Une banque peut afficher un produit net bancaire en hausse et voir, dans le même temps, son activité s’éroder. C’est ce que montrent les indicateurs de l’Arab Tunisian Bank pour les neuf premiers mois de 2026. Derrière un chiffre de tête flatteur, les crédits, les revenus et les charges délivrent un message nettement plus nuancé. Tour d’horizon des points qui méritent l’attention.
Le produit net bancaire (PNB) de l’Arab Tunisian Bank atteint 283,6 MD à fin septembre 2026, contre 280,3 MD un an plus tôt, soit +1,18 %. Sur le papier, la performance est positive. Mais en regardant de près les indicateurs d’activité des neuf premiers mois, cette progression apparaît fragile, et plusieurs lignes du bilan appellent la prudence.
Un PNB de 283,6 MD qui tient à une marge de 3,3 MD
La hausse du PNB représente à peine 3,3 MD. Elle résulte d’un équilibre précaire entre deux mouvements de grande ampleur : les produits d’exploitation bancaire ont perdu environ 63,3 MD (545,7 MD contre 609 MD), tandis que les charges d’exploitation bancaires ont reculé de 66,6 MD (262,1 MD contre 328,7 MD, soit -20,26 %).
Autrement dit, la banque n’a pas gagné davantage : elle a surtout payé moins cher. Cette progression dépend entièrement de la baisse du coût des ressources, un levier qui ne peut pas être actionné indéfiniment.
Des revenus d’exploitation en recul de plus de 10 %
Le repli des produits d’exploitation bancaire, d’environ 10,4 %, est le chiffre le plus lourd du tableau. Il traduit une capacité de génération de revenus qui s’érode, en phase avec la contraction des crédits. Une banque dont les revenus bruts reculent d’un dixième compense difficilement sur la durée par les seules économies de financement.
Crédits et dépôts : le bilan se contracte des deux côtés
Les crédits nets de provisions et d’agios réservés passent de 5 204,3 MD à 4 997,1 MD (-3,99 %). Les dépôts de la clientèle reculent aussi, de 6 819,2 MD à 6 759,4 MD (-0,88 %).
La hausse des dépôts à vue (+5,03 %, à 2 161,4 MD) et d’épargne (+5,19 %, à 1 954,4 MD) ne suffit donc pas à compenser les ressources sorties. L’ATB finance moins l’économie et collecte moins au total : un bilan plus étroit n’est pas, en soi, un signe de dynamisme commercial.
Charges opératoires : un gain de PNB déjà absorbé
Les charges opératoires grimpent de 4,5 %, à 206,4 MD contre 197,4 MD, soit +9 MD. C’est près de trois fois la hausse du PNB (+3,3 MD).
Un calcul simple, établi à partir des chiffres publiés et non d’un indicateur officiel de la banque, le confirme. Le PNB diminué des charges opératoires ressort à environ 77,2 MD, contre 82,9 MD l’an dernier, soit un recul d’environ 6,9 %. Cette mesure intervient avant provisions et autres éléments du résultat. Elle montre toutefois que le surcroît de marge ne se retrouve pas en bas du compte.
Les questions que pose ce modèle défensif
L’ATB a privilégié la préservation de sa marge au détriment de ses volumes. Ce choix a une cohérence de court terme, mais il soulève trois interrogations pour les prochains trimestres :
- La durabilité : la baisse des charges financières peut-elle se poursuivre au même rythme ?
- La reprise commerciale : quand et comment la banque relancera-t-elle sa distribution de crédits sans fragiliser son profil de risque ?
- La maîtrise des coûts : la progression des charges opératoires sera-t-elle contenue au quatrième trimestre ?
Les résultats de fin d’exercice apporteront les premiers éléments de réponse. D’ici là, les investisseurs et les clients de l’ATB auront intérêt à lire au-delà du seul PNB.
