : attention, mais sans panique… pour l’instant

Le 17 avril, la présidente de la BCE, Christine Lagarde, a déclaré que la guerre risquait de peser davantage sur la croissance et de propulser l’inflation au-delà même des projections déjà élevées. Néanmoins, elle n’a pas donné à entendre que des changements significatifs sur les taux directeurs seraient immédiatement envisagés.

Trois jours plus tard, Lagarde a nuancé son diagnostic : selon elle, les effets économiques du conflit n’avaient pas encore atteint l’ampleur décrite dans le scénario adverse de la BCE. En d’autres termes, les prix du gaz naturel restent, pour l’heure, inférieurs aux hypothèses de référence de l’institution.

Cette évaluation a été implicitement soutenue par Alvaro Santos Pereira, membre du Conseil des gouverneurs de la BCE, qui a estimé que « l’ampleur totale des dommages reste encore à se manifester ». Il a appelé la banque centrale à rester attentive aux données entrantes et à se montrer prête à intervenir si les prix s’emballent réellement.

La défense et l’IA : les antidotes potentiels

Face à ces turbulences, les responsables politiques européens ont commencé à identifier des leviers pour amortir les chocs. Deux secteurs se dessinent comme des vecteurs de compensation : les dépenses de défense et l’investissement en intelligence artificielle.

La BCE elle-même a noté dans sa déclaration de mars que les dépenses publiques affectées à la défense et aux infrastructures devraient continuer à soutenir la croissance économique globale. Cette certitude a reçu un appui concret : le 15 avril, la Commission européenne a annoncé qu’elle injecterait 1,07 milliard d’euros dans 57 nouveaux projets du Fonds européen de la défense. Ces projets couvrent un spectre technologique large — intelligence artificielle, cyberdéfense, systèmes de drones — et visent à renforcer l’autonomie stratégique du continent.

Le secteur privé de la défense s’inscrit dans le même mouvement. MBDA, leader européen dans la fabrication de systèmes de missiles et détenu conjointement par BAE Systems, Airbus et Leonardo, a annoncé qu’elle plus que doublerait ses investissements industriels, les portant à 5 milliards d’euros sur la période 2026–2030. Ce schéma d’expansion massif traduit une confiance croissante dans la demande de systèmes d’armes sophistiquées.

Le vrai enjeu : compensation ou déclin ?

La question centrale qui occupe économistes et décideurs reste sans réponse définitive : la dynamique favorable incarnée par la défense et l’innovation technologique parviendra-t-elle à compenser le frein immédiat que représente le choc énergétique lié au conflit iranien ?

Pour l’heure, la zone euro bénéficie d’un sursis. Mais le second trimestre 2026 s’annonce décisif.

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