Un dollar plus faible, un choc pour l’économie mondiale
Une dépréciation soutenue et désordonnée du dollar américain pourrait avoir des conséquences bien plus graves qu’un simple ajustement de change. Dans un rapport publié cette semaine, BofA Securities estime qu’un affaiblissement brutal du billet vert risquerait de plonger l’économie mondiale — hors États-Unis — dans une phase de récession.
Selon les analystes de la banque, une chute rapide du dollar ralentirait la croissance internationale en générant des pressions déflationnistes, obligeant de nombreuses banques centrales étrangères à assouplir leur politique monétaire. « Une forte dépréciation réelle du dollar par rapport aux autres devises constituerait un choc récessif pour l’économie mondiale hors États-Unis », souligne le rapport. Si certaines économies particulièrement dynamiques pourraient mieux résister, la majorité des économies développées seraient touchées.
Quand la baisse devient désordonnée : un risque systémique
BofA définit une chute « désordonnée » du dollar comme une perte mensuelle d’environ 5 %. Un tel mouvement pourrait provoquer une liquidation massive des bons du Trésor américain à long terme, entraînant un durcissement des conditions financières aux États-Unis.
La banque insiste sur un point clé : ni les États-Unis ni le reste du monde ne tireraient avantage d’une dépréciation violente de la monnaie américaine. La stabilité financière mondiale repose avant tout sur des ajustements progressifs et ordonnés des taux de change, et non sur des mouvements brusques susceptibles de déséquilibrer les marchés.
Un affaiblissement déjà visible du billet vert
Cet avertissement intervient dans un contexte de recul notable du dollar. L’indice du dollar américain a perdu environ 9 % sur les 12 derniers mois, évoluant autour de 97 début février. Fin janvier, la devise a enregistré sa plus forte baisse sur trois jours depuis avril de l’année précédente, poussant les investisseurs à revoir leurs anticipations de stabilité.
Ces mouvements ont ravivé les inquiétudes sur la capacité du dollar à jouer son rôle traditionnel de pilier du système financier international.
Le statut de valeur refuge fragilisé
Le rapport de BofA met également en lumière un changement de relation entre le dollar et les taux d’intérêt américains. Malgré le maintien des taux directeurs par la Réserve fédérale dans une fourchette de 3,5 % à 3,75 %, après trois baisses consécutives en fin d’année dernière, le dollar a continué de s’affaiblir. Dans le même temps, les marchés boursiers ont atteint de nouveaux sommets.
Ce découplage suggère que le dollar pourrait avoir perdu une partie de son attrait de valeur refuge. Selon l’analyse, cette évolution serait liée à des risques politiques spécifiques aux États-Unis, qui modifient la perception des investisseurs internationaux.
Le facteur politique au cœur des inquiétudes
L’incertitude politique sous l’administration Trump a contribué à la faiblesse du dollar. Les décisions et déclarations en matière de politique étrangère — notamment les menaces de droits de douane contre des alliés de l’OTAN, les tensions autour du Groenland ou encore la rhétorique renouvelée sur une possible action militaire contre l’Iran — ont renforcé les perceptions de risque.
La qualification par le président Trump de la faiblesse du dollar comme étant « formidable » a également nourri les soupçons du marché quant à une préférence assumée pour une monnaie plus faible, au détriment de la stabilité financière globale.
Un scénario d’effondrement jugé excessif
Malgré ces signaux d’alerte, BofA tempère les craintes d’un effondrement durable du dollar. Les États-Unis continuent de bénéficier d’une croissance solide et d’avantages structurels en matière de productivité par rapport aux autres économies avancées. Ces fondamentaux soutiennent la devise depuis plusieurs années et permettent au pays de financer d’importants déficits budgétaires et courants.
En outre, la réaction des banques centrales étrangères — via des ajustements de politique monétaire — constituerait un plancher naturel à la baisse du dollar, limitant l’ampleur d’une dépréciation supplémentaire. Pour BofA, le risque principal ne réside donc pas dans une baisse graduelle, mais dans une chute rapide et mal maîtrisée.
