L’euro face au choc énergétique : pourquoi la monnaie unique décroche sous les 1,15 $

Date:

La monnaie unique européenne traverse une zone de fortes turbulences. Entre l'escalade des tensions au Moyen-Orient et le blocage du détroit d'Ormuz, l'euro dégringole face au dollar, ravivant les spectres énergétiques de 2022. Voici pourquoi le marché craint un retour vers la parité.

Le réveil est brutal pour la zone euro. Ce lundi 9 mars 2026, la monnaie unique a entamé une glissade dangereuse, flirtant avec ses plus bas niveaux depuis l’été dernier. Alors que le conflit au Moyen-Orient s’intensifie, c’est toute la fragilité du modèle énergétique européen qui remonte à la surface. Sur les marchés asiatiques, la paire EUR/USD s’échangeait péniblement autour de 1,1520, avec une perte sèche de 2 % en une semaine. Pour les chartistes, le signal est clair : le prochain filet de sécurité se situe à 1,1468, un seuil technique qui n’avait pas été revisité depuis sept mois.

Le détroit d’Ormuz, nouveau goulot d’étranglement mondial

L’explication de cette méforme ne se trouve pas dans les chiffres de croissance, mais dans la géopolitique pure. La fermeture de facto du détroit d’Ormuz a amputé le marché mondial de près de 20 % de ses approvisionnements en gaz naturel liquéfié (GNL).

Le point de rupture a été atteint lorsque le Qatar a suspendu les opérations de son gigantesque complexe de Ras Laffan. Avec une capacité de 77 millions de tonnes par an, cette infrastructure est le poumon gazier de l’Europe. En invoquant la « force majeure », Doha a gelé ses exportations, et les experts de Reuters estiment qu’un retour à la normale prendra au moins un mois après la fin des hostilités. À titre d’exemple, un méthanier chargé le 5 mars dernier est toujours immobilisé, incapable de franchir le détroit sous les tirs.

Un choc thermique sur les prix du gaz

La sanction sur les marchés de l’énergie a été immédiate. Rien que ce lundi, les contrats à terme sur le gaz européen (indice TTF) ont bondi de 20 % pour atteindre 64 € par mégawattheure. C’est leur plus haut niveau en trois ans. Pour rappel, avant le début de l’opération contre l’Iran le 28 février, le gaz se négociait encore sous la barre des 32 €/MWh.

Comme le souligne George Saravelos de la Deutsche Bank, ce choc agit comme une véritable « taxe directe » sur les ménages et entreprises européens. Le problème est structurel : l’Europe doit payer son énergie en dollars américains, ce qui crée un cercle vicieux mécanique qui pèse sur l’euro.

La BCE prise au piège de la stagflation

Habituellement, une perspective de hausse des taux d’intérêt soutient une devise. Ce n’est pas le cas aujourd’hui. Bien que Bloomberg rapporte que les traders anticipent désormais deux hausses de 25 points de base de la part de la Banque Centrale Européenne (BCE) cette année, l’euro ne rebondit pas.

Pourquoi ? Parce que le marché interprète ce durcissement comme une réaction désespérée face à la stagflation. La BCE pourrait être contrainte de relever ses taux pour freiner une inflation importée, au risque d’étouffer une croissance déjà chancelante. Dans ce contexte, Morgan Stanley a même cessé de tabler sur des baisses de taux, tandis qu’ING prévient que le support des 1,1500 reste extrêmement fragile tant que la facture énergétique ne baisse pas.

Le spectre de 2022 plane à nouveau

Pour de nombreux analystes, l’ambiance actuelle rappelle étrangement l’invasion de l’Ukraine en 2022. À l’époque, l’euro avait fini par briser la parité avec le billet vert. Si MUFG Research avait initialement prévu un cours à 1,1500 pour la fin du trimestre, la banque avertit désormais que les risques baissiers s’accentuent.

Les scénarios les plus sombres évoqués par XS.com ou Morgan Stanley suggèrent une glissade possible vers 1,13, voire un retour à la parité si les infrastructures énergétiques subissaient des dommages permanents. Pour l’heure, l’optimisme est rare : les marchés de prédiction ne donnent plus que 24 % de chances à une fin du conflit d’ici fin mars. Plus le blocage d’Ormuz durera, plus la monnaie unique s’enfoncera dans l’incertitude.

Partager l'article:

Articles Recents

S'abonner

VIDÉOS SPONSORISÉES
VIDÉOS SPONSORISÉES

00:00:30

OPPO Reno12 : L’Alliance Parfaite entre Design, Intelligence Artificielle et Performance

Les séries Reno12 d'OPPO marquent une avancée significative dans le domaine de la photographie mobile grâce à l'intégration poussée de l'intelligence artificielle.
00:02:15

Abdelaziz Makhloufi, PDG de Cho Group, met en lumière l’excellence de l’huile d’olive tunisienne sur BFM Business

Fort de son expertise reconnue dans le secteur oléicole, Abdelaziz Makhloufi, Président-directeur général du groupe Cho, a saisi l'opportunité de l'émission BFM Business pour promouvoir l'huile d'olive tunisienne à l'échelle internationale.
00:00:32

Lancement du nouveau Huawei Nova Y61

Huawei Consumer Business Group annonce le lancement du HUAWEI nova Y61, le plus récent smartphone de la série HUAWEI nova Y.

CONTENUS SPONSORISÉS
CONTENUS SPONSORISÉS

Entrepreneuriat durable en Méditerranée du Sud : Tunis fédère les acteurs régionaux autour d’un Manifeste pour la transition verte

À l’issue d’une conférence internationale à Tunis, les acteurs de l’entrepreneuriat durable en Méditerranée du Sud ont adopté un Manifeste structurant autour de dix axes clés pour accélérer la transition vers l’économie verte et circulaire.

Ramadan : Un Mois Propice pour rompre avec la cigarette

Le mois sacré de Ramadan offre une opportunité unique pour ceux qui désirent se libérer de l'emprise de la cigarette.

OPPO A78, le nouveau smartphone bientôt en Tunisie

OPPO, la marque leader sur le marché mondial des appareils connectés, vient d’annoncer l’arrivée sur le marché tunisien de son dernier smartphone A78, à partir du 1er septembre 2023.
00:03:27

OPPO Tunisie lance les nouveaux smartphones Reno8 T 4G, Reno8 T 5G, un design élégant et une fluidité totale

OPPO vient d’annoncer le lancement, en Tunisie, de ses derniers modèles de smartphones de la série Reno, les nouveaux Reno8 T et Reno8 T 5G, avec une offre spéciale durant tout le mois de mars 2023.

A lire également
A lire également

EY mars 2026 : croissance zone euro à 1,3 %, accord UE-Inde et risques géopolitiques au cœur des prévisions

Selon EY, les droits de douane américains amputeront de 0,5 point la croissance du PIB de l'UE en 2026. L'accord UE-Inde, conclu en janvier 2026, aura un impact macroéconomique « négligeable » mais des effets sectoriels contrastés, notamment dans le textile et les minéraux.

Choc pétrolier en Iran : les réserves de change asiatiques fondent sous la pression du dollar

Chine, Inde, Taïwan, Malaisie : les réserves de change asiatiques se sont effondrées en mars 2026 sous l'effet du choc pétrolier lié à la fermeture du détroit d'Ormuz et à la hausse du dollar provoquée par la guerre en Iran.

Le FMI tranche : les droits de douane ne réduisent pas les déficits commerciaux

Selon le FMI, les droits de douane permanents sont neutralisés par une appréciation du taux de change réel. Résultat : aucun effet fiable sur la balance courante. Seul un rééquilibrage macroéconomique coordonné entre grandes économies peut corriger durablement les déséquilibres mondiaux.

BYD vise 1,5 million d’exports en 2026 : la guerre en Iran booste la demande mondiale de véhicules électriques

La guerre en Iran pousse les pays asiatiques à accélérer leur transition énergétique. BYD vise 1,5 million d'exports en 2026, tandis que Corée du Sud, Indonésie et Vietnam renforcent leur stratégie renouvelables.

Relations UE–États-Unis : guerre en Iran, choc énergétique et tensions tarifaires fragilisent le partenariat transatlantique

Les prix du gaz TTF ont presque doublé depuis le début du conflit iranien. La BCE alerte sur un risque de récession en Allemagne et en Italie. Washington, lui, reste protégé par sa propre production énergétique.

Pendant que Washington combat l’Iran, la Russie et la Chine engrangent les gains

La Russie bénéficie d'une levée partielle des sanctions pétrolières, tandis que la Chine négocie un accès privilégié au détroit d'Ormuz. Les deux puissances sont soupçonnées d'avoir fourni des renseignements à l'Iran avant l'attaque du 27 mars.

Dossier : Pourquoi l’or s’effondre-t-il malgré les tensions en Iran ?

L'or au comptant est repassé sous la barre des 4 320 $ l'once, marquant une chute de 14 % depuis le début du conflit armé le 28 février. Un paradoxe financier qui s'explique par un débouclage massif de positions "crowded" et la résilience du dollar.

Chine : un début d’année 2026 plus solide que prévu pour l’économie

La production industrielle chinoise a bondi de 6,3 % sur un an en janvier-février 2026, contre 5,2 % en décembre, portée par une demande d'exportation robuste et des signaux positifs dans le secteur manufacturier.