Crise financière et budgétaire sur fond de surendettement – Sortir d’une spirale infernale !

Alors que les pays “avancés” sont au stade de la reprise économique sur fond de la crise engendrée par la pandémie de Covid, une reprise qualifiée de “difficile” par le Fonds monétaire international (FMI), selon ses dernières prévisions publiées le 12 du mois courant, pour les pays à bas revenu, l’horizon s’est “assombri”. Les taux de croissance de ces derniers stagnent avec une courbe qui tend plutôt vers la baisse : -0,6% depuis juillet, alors qu’entre 65 et 75 millions des habitants des pays à bas revenu devraient tomber dans l’extrême pauvreté cette année…

Un tableau sombre. Idem pour les finances de la Tunisie, avec notamment une dette extérieure qui s’est élevée à 41,038 milliards de dollars en 2020. Un record! Même si l’on peut l’expliquer par la crise sanitaire et les besoins qui en découlent outre ceux budgétaires, la sortie de ce gouffre financier intrigue tous les acteurs économiques du pays, alors qu’on s’attend à voir élaborer la Loi de finances complémentaire pour clore l’année en cours et celle de l’année prochaine. Un vrai casse-tête et un premier grand chantier pour la nouvelle équipe gouvernementale…

Le temps de savoir négocier Le temps n’est pas peut-être propice pour parler des chantiers de réformes, notamment du secteur bancaire ; il l’est pourtant pour ce qui est de la bonne gouvernance des ressources financières de l’Etat, mais pour relancer les discussions avec notre première destination et partenaire obligé du financement du budget et autres, en l’occurrence le groupe Banque mondiale, la Tunisie n’a pas le choix et doit se doter et dans les délais les plus brefs d’un plan de réformes sérieux et répondant aux attentes de la BM et de ses principaux partenaires derrière. Bien évidemment, il est temps de former une équipe de négociateurs chevronnés mais aussi dont on a confiance auprès des instances financières internationales. On n’a plus droit à l’erreur à un temps où la sortie sur le marché international serait la plus périlleuse des options.

Aussi et surtout, il est temps de concrétiser les promesses d’aide des pays amis et frères et l’on croit que le Président Kaïs Saïed avait déjà entamé ses pourparlers avec certains pays et amis de la Tunisie dans ce sens. Un soutien qui tomberait à temps si certaines promesses d’annulation de la dette des pays les plus fragiles, dont la Tunisie semble évidemment faire partie, étaient honorées.

Mais comme le font remarquer plusieurs pays amis, il n’y a aucun suivi à cette politique d’annulation de la dette même si des voix l’avaient portée au plus haut niveau au sein de leurs sénats et autres parlements et gouvernements depuis 2011. Il était question de “soutenir la transition démocratique” ou de “soutenir le développement économique et le renforcement de la cohésion sociale en Tunisie”, à l’image de ce qui a été énoncé au sénat belge. Et pour ce faire, on reprend l’idée de former une équipe ad hoc d’experts négociateurs capables de convaincre nos partenaires et amis du sérieux de notre Etat et de sa détermination à poursuivre cette transition démocratique qui a été grippée par un statu quo politique infertile d’avant le 25 juillet.

Il y a une image à promouvoir, celle d’une Tunisie qui s’accroche à ses ambitions de rebondir et à un sursaut économique et sociétal, ce qui la remettrait de nouveau sur la carte des investissements extérieurs. Le temps est pour l’affichage des ambitions mais aussi pour l’élaboration d’un schéma sérieux des réformes à entretenir, notamment pour les secteurs piliers de toute démocratie en un temps d’open-gov et d’économie numérique. Là on pourra promouvoir les atouts d’une Tunisie nouvelle loin des tiraillements politiques qu’on a vus pousser certains à aller solliciter des interventions extérieures pour freiner la machine de tout un pays.

Et si l’on demande du secteur bancaire d’être solidaire en ces temps difficiles, on doit le demander aussi à tout politique et décideur patriote. “La démocratie est parfois compliquée”, comme nous l’a dit un ami de la Tunisie, un très haut responsable américain des Affaires étrangères,(ici même sur les colonnes de La Presse pour commenter le blocage politique dès lors attendu au niveau du Parlement avant même son élection), cependant il faut faire la part des choses entre défendre les principes de la démocratie et nuire à son pays, notamment en temps de grandes difficultés…

Nizar HAJBI

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