Une nouvelle étape dans la modernisation fiscale tunisienne
La Tunisie poursuit la transformation numérique de son administration fiscale. Avec l’article 53 de la Loi de Finances 2026 et la Note Commune n°02/2026, l’État étend officiellement l’obligation de facturation électronique à l’ensemble des prestations de services. Cette évolution s’inscrit dans la continuité du décret gouvernemental n°2016-1066, qui avait posé les bases juridiques du dispositif.
L’objectif est double : mieux tracer les flux économiques et intégrer les transactions dans un système numérique centralisé, connecté à Tunisie TradeNet (TTN), désormais au cœur du processus de validation des factures.
Tous les prestataires de services désormais concernés
Jusqu’à présent, la facturation électronique touchait surtout certains secteurs ciblés. À compter du 1er janvier 2026, elle devient obligatoire pour toute activité de services, même lorsqu’il s’agit d’une activité exercée à titre accessoire.
Sont notamment visés :
les prestataires de services, les professions libérales relevant des BNC (médecins, avocats, architectes, experts-comptables, etc.) ainsi que les entreprises commerciales qui facturent des services liés à leur activité principale, comme l’installation ou la maintenance.
Cette généralisation marque un changement d’échelle important, en intégrant un volume d’opérations jusque-là souvent traité hors du circuit numérique fiscal.
Comment fonctionne concrètement la facture électronique ?
Le système repose sur un circuit entièrement digitalisé via Tunisie TradeNet. Chaque facture suit un parcours précis : elle est émise par le fournisseur, transmise au système central, certifiée, puis dotée d’un cachet électronique avant qu’une copie numérique certifiée ne soit envoyée au client.
Pour intégrer ce dispositif, les entreprises doivent obtenir un certificat d’adhésion.
Une facture conforme doit comporter l’ensemble des mentions obligatoires :
identifiants fiscaux du fournisseur et du client, date, numérotation séquentielle, description du service, prix hors taxe, taux et montant de la TVA, ainsi qu’une référence unique TTN. Le cachet électronique remplace à la fois le timbre fiscal physique et la signature manuscrite.
Un impact direct sur la déduction de la TVA
La réforme simplifie également les règles de preuve en matière de TVA. Conformément aux articles 9 et 18 du Code de la TVA, une facture électronique validée par le système central devient suffisante pour exercer le droit à déduction.
Autrement dit, lorsque la facture est correctement enregistrée dans le système électronique, la conservation d’un support papier n’est plus nécessaire pour justifier la déduction de la taxe.
Des sanctions financières dissuasives
Le législateur a prévu des pénalités claires pour garantir l’application de la mesure. En cas de non-respect, l’article 53 de la Loi de Finances 2026 et l’article 4 de la Note Commune prévoient :
- une amende de 500 dinars par facture émise en format papier au lieu du format électronique ;
- la même amende pour toute facture électronique jugée non conforme ou incomplète ;
- un plafond de 50 000 dinars d’amendes par contrôle fiscal.
Ces montants traduisent la volonté des autorités d’ancrer durablement la facturation électronique dans les pratiques des entreprises et des professionnels.
Une réforme structurante pour l’économie formelle
L’entrée en vigueur au 1er janvier 2026 ne correspond pas à la création d’un nouveau système, mais à l’extension d’un dispositif déjà opérationnel. L’enjeu dépasse la simple modernisation administrative : il s’agit de renforcer la transparence, de lutter contre l’économie informelle et d’améliorer la fiabilité des données fiscales.
En centralisant les factures de services au sein de Tunisie TradeNet, l’administration se dote d’un outil de suivi en temps réel, tandis que les entreprises bénéficient d’un cadre plus clair et sécurisé pour leurs obligations fiscales.
