Une transition pragmatique vers la finance durable en Tunisie
Le paysage financier tunisien franchit une étape décisive. Dans le prolongement de ses directives de décembre 2025, le Conseil du Marché Financier (CMF) a apporté, ce 13 février 2026, des éclaircissements attendus par les acteurs économiques. Suite à des échanges constructifs avec l’Ordre des Experts Comptables de Tunisie, le régulateur pose les jalons d’une information financière liée à la durabilité qui soit à la fois exigeante et réaliste.
L’idée centrale n’est pas de créer une surcharge normative immédiate, mais bien d’accompagner les sociétés faisant appel public à l’épargne (APE) dans une logique transitoire. Pour l’exercice clos au 31 décembre 2025, le CMF privilégie la pédagogie à la sanction, tout en rappelant que la transparence est le socle de la protection de l’épargne.
Les 4 piliers du reporting ESG : Ce que les investisseurs doivent savoir
Désormais, les notes annexes aux états financiers doivent intégrer une section dédiée aux facteurs Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance (ESG) dès lors qu’ils ont un impact significatif sur la performance ou la continuité d’exploitation. Cette analyse repose sur le concept de matérialité financière, conformément au décret n°96-2459.
Pour structurer cette information, le CMF encourage les entreprises à s’inspirer des standards internationaux IFRS S1 et IFRS S2 autour de quatre axes majeurs:
- Gouvernance : Comment les organes de direction supervisent-ils concrètement les risques ESG ?
- Stratégie : Quelle est l’articulation entre les enjeux de durabilité et la vision globale de l’entreprise ?
- Gestion des risques : Identification précise des menaces et opportunités susceptibles d’affecter les chiffres.
- Indicateurs de performance : Publication de données chiffrées ou qualitatives selon la maturité de l’entreprise.
La règle du « Comply or Explain » : Une souplesse bienvenue
Conscient que toutes les entreprises ne disposent pas encore de systèmes d’information ultra-perfectionnés, le CMF adopte la philosophie du « Comply or Explain » (Se conformer ou expliquer). Si une société ne peut pas fournir d’indicateurs quantitatifs précis pour 2025, elle ne sera pas pénalisée, à condition de justifier cette absence par un manque de maturité ou une exposition non matérielle.
Dans ce cas, une information qualitative devient essentielle. Les entreprises doivent alors décrire leur feuille de route, les actions déjà engagées et le calendrier prévu pour la mise en place de mesures concrètes. C’est une invitation à la progression graduelle plutôt qu’à la perfection immédiate.
Le défi du Mécanisme d’Ajustement Carbone aux Frontières (MACF)
Un point d’attention particulier est porté sur le MACF. Pour les sociétés concernées par ce dispositif européen, l’enjeu est d’évaluer si leur exposition carbone peut avoir une incidence financière notable sur leurs comptes. Là encore, la flexibilité est de mise pour 2025 : une description qualitative des flux concernés et des travaux de mise en conformité suffit si les données précises font encore défaut.
Un appel à la collaboration
Le message du CMF est clair : la fiabilité de l’information extra-financière est l’affaire de tous. Le régulateur invite les dirigeants à travailler en étroite collaboration avec leurs commissaires aux comptes. Cette synergie est la seule garantie pour offrir au marché une information pertinente, capable de renforcer la confiance des investisseurs nationaux et internationaux.
