Taxe carbone aux frontières de l’UE (MACF) : 75,36 €/tonne pour le 1er trimestre 2026

Date:

L'Union européenne vient de rendre publique la toute première valeur officielle de sa taxe carbone aux frontières : 75,36 euros par tonne de CO2 pour le premier trimestre 2026. Un signal fort, mais une mise en œuvre encore progressive, dans un contexte énergétique et géopolitique sous haute tension.

La Commission européenne a franchi un cap historique mardi en publiant le tout premier prix officiel de son mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) : 75,36 euros par tonne de CO₂, soit environ 87 dollars, pour le premier trimestre 2026. Une étape symbolique autant que stratégique dans la politique climatique de l’Union.

Un mécanisme conçu pour égaliser les règles du jeu

Le MACF repose sur un principe simple : les importateurs de marchandises à forte intensité carbone entrant sur le marché européen doivent payer pour les émissions incorporées dans leurs produits, au même titre que les industriels européens soumis au système d’échange de quotas d’émission (SEQE-UE). L’objectif est double — mettre fin aux distorsions de concurrence et prévenir les « fuites de carbone », c’est-à-dire la délocalisation de la production vers des pays aux standards climatiques moins exigeants.

Le premier prix a été calculé sur la base de la moyenne trimestrielle des prix d’adjudication du SEQE-UE. À partir de 2027, ce calcul sera réalisé chaque semaine. Pour l’heure, la Commission publiera quatre prix trimestriels en 2026, le prochain étant attendu le 6 juillet.

Six secteurs dans le viseur, une montée en charge progressive

Le mécanisme s’applique à six filières industrielles jugées particulièrement exposées : l’aluminium, le ciment, l’acier, l’électricité, l’hydrogène et les engrais. Les importateurs concernés devront commencer à acheter des certificats MACF en février 2027 pour couvrir leurs importations de l’année en cours, avant de soumettre leurs premières déclarations annuelles avant septembre 2027.

La montée en charge est toutefois progressive. En 2026, seuls 2,5 % des émissions dépassant les valeurs de référence par produit sont effectivement taxés. Ce taux augmentera graduellement pour atteindre 100 % d’ici à 2034. Les petites entreprises important moins de 50 tonnes de marchandises soumises au dispositif par an restent exemptées.

Des tensions politiques autour des engrais

Le lancement du MACF n’a pas été sans résistances. La France, l’Italie et la Croatie ont plaidé pour une suspension des obligations liées aux engrais, arguant que le mécanisme aggrave les pressions sur les coûts agricoles dans un contexte de flambée des prix de l’énergie. La Commission a répondu en février en suspendant pendant un an les droits de douane de la nation la plus favorisée sur les importations d’urée et d’ammoniac — une mesure censée compenser, au global, l’impact du MACF sur le secteur.

Le groupe de réflexion Bruegel a néanmoins tempéré ces concessions : une exemption des engrais n’apporterait qu’un soulagement marginal sur les prix, tout en affaiblissant la crédibilité de l’ensemble du dispositif.

Un contexte énergétique qui complique l’équation

Le débat autour du MACF s’inscrit dans un contexte macroéconomique tendu. La guerre en Iran a provoqué une forte hausse des prix de l’énergie sur le Vieux Continent. Selon Oxford Economics, les prix de référence européens du gaz devraient dépasser de 61 % leurs niveaux d’avant le conflit au deuxième trimestre 2026. Ce choc pèse directement sur les industries à forte consommation d’énergie — à commencer par la chimie — et conduit le même cabinet à revoir à la baisse ses prévisions de consommation en zone euro, désormais attendue à +0,9 % pour l’année.

Les marchés carbones eux-mêmes ont connu une volatilité inhabituelle. Les prix des permis SEQE-UE sont retombés à environ 65 euros la tonne mi-mars, après des signaux d’intervention envoyés par des législateurs européens, avant de se redresser. Le Forum économique mondial avait évoqué en février la possibilité d’un franchissement historique du seuil des 100 euros la tonne — une perspective depuis brouillée par la crise énergétique.

Ce que le prochain trimestre dira

L’UE se trouve à un moment charnière : maintenir l’ambition climatique de son architecture carbone tout en absorbant le choc des coûts énergétiques. Le prix trimestriel du MACF attendu le 6 juillet constituera un premier baromètre de la capacité du marché à digérer ces tensions contradictoires, et un test pour la cohérence de la politique climatique européenne dans la durée.

Partager l'article:

Articles Recents

S'abonner

VIDÉOS SPONSORISÉES
VIDÉOS SPONSORISÉES

00:00:30

OPPO Reno12 : L’Alliance Parfaite entre Design, Intelligence Artificielle et Performance

Les séries Reno12 d'OPPO marquent une avancée significative dans le domaine de la photographie mobile grâce à l'intégration poussée de l'intelligence artificielle.
00:02:15

Abdelaziz Makhloufi, PDG de Cho Group, met en lumière l’excellence de l’huile d’olive tunisienne sur BFM Business

Fort de son expertise reconnue dans le secteur oléicole, Abdelaziz Makhloufi, Président-directeur général du groupe Cho, a saisi l'opportunité de l'émission BFM Business pour promouvoir l'huile d'olive tunisienne à l'échelle internationale.
00:00:32

Lancement du nouveau Huawei Nova Y61

Huawei Consumer Business Group annonce le lancement du HUAWEI nova Y61, le plus récent smartphone de la série HUAWEI nova Y.

CONTENUS SPONSORISÉS
CONTENUS SPONSORISÉS

BRICS vs G7 : les puissances émergentes dépassent l’Occident en PIB mondial

Les BRICS élargis dépassent 40 % du PIB mondial en PPA, loin devant le G7. Portée par la Chine et l'Inde, la dynamique de croissance accentue ce rééquilibrage économique mondial.

Réserves d’or : la Banque centrale des Pays-Bas rapatrie 86 tonnes vers Londres face aux tensions géopolitiques

La DNB a réorganisé la répartition géographique de ses 612,4 tonnes d'or, renforçant la part détenue à Londres à 32,1 %. Objectif affiché : améliorer sa capacité de réaction financière en cas de crise majeure.

Le fonds souverain norvégien prêt à céder jusqu’à 100 milliards d’euros de dette d’État

Le fonds souverain norvégien, fort de 2 300 milliards de dollars d'actifs, veut réduire son exposition aux emprunts d'État, notamment américains, au profit d'actifs plus diversifiés comme les titres adossés à des créances hypothécaires.

POESAM 2026 : Orange Tunisie et le PNUD couronnent CHITELIX et primes l’entrepreneuriat féminin

156 candidatures, six finalistes, trois lauréats : CHITELIX, PigmentOCO et HandiSuccess International représenteront la Tunisie à la finale internationale du POESAM et concourront pour des dotations allant jusqu'à 25 000 euros.

A lire également
A lire également

Réserves d’or : la Banque centrale des Pays-Bas rapatrie 86 tonnes vers Londres face aux tensions géopolitiques

La DNB a réorganisé la répartition géographique de ses 612,4 tonnes d'or, renforçant la part détenue à Londres à 32,1 %. Objectif affiché : améliorer sa capacité de réaction financière en cas de crise majeure.

Le fonds souverain norvégien prêt à céder jusqu’à 100 milliards d’euros de dette d’État

Le fonds souverain norvégien, fort de 2 300 milliards de dollars d'actifs, veut réduire son exposition aux emprunts d'État, notamment américains, au profit d'actifs plus diversifiés comme les titres adossés à des créances hypothécaires.

Euro numérique : l’UE accélère vers l’indépendance face à Visa et Mastercard

L'UE négocie les derniers arbitrages de l'euro numérique, un projet de souveraineté monétaire visant à réduire la dépendance du continent à Visa et Mastercard, avec un déploiement grand public visé pour 2029.

La BCE alerte sur un choc de confiance inédit pour la consommation en zone euro

La BCE constate qu'en zone euro, la chute de la consommation observée en avril tient moins à l'inflation qu'à un recul de la confiance des ménages, un phénomène déjà observé lors du choc ukrainien de 2022.

La production industrielle de la zone euro au plus haut depuis 4 ans et demi, mais sur des bases fragiles

Le PMI manufacturier de la zone euro grimpe à 51,9 en juillet, son plus haut niveau depuis quatre ans et demi. Mais les usines tournent grâce aux vieux carnets de commandes, pas à une demande nouvelle, alerte S&P Global.

France-Allemagne : la même croissance au T2, deux économies qui n’ont rien en commun

0,2 % partout, mais rien de commun : la France doit son rebond à ses ménages et à l'aéronautique, l'Allemagne à ses seules exportations. Le détail des chiffres INSEE et Destatis révèle deux économies en réalité très éloignées.

Europe-Golfe : la nouvelle donne géopolitique au-delà du pétrole

Fonds souverains, droit de veto industriel, infrastructures critiques cédées, diplomatie du sport : comment le Golfe transforme sa puissance financière en influence structurelle sur l'Europe.

Dette publique en Europe : le FMI redoute une trajectoire « explosive » d’ici 2040

Selon le FMI, la dette publique en Europe pourrait doubler d'ici 2040 pour atteindre 130 % du PIB. Royaume-Uni, France et Belgique sont particulièrement exposés à cette trajectoire budgétaire jugée insoutenable.