Le cash, roi des paiements en Tunisie malgré la réforme des chèques : Une étude de l’IACE révèle les défis de la transition

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Malgré la réforme entrée en vigueur en février 2025, les Tunisiens continuent de privilégier les paiements en espèces (47 %). Une enquête de l’IACE révèle les effets différenciés de cette mesure, entre bouleversement des habitudes, frein à la consommation et exclusion financière.

Le règne persistant de l’argent liquide et les défis de la réforme des chèques en Tunisie

Malgré l’entrée en vigueur, le 2 février 2025, d’une nouvelle réglementation encadrant l’utilisation des chèques en Tunisie, l’argent liquide continue de dominer les transactions. Une enquête récente de l’Institut Arabe des Chefs d’Entreprises (IACE), publiée le 27 mai, révèle que 47 % des répondants continuent de privilégier les paiements en espèces. Ce chiffre est significativement plus élevé que pour les autres modes de paiement, soulignant une forte inertie dans les habitudes des consommateurs et le rôle central du cash dans l’économie tunisienne quotidienne, même après une réforme majeure visant à moderniser les pratiques de paiement.

Une adoption timide du nouveau chèque et une réorganisation des paiements scripturaux

L’enquête de l’IACE met en lumière un bouleversement dans le paysage des paiements scripturaux. Les virements bancaires et les lettres de change se partagent désormais la deuxième place, représentant chacun 16 % des préférences. La carte bancaire se positionne juste derrière avec 14 %, tandis que le nouveau chèque ne capte que 7 % des utilisateurs. La domiciliation, quant à elle, reste marginale avec un infime 0,4 %. Ces chiffres illustrent une adaptation partielle et forcée des usagers, qui se tournent vers d’autres instruments face à la complexité perçue du nouveau dispositif de chèque.

Les obstacles à l’adoption du nouveau chèque : un enjeu pédagogique crucial

Menée auprès de 1 100 utilisateurs réguliers de chèques, majoritairement âgés de 30 à 50 ans et percevant des revenus mensuels entre 1 000 et 3 000 dinars (61 %), l’enquête de l’IACE révèle une adoption marginale du nouveau chèque. Ce faible taux d’adoption (7 %) témoigne non seulement de la complexité de la réforme, mais aussi d’un manque de communication efficace auprès du public. L’IACE insiste sur la nécessité d’un accompagnement pédagogique renforcé, d’une simplification des procédures et de la mise en place d’incitations concrètes pour faciliter l’appropriation de ce nouveau mode de paiement. De plus, l’absence quasi totale de domiciliation (0,4 %) révèle une faible culture de l’automatisation des paiements, malgré les avantages avérés en termes de régularité et de traçabilité.

Un impact tangible sur la consommation et les classes moyennes tunisiennes

La réforme des chèques n’a pas seulement modifié les habitudes de paiement ; elle a également eu un impact notable sur le comportement des consommateurs. Près de 47 % des répondants déclarent avoir rencontré « parfois » des difficultés pour effectuer des paiements depuis la mise en œuvre du nouveau cadre, et seulement 27 % n’ont rencontré aucun problème. Plus préoccupant encore, 29 % des personnes interrogées affirment avoir renoncé ou reporté un achat prévu, un « effet dissuasif non négligeable » selon l’IACE.

Cet impact est particulièrement ressenti par les classes moyennes. Parmi les individus aux revenus mensuels de 1 000 à 3 000 dinars, un impressionnant 88 % ont déclaré avoir dû renoncer à un achat. Ces consommateurs, souvent dépendants du paiement différé par chèque, apparaissent comme les plus vulnérables face à cette réforme. Même les foyers plus aisés ne sont pas épargnés, avec 43 % d’entre eux exprimant une réticence à consommer. Des secteurs clés comme l’électroménager, l’ameublement ou les soins médicaux, qui bénéficiaient historiquement des paiements échelonnés, risquent ainsi de subir une baisse significative de la demande.

Vers une transition numérique contrastée des paiements en Tunisie

Malgré les difficultés actuelles, l’enquête de l’IACE révèle des signes encourageants d’une transition vers les moyens de paiement numériques. Pour leurs paiements futurs, 58 % des répondants se tournent vers les paiements par téléphone mobile, témoignant d’un attrait croissant pour les solutions digitales. La carte à débit différé séduit également 34 % des consommateurs, qui la perçoivent comme un compromis entre flexibilité et contrôle budgétaire. En revanche, un très faible 2 % des sondés expriment le désir de revenir à l’ancien chèque, confirmant un désintérêt généralisé pour ce mode de paiement dans sa forme traditionnelle.

L’appel de l’IACE pour une réforme inclusive et progressive des paiements

L’IACE qualifie cette transition de « rapide » mais « contrastée ». Si une partie des consommateurs s’adapte aux nouvelles réglementations, une autre semble en difficulté, risquant une exclusion temporaire de certaines pratiques économiques. L’Institut appelle à une révision plus large de la réglementation sur les moyens de paiement, qui intégrerait les innovations technologiques et les standards internationaux. Il souligne également l’importance des politiques d’inclusion numérique, des campagnes de sensibilisation et de la mise en place de dispositifs transitoires adaptés pour éviter toute marginalisation économique. Enfin, l’IACE recommande un suivi continu de l’évolution des usages sur le moyen et long terme afin d’évaluer pleinement les effets de la réforme sur l’économie et la société tunisiennes.

Comment la Tunisie peut-elle accélérer l’adoption des paiements numériques tout en assurant l’inclusion de tous les segments de la population ?

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