Une crise budgétaire sans précédent
La Russie fait face à une crise budgétaire d’une ampleur inédite. Le déficit du budget fédéral a explosé à 4 600 milliards de roubles — soit environ 58,8 milliards de dollars — rien qu’au cours du premier trimestre 2026. Ce chiffre dépasse déjà le déficit de 3 800 milliards annoncé pour l’année entière, selon les données officielles du ministère des Finances russe.
Cette dégradation reflète une réalité économique brutale : les recettes pétrolières et gazières, traditionnellement le moteur des finances russes, se sont effondrées de 45 % en glissement annuel. Parallèlement, les dépenses publiques ont bondi de 17 %, largement alimentées par les obligations militaires liées à la guerre en Ukraine.
La Banque de Russie vend de l’or pour la première fois en 20 ans
Pour combler partiellement ce vide budgétaire, la Banque de Russie a eu recours à une mesure d’urgence : la vente d’or. Depuis janvier 2026, environ 700 000 onces troy — soit quelque 22 tonnes métriques — ont été vendues, marquant les premières liquidations soutenues depuis plus de deux décennies.
Au 1ᵉʳ avril, les réserves d’or russes avaient diminué à 74,1 millions d’onces troy, contre 74,8 millions en début d’année. Ces ventes, officiellement conduites par le Fonds national de prospérité, illustrent l’urgence avec laquelle Moscou tente de stabiliser ses finances.
Poutine admet les difficultés, mais promet des ajustements
Le 16 avril, le président Vladimir Poutine a fait une déclaration rare : reconnaître publiquement les difficultés économiques du pays. Lors d’une réunion télévisée avec de hauts responsables, il a confirmé que le PIB avait reculé de 1,8 % en janvier et février par rapport à la même période en 2025. La production manufacturière, la production industrielle et la construction se contractaient toutes.
« La trajectoire des indicateurs macroéconomiques est actuellement en deçà des prévisions — en deçà des attentes non seulement des experts, mais aussi de nos propres prévisions », a déclaré Poutine, selon Bloomberg.
Quelques jours après cet aveu, le Kremlin a signé un décret pour soulager immédiatement les entreprises : les importateurs peuvent désormais différer le paiement de la TVA jusqu’à trois mois sans intérêts. Cette mesure vise directement les difficultés de trésorerie causées par le nouveau taux de TVA de 22 %, entré en vigueur en janvier 2026.
Les services de renseignement occidentaux pensent que c’est bien pire
La version officielle russe masque probablement une réalité bien plus sombre. Thomas Nilsson, chef du Service suédois de renseignement militaire et de sécurité, a déclaré au Financial Times que la Russie manipule systématiquement ses données économiques pour persuader l’Occident que son économie a résisté aux sanctions et aux dépenses de guerre.
Selon Nilsson, l’inflation réelle serait « probablement plus proche de 15 % que des 5,86 % officiels ». Plus inquiétant encore, la Suède souscrit à l’évaluation du BND (service de renseignement allemand), selon lequel Moscou sous-estime son déficit budgétaire de 30 milliards de dollars supplémentaires.
Pour équilibrer ne serait-ce que le déficit officiel, Nilsson estime que la Russie aurait besoin que le brut Oural reste au-dessus de 100 dollars le baril pendant une année entière — une hypothèse fragile dans un contexte géopolitique instable. « L’économie russe ne peut s’engager que dans l’un de deux scénarios : le déclin à long terme ou le choc », a-t-il averti.
Des perspectives assombries pour l’année à venir
Les prévisions pour 2026 se dégradent régulièrement. La plupart des analystes anticipent une croissance du PIB de 1 % ou moins cette année, en repli de plus de 50 % par rapport aux estimations précédentes. La Banque mondiale a revu sa prévision à la baisse, l’établissant à 0,8 % seulement.
L’investissement privé continue de reculer : après une chute de 2,3 % en 2025, les entreprises réduisent leurs dépenses en capital. Le climat des affaires, mesuré par l’indicateur de la Banque centrale russe, est passé sous zéro en février — un signal d’alerte majeur. Les bénéfices des entreprises subissent une pression croissante, écrasés par des taux d’intérêt qui demeurent à des niveaux élevés, freinant ainsi toute relance endogène.
